Pausanias, X, xvu, 3 et
dernière assertion : les montagnards sardes étaient trop sauvages pour que Ton soit tenté de croire qu'ils aient eu dans les veines même quelques gouttes de sang hellénique. Les Grecs n'ont cherché à s'établir en Sardaigne qu'assez tard, quand les Phocéens tentèrent d'y fonder cette colonie d'Olbia qui fut si vite étouffée par la jalousie des Phéniciens et des Étrusques. Si l'on prétendait trouver des émigrants thessaliens et béotiens parmi les premiers habitants de l'île, c'était l'effet de la vanité nationale ; jamais les Grecs n'ont voulu admettre qu'aucune terre se fût peuplée et civilisée sans leur intervention. En tout cas, il y a eu en Sardaigne, dans des temps reculés, assez de mélanges pour qu'il soit aisé de comprendre comment les Shardanes n'ont pas gardé intacts, dans leur nouvelle patrie, le costume et l'équipement qui les distinguaient lorsqu'ils envahirent l'Egypte; leurs habitudes se seraient modifiées , avec le temps , par l'effet du contact et de l'exemple. Il dut s'opérer une fusion plus ou moins complète des divers éléments qui vinrent se juxtaposer dans cette île ; tout au moins les historiens ne signalent-ils aucune différence de langue
et de mœurs entre les tribus qu'ils comprennent sous l'appellation générique de Sardes et que nous appellerons les indigènes de la Sardaigne. Plusieurs d'entre elles avaient cependant leur nom particulier. Pour ne citer que les principales, les Iliéens occupaient le labyrinthe des vallées étroites et la surface des hauts plateaux qui forment ce que l'on appelle aujourd'hui la Barbagia, entre la côte orientale et le cours du Tyrsos. Un peu plus au Nord, tout autour des volcans éteints, on place les Ballari, dont le nom fait penser à celui des Baléares; enfin des émigrés corses avaient peuplé les districts septentrionaux de l'île. Ce n'est d'ailleurs pas dans la partie la plus montagneuse de l'île, dans celle qui résista le plus obstinément h la conquête , c'est plutôt dans le centre, dans l'ouest et dans le sud que l'on trouve, tantôt isolés, tantôt groupés en assez grand nombre, les monuments singuliers qui sont connus sous le nom de nonraghes{. Au sujet du mode de con-