II Bois, xi
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n'y avait qu'une chose que le futur reconstructeur fût tenu de reproduire, sans aucun changement, sous forme d'exacte et scrupuleuse copie de l'antique original : c'était le temple proprement dit, ce temple déjà plusieurs fois séculaire, à propos duquel on racontait peut-être dès lors que le plan en avait été révélé par lahvé lui-même à David. Tout le reste était accessoire et avait beaucoup varié, avait reçu des destinations diverses. Cours et chambres avaient été plus ou moins souillées par les sacrifices de l'idolâtrie ; mais il ne semble pas que, sous les princes mêmes dont la mémoire a été le plus chargée par les écrivains orthodoxes, lahvé ait jamais été chassé de son sanctuaire1. On n'a jamais cessé, jusqu'en 588, d'y célébrer son culte, dont toute l'ordonnance est en rapport avec la distribution du bâtiment; quand, plus tard, dans la Jérusalem nouvelle, l'Éternel viendra reprendre possession de sa demeure, il voudra la trouver toute pareille à ce qu'elle était autrefois; les cérémonies par lesquelles on l'honorera devront s'accomplir dans un édifice aussi semblable que possible à celui où s'est fixée la tradition des rites sacramentels, dans un vaisseau qui ait la même disposition et les mêmes dimensions. C'est pour ce motif qu'Ézéchiel n'agrandit pas le temple ; la description qu'il en donne est faite d'après le modèle qu'avait eu sous les yeux le rédacteur des Bois. Le prophète ajoute bien quelques cotes à celles qu'avait données son devancier : il indique, par exemple, la largeur des portes et l'épaisseur des murs ; il fournit aussi quelques détails sur la décoration intérieure du sanctuaire; mais d'ailleurs ses mesures concordent avec celles des livres historiques. Nous aurons à faire usage de ces renseignements supplémentaires; nous n'aurons pas à signaler de contradictions et à chercher les moyens de les lever.
En étudiant de près le texte d'Ézéchiel, on remarquera que la description du temple y est moins circonstanciée, plus sommaire que celle des cours et des salles qui l'entourent 2 ; ces dépendances ne sont pourtant qu'un accessoire qui n'a certainement pas, aux yeux du prophète, la même importance que le sanctuaire lui-même. A première vue, cette
1. Sous Athalie, la princesse tyrienne, l'adoratrice de Baalet d'Astarté, Joad reste en possession du sanctuaire et des chambres qui l'entourent; il y cache Joas et y prépare la révolution qu'il médite (JT Rois, xi). On racontait bien, après l'exil, que le temple aurait été fermé sous Achaz (Il Chroniques , xxviii, 24) ; mais l'auteur des flots, qui mentionne plusieurs changements qu'Achaz avait faits dans l'intérieur de l'enceinte sacrée, ne parle pas de cette clôture et de cette interruption des sacrifices.
2. Le chapitre xl, où sont décrites ces dépendances, a 49 versets ; le chapitre xli, où est décrit le temple, n'en a que 26.
disproportion peut surprendre ; elle a pourtant sa raison d'être. Ézéchiel écrit pour une génération qui a connu le temple, pour des prêtres qui ont vécu à son ombre, pour de pieux Israélites qui, dans leur jeunesse, en ont fréquenté les parvis. Quand il parle de cet édifice, où, dans la restauration future, rien ne devra être changé, il peut donc compter sur la mémoire de ses lecteurs ; celle-ci s'empressera d'achever le tableau qu'il trace, d'y ajouter les traits complémentaires qu'il pourrait avoir oubliés. Si cette génération ne revoit pas la terre promise, si le jour du rétablissement final doit se faire attendre encore un certain temps, le maître qui aura l'honneur de diriger l'œuvre réparatrice n'en sera pas plus embarrassé. La précision des quelques cotes qu'Ézéchiel a introduites dans cette partie de son projet ne s'explique guère que par un emprunt fait à des documents qui, pendant les siècles antérieurs à l'exil, avaient dû exister, sur le Moria, dans ce que nous appellerions le bureau de l'architecte du temple. Le livre des Bois nous raconte, à deux reprises, comment les prêtres, à partir du règne de Joas, perçoivent sur le peuple une contribution dont le produit est remis par eux aux fonctionnaires que la Bible nomme « les directeurs préposés aux travaux du temple * » ; ceux-ci l'emploient à payer « les ouvriers, les charpentiers, les constructeurs, les maçons, et à acheter du bois et des pierres de taille pour la réparation de l'édifice ». Au cours de ces travaux d'entretien, les hommes spéciaux qui en étaient chargés avaient eu nécessairement plus d'une occasion de relever la largeur d'une baie, l'épaisseur d'un mur, la saillie d'un pilier; pour éviter les disparates, pour dissimuler les raccords, ils avaient besoin de posséder ces cotes exactement mesurées ; pourquoi ne les auraient-ils pas reportées sur un plan? L'antique Egypte ne nous a-t-elle pas légué des épures d'architecte et des plans cavaliers qui datent de temps bien antérieurs au siècle où vivait Ézéchiel 2, et les architectes phéniciens, qui ont eu une si grande part à la construction de tous les édifices de la Judée, n'étaient-ils pas les élèves des maîtres égyptiens? Plans cotés ou listes des mesures prises, ces papyrus ont pu être emportés par les prêtres, lorsque, dans les dernières heures du siège, ils s'enfuirent du temple déjà condamné. Ces pièces, c'étaient de précieux souvenirs du passé; ce seraient les éléments et les instruments de la reconstruction future. Peut-être même, d'après ces documents et d'après des souvenirs encore tout frais, avait-on
1. II Rois, xii, 6-16; xxn, 3-9. Cf. II Chroniques, xxiv, 5-13; xxxiv, 8-13.