‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 168 sur 440 · Fragment du mur du Haram · texte numérisé non relu

Fragment du mur du Haram

de piliers engagés. Celle-ci n'est pas une simple décoration; elle apparaît là où le mur cesse d'être un mur de soutènement, à partir de la ligne quf correspond au sol du Haram. Là le mur, cessant d'avoir à supporter des terres et devant être percé d'ouvertures, devient plus mince; mais, pour garder une solidité suffisante, il conserve son épaisseur première dans ces contreforts, qui ont une largeur de im,69 et que sépare une face creuse de 2m,91 ; sur ces faces creuses, la différence de plan est rachetée par une plinthe taillée en biseau, au sommet de l'assise avec laquelle le mur change de caractère. Dans ces pilastres, le mur est droit; partout ailleurs il y a, à chaque assise, un fruit de 0m,10 à 0m,121. C'est tout à fait la disposition que l'on avait remarquée

1. Palestine eacploration fund, quarterly statemenls, 1873, p. 92, et 1877, pp. 135-137, communication du capitaine Conder. M. de Vogué a aussi signalé un morceau dé mur, TOME iv. 35

LA JUDEE.

dans celte enceinte rectangulaire qui , à Hébron , enveloppe la crypte où, d'après une tradition vieille de bien des siècles, repose la dépouille

139. — L'enceinte d'Hébron. Vue perspective d'un angle. De Vogué, p. 119.

mortelle d'Abraham1. Cette enceinte, d'une exécution si soignée et d'un

tout à fait semblable, qui se voit à l'est du Saint-Sépulcre et qui faisait partie, selon lui, de la seconde enceinte de Jérusalem (le Temple, pp. 117-118, fig. 50 et 51). Même appareil que dans l'enceinte du Haram, mômes contreforts qu'à Hébron. 1. Sur celte enceinte, voir Renan, Mission de Phènicie, pp. 799-807.

aspect si imposant, a-t-elle été bâtie sous les derniers Asmonéens ou sous la dynastie iduméenne? On l'ignore; ce qui est certain, c'est que Ton n'y sent nulle part l'influence du style grec, qu'elle est tout entière dans l'esprit et dans le goût du constructeur phénicien (fig. 139). On y retrouve cette alternance de faces saillantes et de faces creuses qui décore à l'extérieur le haut du mur d'Hérode. C'est cette ordonnance caractéristique, ainsi consacrée par une tradition qu'attestent des monuments situés sur deux points différents de la Judée, que nous avons transportée ici, et nous l'avons encadrée dans un appareil lisse pour donner plus de variété à l'aspect de cette grande surface murale. Nous avons gardé le refend pour toute la partie inférieure, pour celle qui joue plus particulièrement le rôle de soubassement. Sur la tête du mur, nous avons placé une corniche très simple que surmonte un crénelage analogue à celui que les Phéniciens ont employé volontiers comme ornement1. Il ne faut d'ailleurs pas oublier que le temple est aussi, dans un certain sens, une forteresse. C'est ce qui explique les tours de guet crénelées, à deux étages, que nous avons placées aux quatre coins de l'enceinte. Quant aux fenêtres qui s'ouvrent, à différentes hauteurs, dans le nu du mur, outre qu'elles en rompent la monotonie, on peut supposer qu'elles éclairent quelques-unes de ces pièces souterraines ou de ces galeries qui existaient en si grand nombre dans le sous-sol du temple. Notre planche III, la vue perspective de l'angle nord-est du soubassement, donne une idée du genre de beauté que présentait une muraille comme celle qu'avaient édifiée pour Salomon ses maçons giblites. L'impression qu'elle devait produire est à peu près celle que Ton éprouve en face d'un mur hellénique, par exemple au pied des remparts de Messène; on retrouve ici, avec une hauteur plus imposante, la même unité, la même harmonie, la même simplicité grandiose. C'est sur un contrefort bâti dans le même appareil, au-dessus de la vallée, que passe le chemin par lequel on arrive à l'entrée principale du temple. Pourtant point de pylône, mais seulement deux piliers à la porte par laquelle on débouche sur la première esplanade, sur celle qui enveloppe tout le monument. Ce n'est ici, à vrai dire, qu'une avantporte, qu'une ouverture percée dans le mur extérieur ; on n'est pas encore au seuil de l'enclos sacré. En Egypte aussi, sur certains points des enceintes qui entourent les temples, il y a de ces portes sans pylônes, dont l'ensemble ne fait qu'une légère saillie sur la crête et sur la face du mur*.

i. Histoire de l'Art, t. III, pp. 131-132; fig. 77 et 78. 2. Ibid., t. I, p. 344; fig. 206.

De quelque côté que Ton arrive et que Ton se promène sur ce premier terre-plein, on a devant soi le mur de 6 coudées qui forme la limite où, dans le temple d'Hérode, les païens devaient s'arrêter, sous peine de mort1. Sur ce mur s'appuient, avec un léger retrait, les constructions qui entourent le parvis d'Israël. Les pièces qu'elles renferment prennent jour, par derrière, sur le Parvis des Gentils ; par devant, elles s'ouvrent, suivant leur situation, soit sous le portique, soit sur le dallage du parvis d'Israël (fig* 140). Nous. voyons partout aux fenêtres ces barreaux immobiles ou meneaux de pierre que le texte mentionne plus d'une fois et que nous avons déjà rencontrés en Egypte*. Aux quatre coins, quatre petites cours qui font pendant aux quatre tours de la grande muraille ; ce sont ces cuisines qu'Ézéchiel place justement dans ces angles3. Partout ailleurs des maisons et des portiques couverts de toits plats, de terrasses. La terrasse était déjà dans l'antiquité, comme elle l'est encore de notre temps, le mode de couverture qu'emploie de préférence l'architecture syrienne; d'ailleurs, dans le récit du siège de Jérusalem par Titus, on voit les soldats romains livrer bataille aux Juifs sur les terrasses des portiques du temple.

La porte que nous trouvons devant nous peut être prise comme type de toutes les portes que nous rencontrerons aux autres entrées des deux cours et devant le temple. Il y a d'abord une baie qu'épaulent deux contreforts et que couronne la gorge égyptienne. On sait quel usage constant les architectes phéniciens ont fait de cette moulure empruntée aux édifices de la vallée du Nil4; en Judée même, on la retrouve jusque dans un monument qui, à en juger d'après les éléments qu'il renferme, ne peut être antérieur à l'époque des Séleucides ; nous voulons parler de celui qui est connu sous le nom de Tombeau (fAbsalom. Pour donner une idée du caractère de ces tombeaux voisins de Jérusalem, nous ajoutons ici à une vue pittoresque de cet édifice, moitié taillé dans le roc, moitié construit en grand appareil (fig. 141), une partie de l'élévation , celle où se trouve , comme dans le tombeau dit de Zacharie, cette moulure tout égyptienne (fig. 142). On a donc le droit de supposer que cette corniche, placée au-dessus de l'architrave, figurait ici dans tous les entablements. Cette baie forme, avec le vesti-

1. Josèphr, Ant.jud., XV, xi, 5. Une des stèles sur lesquelles cette défense était gravée en grec a été retrouvée par Clermont-Ganneàu (Revue archéologique, n° 5, t. XXIII, pp. 214-234 et 290-296, pi. X).

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