Lucien, De la déesse syrienne
:j. Histoire de l'Art, t. III, (ijz. b8 et 202.
L'KLÉVATION DU TEMPLE.
ces moulures, de ces colonnes, de ces chapiteaux, avec lesquels nous a familiarisés notre éducation classique, un œil exercé distingue certains traits qui ne relèvent pas du même goût. C'est là remarque que nous avons déjà faite à propos de la corniche du tombeau d'Absalom; même
* ***- — Tombeau juif d'après Cassas, Voyage pittoresque de la Syrie, de ta Phénicie, . de la Palestine et de la basse Egypte (in-folio, 1799), t. III. pi. M.
observation pour une autre de ces sépultures , celle qui est connue
soi*s 1<^ nom de Retraite des Apôtres, ou, plus généralement, de Tom-
\tf$* fie .saint Jacques. Voici ce qui en reste : un portique dorique sur
\e0^fel s'ouvre la chambre sépulcrale et qu'encadrent à droite et «à
£fcWe\\e deux pilastres dont chacun se compose d'une face creuse
coVfc\>v\se . entre deux faces saillantes (fig. 143). La vue ci-jointe
LA JUDEE.
est empruntée à Cassas, architecte et peintre français qui, au siècle dernier, a parcouru tout l'Orient et dont aujourd'hui on néglige trop de consulter les dessins, qui sont le plus souvent à là fois très exacts et d'une facture très pittoresque. Cassas ne pouvait avoir sur les procédés et l'esprit de l'art phénicien et judaïque les lumières que nous possédons aujourd'hui ; cependant, ici comme dans mainte autre des
\\\. — Tombeau juif. Restauration de Cassns. Voyage pittoresque, t. III, pi. 34.
restaurations qu'il a tentées, il a fait preuve d'une intuition surprenante. L'examen de ce qui subsiste de ces puissants contreforts, surtout à gauche, l'a conduit à proposer une restitution qui, sauf peut-être pour certains détails du couronnement, ne saurait être très éloignée de la vérité (fig. 144). Le motif grec du portique y est accompagné par deux hauts piliers qui le dépassent de beaucoup ; aucun monument grec ne nous offre rien de pareil, tandis que la composition de cette façade funéraire rappelle d'une manière frappante celle du temple de
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Paphos. Une disposition semblable se trouve encore au Tombeau de Zacharieet dans un autre hypogée des environs de Jérusalem (fig. 145) *. Les pilastres, il est vrai, se rapprochent davantage ici de ceux qu'emploie l'architecture hellénique; ils n'ont pas un aspect aussi original, aussi franchement accusé que dans le Tombeau de saint Jacques; mais c'est encore le même principe, des formes montantes, qui ne portent
fi.'i. — Tombeau juif. Restauration de Cassas. Voyage pittoresque, t. III, pi. 38.
rien, et qui se dressent des deux côtés d'un portique ou d'une porte dont elles dominent d'assez haut le faîte.
Le parti que nous avons pris, pour la restitution des pylônes, est donc doublement justifié : il l'est à la fois par les auteurs et par les
i . Cette tombe existe encore, à peu près telle que Cassas Ta vue et dessinée, au nordouest de la ville, dans le voisinage du Tombeau des Juges. Elle est décrite et figurée par Pirrotti, qui en donne l'élévation et le plan (Jérusalem explored, being a description of the ancîent and modem city, 2 vol. in-4°, Londres, 1884, t. I, p. 239, et t. II, pi. LV1II, fig. y, et LIX, fig. 5). D'après l'état actuel de Pierotti, Cassas n'aurait eu à restaurer que les chapiteaux des pilastres; encore est-il possible que ces chapiteaux aient subsisté à la fin du siècle dernier.
monuments. Les tentatives que Ton avait faites jusqu'ici pour reconstruire, sur les données d'Ézéchiel, ces piliers de la porte n'avaient abouti qu'à des résultats contre lesquels protestait le bon sens; c'est que Ton n'avait pas compris le texte hébreu ; dans les deux coudées qu'il assigne au pilier, on avait vu la face externe de ce pilier, au lieu d'y deviner la saillie qu'il fait, en plan, sur la façade. On se demandait, avec raison, quel effet pouvait produire à l'œil et comment d'ailleurs pouvait tenir debout un pilier d'environ 30 mètres de haut sur i mètre seulement de base. La question de solidité mise à part, le croquis ci-joint suffit h montrer ce qu'une pareille construction aurait de disgracieux et d'étriqué (fig. 146) !.
Comme le pylône égyptien, le pylône phénicien, tel que nous le comprenons, devait contenir des chambres et des escaliers qui y conduisaient; à l'échelle où est le plan, nous n'avons pu indiquer ces détails; mais, dans la vue de la porte méridionale (pi. IV), on devine la place de ces pièces aux fenêtres qui sont percées dans la face en retraite du pylône et sur ses côtés. Ces chambres au-dessus de la porte sont d'ailleurs mentionnées assez souvent dans les textes orientaux2. Les palmiers appliqués en basrelief contre le mur, aux deux côtés de l'entrée, sont signalés à plusieurs reprises par Ézéchiel3. Dans la partie haute du pilier, comme ornement, nous avons supposé la grenade, que le décorateur avait partout prodiguée sur le chapiteau des deux colonnes de bronze et dans la décoration du sanctuaire. Autour, une sorte d'encadrement en forme d'anse; au-dessous, une petite palmette dont il serait aisé de montrer plus d'un exemple dans les monuments phéniciens4.
Pour faciliter la circulation,' deux portes latérales, très simples, conduisent du vestibule postérieur sur le dallage, en avant du portique.
J. Cette figure reproduit, à peu de chose près, l'élévation du frontispice que le Père Lamy a dressé, dans sa restauration, en avant du temple; on a seulement retranché, dans ce croquis, le double contrefort qu'il s'est cru obligé d'adosser aux montants, pour en assurer la solidité.
2. Histoire de l'Art, t. 111, pp. 486-487. David, attendant le résultat de la bataille que Joab livre pour lui à Absalom, « se tient entre les deux portes »; quand il a appris la nouvelle, il « monte dans la chambre au-dessus de la porte » (II Samuel, xvm, 24, 33).