‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 193 sur 440 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

Le fût nous retiendra moins longtemps que le chapiteau ; il y a lieu pourtant ici encore de justifier notre interprétation. Nos prédécesseurs ont esquivé la difficulté : ils ne se sont occupés que du chapiteau; quant au fût, ils se sont contentés d'en indiquer la naissance;

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Projection du chapiteau à la hauteur de l'astragale. Restitution de Ch. Chipiez.

mais, au peu qu'ils en montrent, on voit qu'ils le supposent lisse. S'ils avaient entrepris de restituer, dans cette donnée, l'ensemble de la colonne, ils auraient sans don te été les premiers à sentir les mauvais effets de cette disposition; le contraste aurait été choquant entre la pauvreté de ce long tube sans ornement et la complication du chapiteau qu'il aurait porté à son sommet. Lui aussi, le fût devait donc avoir sa décoration; mais celle-ci, il faut bien l'imaginer, l'inventer

tout entière; il n'y a pas un mot, dans les textes, qui permette d'en deviner le caractère. L'archéologue a donc le champ libre; seulement il devra choisir des motifs qui ne fassent point disparate avec ceux du chapiteau; on peut exiger que, comme ces derniers, ceux qui se déve-

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16f>. — Projection supérieure du chapiteau. Restitution de Ch. Chipiez.

lopperont sur le fût soient tout ensemble dans l'esprit de la matière d'où ils seront tirés et dans la tradition, dans le sentiment de l'art phénicien.

II est dit que les chapiteaux étaient fondus à part; on sera peut-être tenté d'en inférer que le reste de la colonne était tout d'une pièce. Cependant, quelque habiles que Ton suppose ces artisans phéniciens dont Hiram est ici le représentant, il est difficile de croire qu'ils aient

entrepris de couler ainsi dans un moule unique et d'un seul jet un cylindre de plus de 9 mètres, surtout quand rien ne les obligeait à risquer ce tour de force. IL était bien plus aisé d'exécuter et de monter la colonne par tambours; ce procédé simplifiait toutes les phases de l'opération ,1a fonte, le transport et la mise en place. Les joints auront été dissimulés par des ceintures de métal, où l'on a pu donner une valeur décorative aux têtes des gros clous qui servaient à réunir les tambours; mais une ornementation où auraient dominé les bandes horizontales aurait rapetissé la colonne ; cet effet d'optique est bien connu.

Il fallait donc trouver les éléments d'une ornementation verticale qui conduisit l'œil jusqu'au chapiteau, qui allongeât ainsi le fût et lui donnât plus de sveltesse; c'est ce que nous avons cherché, sans recourir pourtant à la cannelure; celle-ci ne se rencontre pas d'ordinaire dans la colonne assyrienne, pas plus dans les quelques fragments qui s'en sont conservés que dans les images qu'en présentent les monuments. Au bas du fût, nous avons dessiné des formes végétales d'où sortent des tiges qui passent par-dessus les ceintures horizontales et qui viennent s'épanouir en fleur sous le chapiteau; elles créent et elles limitent ainsi des faces qui, dans la partie inférieure de la colonne, sont toutes garnies par des ornements gravés à la pointe ; au-dessus du premier tambour, ceux-ci ne remplissent plus qu'un compartiment sur deux; dans l'autre, le métal demeure lisse. Le motif que nous avons choisi pour décorer ces champs est cette espèce de palmette qui est d'un usage si fréquent en Phénicie, qu'on l'a quelque-

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