Ézéchiel, xliii
utiles. Dans le sens de la hauteur, l'autel avait deux étages, un large soubassement et, au centre de l'aire qui le surmontait, un dé dont la face supérieure était l'aire où Ton brûlait les chairs des victimes1. Enfin on accédait à l'autel par des degrés, par un escalier tourné vers l'orient. Le massif en maçonnerie devait être traversé par des conduits qui précipitaient les eaux vannes dans la petite excavation que l'on voit aujourd'hui sous le roc sacré, à l'intérieur de la Koubbet-es-sakrah. Cette fosse est percée d'un trou qui communique avec les égouts par où ces eaux se déversaient dans la vallée du Cédron*.
Les bois de luxe, tels que l'olivier, le cyprès et le cèdre, les métaux, surtout le bronze et l'or, paraissent avoir fait tous les frais de la décoration du temple; il n'est pas question d'argent. On est surpris que l'ivoire ne soit pas mentionné ; nous avons vu quel fréquent usage en faisait l'industrie phénicienne. Dans les portiques, sur les façades des pylônes, la peinture était-elle intervenue pour rehausser certains détails, pour faire valoir soit les chapiteaux des colonnades, soit les palmiers appliqués contre le mur, soit le creux ou la saillie des moulures de la corniche ? Nous le croirions volontiers; mais nous ne trouvons dans nos textes aucun renseignement à ce sujet. Ce qui contribuait certainement à égayer et à varier l'aspect de cet ensemble, ce qui y répandait de chaudes et vives couleurs, c'étaient ces étoffes orientales dont la tradition s'est conservée dans les tapis turcs ou persans et dans les châles de l'Inde. L'Orient a, de tout temps, fait du tapis un si constant usage, que les auteurs qui ont décrit les magnificences du temple semblent ne pas même avoir remarqué ceux de ces tissus qui couvraient le sol dans certaines parties de l'édifice, et notamment dans le sanctuaire ; mais on en devine le caractère par ce que l'un de ces écrivains dit de la tenture qui cachait l'entrée du Saint des Saints : « Salomon fit le rideau en pourpre bleue et rouge et cramoisie, et en lin fin, et il y mit des keroûbs* ». On devine là une de ces étoffes où l'adroite aiguille des brodeuses tyriennes traçait sur la laine la plus moelleuse ou sur le lin le plus choisi ces bordures de feuilles et de fleurs de lotus, ces
1. Il semble, d'après certains chiffres donnés par Ézéckiel, que le massif supérieur, que l'autel proprement dit se soit composé de deux dés inégaux et superposés; mais tout cela est bien confus. Nous avons simplifié la représentation sans croire lui enlever son caractère.
2. C'est du moins ce qu'attestent deux des traités du Talmud ; ils parlent l'un et l'autre « du canal qui débouche au Cédron » et par où s'écoule le sang versé sur l'autel (Mischndh de Middôt, m, 2 et 3; Mischndh de Iômd, v, 6).