Dolmen près d'Hesbon. Conder, Hethyind Moah, p
Les textes bibliques nous permettent de compléter l'image dont nous avons emprunté les principaux traits aux récits et aux relevés des quelques voyageurs qui ont visité la région d'un accès difficile où le sol a gardé la plus fidèle empreinte des antiques cultes chananéens. Ainsi la pierre sacrée était souvent plantée dans le voisinage ou même à l'ombre de quelque grand arbre séculaire, qui, lui aussi, avait sa part du respect et des offrandes de la foule des dévots. Aujourd'hui même, dans ces contrées, je l'ai vu en Syrie comme en Asie Mineure, il y a tels arbres que les musulmans comme les chrétiens entourent encore d'hommages superstitieux ; on vient y attacher sa fièvre, comme on dit, au moyen d'un lambeau d'étoffe qu'on lie aux branches, et l'on espère
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ainsi se débarrasser du mal*. C'est là un reste curieux des plus vieilles croyances de l'humanité, croyances dont les livres hébraïques ont gardé mainte trace. L'arbre fétiche était un tamaris, un térébinthe ou un chêne ; ce qui lui valait les honneurs qu'on lui rendait, c'était son âge, l'épaisseur de son tronc, l'opulence de son feuillage ; l'espèce importait peu. Le chêne de Sichem était célèbre en Israël; on l'appelle le chêne du monument; c'est à son ombre que se tient l'assemblée de la tribu*. Parfois, à Hébron par exemple, il y avait, près du sanctuaire, un véritable bois sacré; c'est un reste de ce bois que l'on admire encore dans le chêne que Ton montre aux voyageurs sous le nom de chêne de Mambré (fîg. 201). La végétation était encore plus touffue là où le premier objet du culte avait été une de ces belles sources qui, sur cette terre aride, jaillissent par endroits, au milieu des lauriers-roses.
Les pays d'Ammon et de Moab sont bien plus richement arrosés que la Judée ; avant que la main destructive du nomade eût déboisé » ces plateaux, il devait y avoir aussi de la verdure là où l'œil n'aperçoit plus maintenant que la sèche dureté des pierres amoncelées. Pour décorer ces lieux de réunion, où la tribu tout entière se pressait à certains jours, mêlait-on à la variété de ces feuillages les brillantes couleurs de ces étoffes richement ornées et de ces moelleux tapis que l'on tissait avec la laine des brebis syriennes ? On est fondé à le supposer ; mais ni Ammon ni Moab ne nous ont laissé de documents historiques ou poétiques à l'aide desquels on puisse tenter de restituer l'aspect de ces sanctuaires de Milcon et de Camos dont il ne reste plus, pour ainsi dire, que le squelette. C'est le contraire qui est arrivé pour Israël. Là, si le sol a gardé la trace des grands travaux qui ont été exécutés pour asseoir les terrasses du temple, on ne retrouve plus, dans toute l'étendue de la Judée et de la Samarie, presque aucun vestige de ces nombreux sanctuaires locaux qui firent si longtemps une redoutable concurrence au sanctuaire de la cité royale ; à peine montre-t-on sur le sommet du mont Garizim quelques blocs énormes qui peuvent avoir appartenu à l'autel en pierres brutes que les Samaritains avaient élevé
1. Sur la persistance en Palestine des hommages rendus aux arbres sacrés, sur tout ce qui s'est conservé, dans cette contrée, des anciens cultes et de leurs rites, on trouvera de curieux détails dans un opuscule de M. Clermont-Ganneau, la Palestine inconnue (1876, Paris, E. Leroux, in-18, pp. 50 à 58). L'auteur part de cette idée que la population actuelle des campagnes de la Palestine descend moins des Juifs proprement dits que des paysans chananéens, et il les montre adorant encore les bétyles, ayant remplacé les bdmoth par ces koubbês, a dont les petites coupoles ponctuent si pittoresquement de leurs taches blanches les horizons montagneux de l'aride Judée ».