Juges, ix, 6. Cf. Josué, xxiv, 26. Genèse, xxxv
sur le mont Garizim1 (fig. 202). En revanche, les chroniqueurs, dans leurs récits, et les prophètes dans leurs invectives contre les pratiques de Tidolàtrie, nous ont conservé certains détails qui, rapprochés des observations faites par les voyageurs dans la Palestine transjordanienne, fourniraient à l'archéologue les éléments d'une restauration vraisemblable, le mettraient à même de rétablir la disposition et l'aspect des bàmoth de Béthel, de Guilgal ou de Sichem. Autour de la
202. — Le sommet du mont Garizim. Lortet, la Syrie d'aujourd'hui.
pierre ou des pierres sacrées, autour des tertres gazonnés ou des quartiers de roc qui servaient d'autel, on vit s'élever, avec le temps, tout un ensemble de constructions légères, où s'introduisit un certain luxe, emprunté à ces Philistins et à ces Phéniciens avec lesquels, sur leur frontière orientale, les Hébreux étaient en relations quotidiennes. C'étaient des tabernacles, dont la charpente était cachée sous de riches
I. Sur les ruines du mont Garizim, voir de Saulcy, Histoire de l'art judaïque, pp. 52- 53, 78-79, et C. Wilson, Ebal and Garizim (Palestine exploration fund, Quarterly statements, 4873, pp. 66-71). Wilson donne un plan détaillé des ruines du Garizim. Ce qui parait le plus ancien, c'est une plate-forme massive, formée de quatre assises superposées, qui est tout entière construite en blocs bruts.
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tentures1; dans l'intérieur de ces chapelles, il y avait soit une idole, plaquée de métal précieux2, soit une de ces « arches de Dieu », arôn Elohîm, qui jouent un si grand rôle dans la vie religieuse d'Israël. Là le simulacre divin, attaché avec des chaînes d'argent, était caché derrière des battants de bois ou derrière un rideau3; l'Egypte avait fourni le modèle de ces châsses, dont il existe encore en Phénicie, sur le territoire d'Arad, de si curieux échantillons4; cette sorte d'armoire, cette petite cella, pouvait être soit, comme à Amrit, taillée dans un bloc de pierre, soit tout entière faite de planches de cyprès et de chêne. C'est à ce type qu'il convient de rattacher ces « maisons de Dieu », beit Elohîm, dont il est parfois question dans la Bible, celle par exemple où un Éphraïmite, Mica, place l'image taillée et l'image en fonte qu'il s'est fabriquées et au service desquelles il attache un prêtre5.
Était-ce dans des édicules de ce genre, était-ce sur des piédestaux que se dressaient les taureaux dorés de Dan et de Béthel6, ainsi que ce serpent d'airain qui fut adoré à Jérusalem, dans une des cours du temple, jusqu'au temps d'Ézéchias7? On l'ignore; mais, de toute manière, pour élever ces simulacres au-dessus du sol et pour- les protéger contre les attouchements profanes, il fallait des supports, il fallait des cadres et des clôtures dont l'appareil varié ornait et meublait le champ et les abords des enceintes. D'ailleurs, autant que l'on peut en juger par de brèves allusions qui suffisaient aux contemporains, mais qui ne peuvent remplacer pour nous une description circonstanciée, l'art de la sculpture et de la fonte était trop peu cultivé, chez les Hébreux, pour que chaque sanctuaire eût sa statue; dans plus d'un haut lieu, les divinités auxquelles on offrait l'encens et les victimes, que ce fût Iahvé, Moloch ou Astarté, n'étaient représentées que par des symboles dont la simplicité rustique perpétuait les traditions de la période fétichiste. C'était le cippe ou maççeba, terminé en forme de main, de cône ou de pyramidion; nous l'avons déjà rencontré en Phénicie, et c'est là que nous trouverons des monuments qui donnent
1. S'adressant à la nation juive, qu'il compare à une prostituée, Ézéchiel lui dit: « Tu as pris de tes vêtements, tu t'es fait des hauts lieux que tu as garnis d'étoffes de toutes couleurs (xvi, 16, traduction Segond). »
2. Ézéchiel, xvj, 17 : « Tu as pris la magnifique parure d'or et d'argent que je t'avais donnée, et tu en as fait des simulacres d'hommes, auxquels tu t'es prostituée. »