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TOME IV

386 LA JUDEE.

soit surtout les divers symboles auxquels s'adressaient leurs hommages. Dans quelques sanctuaires, dans ceux qui étaient les plus fréquentés et qui recueillaient le plus d'offrandes , ces abris provisoires et fragiles se solidifièrent, si Ton peut ainsi parler; il y eut, sur certains points, des constructions permanentes. Il en était ainsi de ce sanctuaire du Baal de l'alliance, dont il est plusieurs fois question dans l'histoire de Gédéon et de son fils Abimélek !; le temple a un trésor, dans lequel puise Abimélek; il a un donjon ou des caveaux (les interprètes ne sont pas d'accord sur le sens du mot hébreu), où une partie du peuple de Sichem se réfugie et périt asphyxiée par l'incendie qu'a allumé le fils de Gédéon. Nous nous faisons une idée un peu moins vague du sanctuaire éphraïmite de Silo, qui paraît avoir pris une grande importance dans le siècle qui précéda l'établissement de la royauté. De plusieurs expressions qu'emploie le chroniqueur, dans le récit de l'enfance, de la consécration et du ministère de Samuel, il résulte clairement qu'il y avait là une chambre où était gardée l'arche, chambre où l'on pouvait aller et venir, allumer des lampes et même dresser un lit2. Cette chambre est désignée dans le texte hébreu par le terme hécal, celui même qui, dans le texte des Bois, est appliqué à la pièce principale de l'édifice salomonien; il ne peut s'entendre que d'une cella assez spacieuse. On aimerait à savoir comment celle-ci était construite, si c'était un tabernacle en charpente et en planches, ou bien si l'Éternel était logé dans une vraie maison, bâtie en pierre brute ou appareillée3. Quoi qu'il en soit, par sa disposition comme par le respect qui l'entoure et par les pèlerinages dont il est le but, le temple de Silo semble avoir été comme la première esquisse et l'ébauche du temple de Jérusalem. Divers passages d'Amos (vers 790) semblent faire croire qu'il y avait à Béthel une construction qui ressemblait fort à un temple4.

i . Juges, vin, 38 ; ix, 4, 47-49.

2. I Samuel, i, 9 : « Le prêtre Éli était assis sur un siège, près de l'un des poteaux du temple de l'Éternel »; m, 2-3 : « La lampe de Dieu n'était pas encore éteinte, et Samuel était couché dans le temple de l'Éternel, où était l'arche de Dieu. »

3. C'est à la première hypothèse que paraît favorable un verset de ce récit, celui où il est question des « femmes qui faisaient le service à la porte du tabernacle du témoignage » (I Samuel, n, 22); mais Reuss soupçonne que cette notice pourrait bien avoir une autre origine que l'ensemble du récit. Il n'est donc pas prouvé que ce tabernacle soit la même chose que le hécal dont il est par deux fois question.

4. Notez la formule chronologique : c Du temps où la maison de Dieu était à Silo » (Juges, xvin, 31. Cf. Josué, vi, 24; I Samuel, i, 7). Le Livre de l'Alliance, tkora israélite, qui s'étend de l'Exode, xx, 22, jusqu'à xxiv, 8 inclus, mentionne une « maison de lahvé », beth lahvé (Exode, xxm, 19). L'habitude d'y apporter des prémices et d'y venir trois fois l'an célébrer le hag ou pèlerinage s'établit peu à peu. Silo fut, pour certaines parties du

Ce n'est pas là, dans ce sanctuaire où Juda n'avait point de part, c'est ailleurs que, vers le temps de la captivité, les rédacteurs des livres attribués à Moïse ont cherché le prototype de cet auguste monument ; pour ajouter encore au prestige et à la majesté du temple, pour en rattacher les origines à toute cette merveilleuse histoire de la sortie d'Egypte et des révélations faites sur le Sinaï, parmi les tonnerres et les éclairs, ils lui ont prêté pour modèle ce tabernacle de bois et de riches étoffes qui, selon XExode, aurait abrité l'arche dans les campements du désert. Ce qui empêche la critique d'admettre cette prétention, ce qui trahit l'invention systématique, c'est ce fait que le tabernacle disparaît avec l'établissement des Hébreux dans la Palestine ; il n'en est plus nulle part question dans les récits des livres des Juges et de Samuel; on y voit l'arche déposée dans la maison tantôt de l'un, tantôt de l'autre des principaux personnages d'Israël1. Comme on l'a remarqué depuis longtemps, il est impossible de ne pas reconnaître dans cette description minutieuse du tabernacle et de sa pompeuse ordonnance un morceau de date assez récente, où l'imagination sacerdotale se donne libre carrière2. L'idée première de ce sanctuaire portatif a été fournie par ces tentes que la piété des fidèles dressait souvent sur les hauts lieux; mais l'écrivain, on le sent à chaque ligne, connaissait le plan et la décoration du temple des rois de Juda; il cède manifestement au désir de les antidater. Ce sanctuaire fictif est fait de matériaux aussi précieux et aussi artistement travaillés que ceux dont était composé l'édifice salomonien. Ce n'est pas dans le désert qu'une bande de fugitifs aurait pu exécuter une œuvre aussi compliquée, où l'or et l'argent entrent en proportion considérable. Les Hébreux, a-t-on dit, avaient appris en Egypte tous les métiers que supposent connus et pratiqués le luxe de ce pavillon et celui du vêtement pontifical, tels que les décrit ce même livre; mais, s'il en eût été ainsi, une fois maîtres de la Palestine, avec la sécurité, avec les ressources de tout

royaume du nord, une sorte de Jérusalem, où le hag se pratiqua longtemps avec régularité (1 Samuel, i, 3; Urémie, vu, 12 et suivants; xxvi, 9). — Dans Amos (vu, 12), le sanctuaire de Béthel est appelé miqias mélek (sanctuaire royal) et beth mamlaka (temple royal), ce qui parait indiquer une différence entre lui et les sanctuaires ordinaires. Au commencement du chapitre ix, le prophète annonce la destruction d'un sanctuaire qui ne peut être que celui de Béthel. Or les mots saf et caphtor, qu'il emploie à ce propos, supposent de l'architecture, nne grande porte, des colonnes ou quelque chose de semblable.

4, I Samuel,™, i. II Samuel, vi, 10-U .

2. Munk lui-même, d'ordinaire si esclave de la tradition, a senti pourtant combien il y avait là d'invraisemblances accumulées (Palestine, pp. 127-128, dans la collection de l'Univers pittoresque).

genre qu'assure la vie sédentaire, ils ne se seraient plus contentés de donner pour demeure à lahvé une tente plus ou moins somptueuse; ils lui auraient bâti des temples semblables à ceux qu'ils avaient vus à Tanis et à Memphis. Or ce n est pas ainsi que les choses se sont passées; n'avons-nous pas établi, par les témoignages les moins sujets à discussion, que, jusqu'au jour où Salomon a mandé dans sa capitale les architectes et les fondeurs de la Phénicie, Israël n'a pas eu d'architecture religieuse ou n'en a eu qu'une toute rudimentaire et presque barbare?

L'historien qui voudrait étudier d'une manière complète les croyances des Sémites occidentaux et les formes qu'ils ont imprimées à la matière pour traduire leurs conceptions religieuses ne se renfermerait pas dans la vallée du Jourdain ; il devrait visiter aussi cette Idumée, comme on l'appelait autrefois, qui, sous David et Salomon comme sous Hérode, a été, pendant un temps plus ou moins long, en partie rattachée à la Judée; il devrait s'engager dans cette énorme péninsule de l'Arabie dont tout le nord-ouest a été, durant de longs siècles, en rapports étroits avec la Syrie ; comme l'ont prouvé des découvertes récentes, la langue et l'écriture araméennes s'étaient répandues jusqu'à la frontière de ce que l'on nomme aujourd'hui le Hedjaz. Nous ne saurions entreprendre ici cette étude; les monuments de l'Arabie sont encore trop peu connus, on n'en possède que des descriptions et des représentations trop sommaires pour qu'il y ait lieu, dès à présent, de faire la part des différentes influences qu'ont dû subir, d'après la situation qu'ils occupaient, les différents peuples de cette vaste contrée. Les uns, les riverains du golfe Persique, étaient nécessairement les clients de Chaldée; ceux du sud, les Sabéens, avaient surtout des relations constantes avec les Phéniciens qui fréquentaient leurs marchés; enfin ceux du nord, par le commerce des caravanes, étaient en contact quotidien avec les Hébreux, les Iduméens, les Moabites, et les Ammonites. Il finit même par se former, vers le commencement de notre ère, un royaume à demi syrien, à demi arabe, celui des Nabatéens, qui s'étendait, en comprenant la péninsule du Sinaï, des environs de Damas jusque dans le voisinage de Médine, du Haouran au Hedjaz. A cette époque, la civilisation gréco-romaine envahit toute cette contrée; nous n'avons pas à nous occuper en ce moment des ruines grandioses qu'elle y a laissées ; mais, sans entrer dans le détail, il peut être intéressant de rappeler que, pendant le cours de la période antérieure, de celle qui précède la diffusion de l'hellénisme, les tribus

arabes qui nous sont le moins mal connues avaient mêmes mœurs que les tribus congénères établies sur les deux rives du Jourdain ; les noms des dieux différaient, mais le culte était à peu près pareil. L'architecture religieuse, si le mot n'est pas ici trop ambitieux pour désigner des dispositions d'un caractère si simple, avait, de part et d'autre, même principe et même esprit- Ces cercles de pierres levées, qui se rencontrent en si grand nombre dans les pays d'Ammon et de Moab, ne sont pas rares en Arabie ; Palgrave en a signalé plusieurs dans le Nedj et sur les confins du Hedjaz. Ce voyageur parle de menhirs, hauts de 5 mètres, dont le sommet supporterait des dalles horizontales formant linteau1. On n'a rien décrit, en ce genre, qui eût un aspect aussi monumental, parmi les mégalithes de la Palestine transjordanienne.

C'est là le haut lieu syrien sous son aspect le plus primitif. Dans cette vallée de Medaïn-Salih, située au nord de Médine, dont les monuments funéraires nous ont déjà servi à fixer l'âge des tombeaux de la vallée du Cédron, le sanctuaire sémitique se présente sous une forme qui rappelle les œuvres d'une civilisation déjà plus avancée. « A l'une des entrées de la vallée de Médaïn-Salih se trouve une gorge taillée à pic. D'un des côtés, on voit les restes d'une vaste salle, qui est creusée dans le roc; seulement, au lieu d'être fermée par devant, elle est ouverte sur toute la largeur de la façade, que décorent deux pilastres (fig. 204). Elle ne présente pas de niches ; quelques figures grossièrement dessinées au trait sur les murs, rien de plus. C'est, dans ce district, la seule construction qui n'ait pas de caractère funéraire. On l'appelle le Divan. Sur la paroi opposée de la gorge au même niveau et dominant le précipice, on découvre toute une série de niches dans lesquelles se trouvent des pierres dressées, tantôt isolées, tantôt réunies par groupes de deux ou trois2 » (fig. 205).

Ces pierres, ainsi posées dans des niches, ce sont des bètyles : images grossières et traditionnelles de la divinité, qui jouent là le même rôle que les pierres levées qui se dressent au centre des cercles moabites, que les pierres coniques des temples phéniciens de Cypre et de Gaulos3, que les trois cippes qui occupent le haut du champ, dans la stèle de

i . Palgrave, Narrative of a year'sjourney through centrai and eastern Arabia (\ 862-1 863, 2 vol. in-8*, (865), t. I, p. 250-251.

2. Ph. Behger, l'Arabie avant Mahomet d'après les inscriptions (in-8°, 1885), p. 19. Voir Dooghty, Documents épigraphiques recueillis dans le nord de V Arabie, p. 21-23 et pi. xliv, xlv, XLVI.

3. Histoire de l'Art, t. III, p. 60; 265-6; 273; 298-9; 304-5; 308; 639.

Lilybée1. Si Ton pouvait conserver quelques doutes à ce sujet, ils seraient levés par les inscriptions qu'on lit au-dessus de deux ou trois de ces niches : « Ceci est le mesgeda qu'a fait élever Serouh, fils de Touca, à Aouda (ou Aéra) de Bostra, grand dieu. Dans le mois de Nisan de Tan I du roi Malchus. »

Nous retrouvons ici le temple sémitique tel que nous l'avons étudié ou défini ailleurs. Le Divan, c'est la partie de l'édifice qui est destinée aux réunions des fidèles, c'est la grande cour, aussi évidée dans la roche vive, du maabed dAmrit, ce sont les vastes parvis du temple de

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