‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 265 sur 440 · tome iv · texte numérisé non relu

tome iv

sources et les puits tout autour de la ville, dans un rayon de plusieurs

lieues à la ronde, ne suffisait pas; ii importait avant tout de ne pas laisser couler , jusque dans le camp des I n>upes d'invasion, le ruisseau qui jaillissait sous les murs mêmes de la ville. C'est ce quTèntréprîi Ézéchias , lorsqu'il prévit les attaques auxquelles sa capitale allait être exposée, de la pari tli! ces conquérants qui

ravageaient et

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courbaient sous leur joug toute l'Asie antérieure.

« Il boucha, dit l'historien , l'issue supérieure des eaux de Gihon , et les conduisit en bas vers l'occident de la cité de David1. »

L'ouvrage dont il est ici question, c'est ce tunnel qui, aujourd'hui encore , conduit à la piscine de Siloé le surplus des eaux de la fontaine de la Vierge* (ûs.2iZ- 221). La galerie qui réunit la source et le ré-

i. II Chroniques, xxxn, 30. Cf. II Rois, xx, 20. On croit voir aussi une allusion à ce travail, alors tout récent, dans le verset 6 du chapitre vm d'Isaïe.

2. Nous avons employé indifféremment les formes Siloam et Siloé. La première est celle qu'emploient les Sep tau te, la seconde est la vraie forme hébraïque, légèrement

servoir inférieur est très grossièrement taillée et ne présente ni une largeur ni une élévation constante. Presque partout il n'y a place que pour une personne; mais, de loin en loin, il y a comme des lieux de garage, des niches où un ouvrier pouvait s'effacer de manière à en laisser passer un autre devant lui. La hauteur varie de 4m,50 à 0m,45. Là où le plafond s'abaisse ainsi, il faut ramper sur les mains, ce qui n'» pas empêché Robinson, Tobler, Warren, Conder et d'autres encore de faire ce chemin ; les deux derniers y sont restés à plusieurs reprises des quatre et cinq heures de suite, les pieds et, par moments, tout le corps, sauf la tête, plongés dans l'eau glacée1. Malgré la patience avec laquelle ces explorateurs passionnés ont suivi les détours de la galerie et en ont examiné les parois, aucun d'eux n'avait remarqué dans le tunnel et tout* près de son issue une inscription de six lignes, gravée dans un grand cartouche rectangulaire2; la trouvaille est due à des enfants qui, se baignant dans la piscine, se sont amusés à entrer dans le canal souterrain; c'est eux qui ont aperçu les lettres. Les savants sont venus ensuite; on a nettoyé le texte, on l'a copié et estampé ; on en a pris un moulage ; aujourd'hui la lecture en est certaine. Il n'y a guère que deux ou trois passages qui présentent des difficultés, soit que quelques lettres aient disparu, soit qu'ailleurs on s'arrête devant un terme jusqu'à présent inexpliqué. Voici la

traduction de ce document : « percée du tunnel. Et voici l'histoire

delà percée. Quand... le pic l'un vers l'autre. Et quand il n'y eut plus que trois coudées à abattre, alors ils s'entendirent se crier l'un à l'autre que le... était dans le rocher, de droite et de gauche. Et, au jour de la percée, les mineurs frappèrent chacun à la rencontre de son camarade, pic contre pic. Et les eaux coulèrent depuis le réservoir jusqu'au Birket, sur un parcours de 1,200 coudées, et de 100 coudées était la hauteur du rocher au-dessus de la tête des mineurs3. »

Quelle a été la succession des différentes phases de l'entreprise?

altérée par la transformation française. Siloah veut dire aqueduc, émissaire; ce substantif vient d'un verbe shalah, qui signifie envoyer.

1. Sur les particularités de l'exécution et les procédés dont elles supposent l'emploi, on trouvera des détails intéressants dans un rapport du capitaine Conder, intitulé : The Siloam tunnel (Palestine exploration fund, Quarterly statements, 1882, p. 122-131).

2. L'inscription est près du point marqué A B dans la figure 216.

3. Nous empruntons ici la traduction qu'a donnée M. Philippe Berger dans sa conférence intitulée : les Inscriptions sémitiques et Vhistoire, du 27 février 1883 (Bulletin hebdomadaire de l'Association scientifique de France, n° 155). On trouvera, dans les Quarterly statements de 1881, plusieurs études sur ce texte, dues à MM. Sayce, Conder et Beswick (pp. 141-157, 282-296).

On ne l'entrevoit plus que d'une manière incomplète ; on ne comprend pas non plus ce que les ouvriers se crient l'un h l'autre, au moment où les deux escouades ne sont plus séparées que par un mur de moins de 2 mètres d'épaisseur; mais ce qui ressort clairement de ce texte, c'est que le travail a été poussé des deux côtés à la fois et qu'on s'est rencontré.

Ainsi donc, en Palestine, sous ces petits rois dont la Bible nous raconte l'histoire, on faisait déjà ce que nous regardons comme une des grandes hardiesses de notre siècle : quand on voulait percer un tunnel, on l'attaquait par les deux bouts. Sans doute le résultat n'était pas ce qu'il est aujourd'hui. Rien de plus irrégulier que le travail des mineurs d'Ézéchias; entre le point de départ et le point d'arrivée, la distance, en droite ligne, n'est que de 335 mètres; or l'aqueduc a 533 mètres de longueur; il comporte donc bien des sinuosités.

On se demande même comment les mineurs, une fois engagés dans les flancs de la colline, sont arrivés à se rejoindre; ils n'avaient pas, pour se guider, le secours de la boussole. Savait-on alors, à Jérusalem, assez de géométrie élémentaire pour reporter sur un plan, à l'échelle, les longueurs des différentes sections et la mesure des angles qu'elles faisaient entre elles, de manière à se rendre toujours à peu près compte, par une épure très simple, de l'avancement du travail et du chemin parcouru 4? Il faut, ce semble, que l'on ait eu recours à quelque procédé de cette espèce pour redresser la ligne, car, près des deux points d'attaque, au nord et au sud, on a commencé par décrire de grandes courbes; si l'on avait continué ainsi, on serait bientôt allé déboucher dans les vallées latérales, très loin du but (fig. 216). Dans la partie septentrionale du tunnel, une opération de ce genre a dû être nécessaire pour faire reconnaître qu'en partant de la source on avait beaucoup trop appuyé vers l'ouest, que l'on risquait d'aboutir au Tyropœon et non à la piscine; mais, dans le voisinage de celle-ci, le problème a pu être plus facilement résolu. Lorsqu'on eut creusé un boyau d'environ 143 mètres, on se demanda où l'on en était ; comme les ouvriers n'avaient là au-dessus de leur tête qu'une couche de roc très mince, on perça cette couche au moyen d'un puits vertical qui n'a que 3m,50 de hauteur au-dessus du pla-

1. L'inscription parle de 1,200 coudées, ce qui, en supposant la coudée de Om, 525, donnerait une longueur de 630 mètres. Ou bien Ton a employé ici, comme unité, une coudée plus courte que la coudée royale, qui est égale à la coudée égyptienne, ou plutôt, sans mesurer à la chaîne la longueur de l'aqueduc, on l'a évaluée à l'œil, en prenant un chiffre rond, sensiblement supérieur au chiffre réel; on donnait ainsi une plus haute idée de l'importance du travail.

fond de l'aqueduc, et, en atteignant la surface, on s'aperçut que Ton avait beaucoup trop dérivé vers l'orient (fîg. 218). Après s'être ainsi repérés, les mineurs d'en bas marchèrent à peu près droit. On serait tenté de croire que, 70 mètres plus avant, ils ont songé à employer encore une fois le même expédient; il y a là comme l'amorce d'un second puits; mais l'ouvrage n'a pas été poussé loin; on a reculé devant l'effort qu'il aurait fallu faire pour arriver jusqu'à la crête de la colline qui là s'est déjà sensiblement relevée. Ce qui a peut-être fait abandonner l'entreprise, c'est que dès lors on commençait à entendre le sourd retentissement des coups que portaient au roc les ouvriers de l'autre équipe ; à travers un banc homogène et compact, un bruit de ce genre se laisse percevoir à une grande distance. On chemina donc, des deux parts, l'oreille collée à la paroi, rectifiant le tracé, puis avançant de quelques pas, suivant que le son arrivait plus faible ou plus distinct. Dans sa partie médiane, le canal porte partout la trace de ces hésitations ; il y a, de place en place, de petits culs-de-sac qui témoignent de nombreux changements de direction (fig. 219, i, h, g). De retouche en retouche, on se rapprochait; mais peu s'en fallut que l'on ne se manquât : quand les voix percèrent l'écran de roc qui séparait les deux mineurs de tête, l'un inclinait vers l'est, et l'autre vers l'ouest; que l'écartement se fût alors trouvé un peu plus grand, les deux sections se doublaient, les deux équipes passaient l'une auprès de l'autre. Par bonheur, des deux côtés, on s'arrêta à temps, et l'on troua la barrière en frappant, comme

dit le texte, « à la rencontre, pic contre pic »; mais, alors même, il y eut encore des tâtonnements que trahissent les encoches de la paroi (fig. 219, a, b, c9 d).

11 ne saurait guère y avoir de doute sur le point où s'est opérée la jonction (fig. 219, /*, é) ; il est indiqué par une brusque chute de la hauteur du plafond, comme le montrent la coupe longitudinale qui correspond au plan (fig. 220) , la coupe transversale sur AB (fig. 221). Ce qui confirme cette conjecture, c'est l'observation suivante1 : à l'inspection des parois de la galerie et surtout de ces poches où l'on devine les incertitudes du mineur, on reconnaît aisément qu'au sud de la ligne AB tout le travail a été fait d'aval en amont, tandis qu'au nord de cette même ligne il a été exécuté d'amont en aval; c'est donc en cet endroit que se sont réunies bout à bout les deux sections creusées séparément par des ouvriers qui s'avançaient en sens opposé. Là où ils ont pu se serrer la main à travers la première ouverture pratiquée dans le mur de roc, la galerie a lm,60 de haut; c'est que le sol de la section inférieure paraît avoir été tenu un peu trop haut; pour que l'eau trouvât sa pente, il a fallu le baisser jusqu'à ce que le raccordement fût opéré; mais, à quelque distance de ce point, au nord comme au sud, le plafond descend rapidement, et c'est là que se trouvent les deux parties du canal où l'on ne se glisse qu'aplat ventre. Comment a-t-on laissé subsister ce

219. — Plan de la partie centrale du canal. Quarterly statements, 1882, p. 123.

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