Nombres, xxi
6. Ce serpent d'airain était peut-être ailé, comme celui que Ton rencontre souvent dans les peintures des hypogées de l'Egypte (Histoire de l'Art, t. III, p. 533, n° 3). Il aurait, dans ce cas, fourni la première esquisse de ces sarafs ou séraphins, a six ailes, qu'Ésaîe place autour du trône de Iahvé (Ésaïe, vi, 1-3), là où Ézéchiel met les kernubs. Ces êtres factices auraient été tirés, par voie de développement, des deux symboles les plus ordinaires de Iahvé, le keroub du taureau, le saraf du serpent. Ce qui est certain, c'est qu'en hébreu saraf veut toujours dire serpent.
associèrent à ces images du dieu d'Israël celles des Baâlim et celles des Achtarôt ou Astartés, des dieux et des déesses de la Syrie. Le Baal ou seigneur par excellence, c'était le soleil; on érigea partout en son honneur ces cippes élancés, ces khammanim qui représentaient les rayons solaires ou les longues langues de la flamme !. Le croissant devait être le symbole d'Astarté, la reine des deux1 ; on apprend, par les prophètes, que les femmes juives avaient pour cette déesse, à Jérusalem, une dévotion toute particulière et qu'elles en pratiquaient encore les rites dans l'exil où les avait jetées la conquête chaldéenne*. Sous les rois de Juda, la vallée de Hinnom vit souvent s'allumer les bûchers où Ton passait les enfants par le feu, afin de se concilier la faveur de Moloch 4. Dans le royaume du Nord comme dans celui du Midi , ces cultes importés du dehors purent paraître, à certains moments, tout près de supplanter celui du dieu d'Israël, de ce Iahvé sous les auspices duquel les Hébreux s'étaient établis en Palestine et étaient devenus la nation qui, avec David et Salomon, avait commencé de compter dans l'Asie antérieure. Sans l'intervention des prophètes, Iahvé aurait été étouffé, si l'on peut ainsi parler, par toute cette végétation parasite; il n'aurait pas laissé plus de traces dans l'histoire de l'humanité que Camos et Milcon, les dieux de Moab et d'Ammon.
Sous la tente du pâtre, dans la maison du paysan et du citadin, Iahvé était encore plus en péril que dans les sanctuaires de la tribu : c'est que, dans la famille, le rôle de la femme était plus important que dans la vie extérieure et dans les manifestations collectives du sentiment religieux. Jamais, jusqu'à l'exil, les Israélites ne se sont abstenus d'épouser des femmes étrangères; or, partout et de tout temps, la femme a été passionnément attachée à ses habitudes d'enfance. Héthéenne ou Moabite, Amalécite ou Phénicienne, elle apportait donc avec elle, dans la demeure où elle entrait, ses idoles et ses amulettes, avec les rites que sa mère lui avait enseignés; elle les apprenait à ses enfants. Avant comme après la fondation de la monarchie, chaque famille avait ses téraphim, comme on les appelait, c'est-à-dire ses dieux domesti-
i. Histoire de l'Art, t. III, p. 121. Ésaïe, xvii, 8.