‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 287 sur 440 · LA PEINTURE · texte numérisé non relu

LA PEINTURE

La peinture concourt avec la forme à donner l'apparence de la vie aux ouvrages de la plastique ; les prophètes et tous ceux qui subissaient leur influence devaient donc la condamner au même titre que la sculpture; dans ces conditions, elle n'avait pas plus d'avenir. Elle fit donc si peu de progrès chez les Juifs, que la langue hébraïque ne possède même pas de mots qui signifient proprement peindre, un peintre, une peinture. Dans Ézéchiel, il est bien question d'images coloriées sur le mur, dont se seraient éprises les filles d'Israël *; mais, pour les désigner, le prophète se sert d'un verbe qui signifie plutôt graver (haqaq) ; ces figures rouges {haqaqim bassasar), ce sont évidemment des basreliefs dont le contour a été tracé au ciseau et dont l'intérieur a reçu au pinceau une teinte qui indique les détails du vêtement. Ézéchiel est d'ailleurs le seul des auteurs bibliques chez qui l'on trouve une mention de ce genre; ce qui la lui a suggérée, ce sont les monuments assyriens et chaldéens qu'il avait sous les yeux; on n'a pas oublié qu'il vivait, qu'il écrivait en Mésopotamie.

Le sens de la couleur ne paraît pas avoir été très développé chez les Israélites. Us ne mentionnent, à vrai dire, que quatre couleurs : le blanc, le noir, le vert et le rouge. Un certain bleu violet est représenté par le nom de la coquille qui le produisait, le murex; c'est la pourpre tyrienne. Pour donner l'idée d'un bleu plus clair, le rédacteur de YExode cherche une analogie dans une de ces gemmes dont tous ses

i. Ézéchiel, xxiii, 14. Cf. vin, 10, où il est question d'images du même genre, mais sans que la couleur soit indiquée.

AU LA JUDEE.

lecteurs connaissaient la nuance charmante. Moïse et Aaron aperçoivent, du haut de la montagne, le dieu d'Israël, « et sous ses pieds c'était comme un parquet en dalles de saphir et comme le ciel même dans toute sa pureté1 ».

S 7. — LES AIITS INDUSTRIELS

Les prédications des prophètes et les prescriptions de la loi dite mosaïque arrêtèrent l'essor de ce que l'on peut appeler les arts majeurs, de la peinture et de la sculpture; par là même, elles étaient contraires à tout progrès des arts mineurs, de ce que nous avons nommé les arts industriels. En effet, ceux-ci ne vivent pas de leur propre fond; dès qu'ils cherchent à sortir de l'enfance, ils s'inspirent des modèles que fournit et qu'accrédite la statuaire ; ils se développent sous l'influence du sentiment esthétique que la statuaire éveille et qu'elle affine là où elle a donné de la forme vivante une traduction sincère et originale.

L'esprit des prophètes hésita, suivant les temps, entre un double idéal; la monarchie, avec sa complication administrative et les goûts qu'elle fait naître, ne lui agrée pas. Les plus anciens de ces réformateurs regrettent l'état patriarcal; leur rêve, c'est une société sans autre gouvernement que la constante intervention des voyants qui parlent au nom de Iahvé; les plus modernes, comme Ézéchiel, commencent à rêver une cité sacerdotale où le prêtre sera le véritable souverain et où le grand souci sera l'accomplissement du sacrifice et l'observation des rites ; mais, de quelque manière qu'ils conçoivent la vie d'Israël, tous ces puritains sont également hostiles au luxe. Celui-ci ne pouvait être que d'importation étrangère; il supposait des relations quotidiennes entre les adorateurs de Iahvé et les idolâtres; il introduisait dans toutes les maisons des objets où s'étalaient ces images qui risquaient toujours d'être un piège et une tentation pour les fidèles. Ces craintes n'étaient pas vaines; il n'y eut vraiment de luxe, en Israël, que sous les règnes et dans les milieux où prédomina l'influence phénicienne, à Jérusalem, sous David et sous son fils, comme plus tard, dans le royaume du Nord, avec cette maison d'Achab qui essaya et qui parut tout près de recommencer l'œuvre de Salomon, d'atteindre à la même puissance et de jeter le même éclat.

\. Exode, xxiv, 10.

Par lui-même, ce peuple de paysans, qui conservait toujours le souvenir et comme la nostalgie de la vie nomade, n'était arrivé, jusqu'au moment où il adopta le régime monarchique, qu'à une industrie tout élémentaire; il était, à cet égard, bien en arrière de ses voisins, des Philistins et des Phéniciens, qui s'étaient formés à l'école de l'Egypte. C'était le cas, notamment, pour tout ce qui concerne les arts du métal, et cette infériorité fut certainement pour beaucoup dans la longue suite de ces défaites qui, jusqu'au moment où parut David, semblaient destiner Israël à devenir la proie des Philistins. Chez ceuxci, le guerrier parait avoir eu une armure aussi complète que celle dont s'enveloppait plus tard l'hoplite grec. On prête à Goliath, dans sa lutte contre David, jusqu'à ces jambières de bronze qui sont les cnémides homériques1. D'ailleurs, à prendre les textes qui paraissent avoir conservé le plus fidèlement le souvenir des jours anciens, il semble que les Hébreux, après même qu'ils furent devenus sédentaires, soient restés longtemps encore assez novices dans la pratique de procédés qui supposent une tradition domestique et des secrets de métier. C'est ce qu'indique à sa manière, non peut-être sans quelque exagération, Fauteur du livre de Samuel, quand il raconte la guerre que soutient Israël contre les Philistins. « On ne trouvait pas de forgeron dans toul le pays d'Israël; car les Philistins avaient dit : « Empêchons les Hébreux de fabriquer des épées ou des lances. » Et chaque homme en Israël descendait chez les Philistins pour aiguiser son soc, son hoyau, sa hache et sa bêche, quand le tranchant des bêches, des boyaux, des tridents et des haches était émoussé, ainsi que pour redresser les aiguillons. Il arriva qu'au jour du combat il ne se trouvait ni épée ni lance entre les mains de tout le peuple qui était avec Saûl et Jonathan ; il ne s'en trouvait qu'auprès de Saûl et de Jonathan, son fils2. »

Il est difficile de ne pas voir là une sorte d'hyperbole, destinée à faire comprendre combien Israël était tombé bas vers le commencement du règne de Saûl. Si les Hébreux n'avaient pas eu chez eux de forgerons, où auraient-ils pris et comment auraient-ils entretenu les armes qui leur servirent à combattre les Chananéens et à les déposséder graduellement? Les ouvriers qui frappaient sur l'enclume n'avaient-ils pas leur ancêtre légendaire, leur patron, comme nous dirions, dans, ce

i. I Samuel, xvn, 5-7.

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