Carte» de la Sardaigue
armes dans la plaine pour y ravager les cultures et y enlever les bes-
l'Empire. La plus ancienne des bornes milliaires qui y aient été retrouvées date du principal d'Auguste. Pais, Bullettino arc/teologico surdo, 1884, p. iO.
i. Cette carte a été dressée, d'après nos indications, par M. Thuiliier. Le tracé du sol
tiaux, et les gouverneurs romains n'avaient pas toujours la force de punir ces actes de brigandage ; ils fermaient parfois les yeux, plutôt que d'entreprendre une poursuite difficile et sans gloire !.
Ce qui coûta tant de peines et de sang à Rome, malgré sa puissance militaire, les Phéniciens ne l'avaient même pas essayé ; les routes de la mer étaient les seules dont ils tinssent à être maîtres. Entraînés parles circonstances, les Carthaginois tentèrent ce dont les Tyriens n'avaient jamais eu la pensée : ils formèrent, ils mirent en mouvement des armées pour refouler les tribus barbares sur le territoire desquelles ils prenaient pied et pour en réduire une partie à la condition de métayers qui cultiveraient le sol et d'ouvriers qui travailleraient dans les mines au profit du maître étranger. Là même où ils eurent cette ambition et où ils réussirent dans cette entreprise, comme en Sardaigne, ils ne parurent pas se soucier de donner une grande largeur à cette zone de terre annexée et de populations sujettes qu'ils aimaient à créer en arrière de leurs comptoirs les plus importants. Les guerres que firent en Sardaigne, au sixième siècle, Malcus, puis Asdrubal et Hamilcar, les fils de Magon, le fondateur de la puissance militaire de Carthage, ces guerres, qui furent très laborieuses, n'eurent pas pour but ou du moins n'eurent pas pour résultat l'écrasement des peuplades du haut pays et la suppression de leur indépendance*; les Carthaginois paraissent s'être arrêtés dès qu'ils eurent donné de l'air et de l'espace à leurs colonies du littoral ; ils se contentèrent dès lors de tenir en respect ces
a été emprunté à l'atlas de Stieler, édition de 4881, feuille 32. Les situations et les noms des villes antiques ont été tirés de la carte de Pais (La Sardegna, pi. I*); c'est aussi d'après lui que nous avons tracé, en pointillé, les lignes qui séparent le pays subordonné à l'influence des colons carthaginois et le domaine des tribus insoumises ; il est bien entendu d'ailleurs que cette frontière n'est marquée que d'une manière tout approximative; enfin la grande carte de La Marmora (Atlas, 2e partie, pi. I) nous a fourni la position des villages que nous avons tenu à porter ici à cause des découvertes archéologiques qui y ont été faites. Les noms anciens sont écrits en caractères droits, et les modernes en italiques.
1 . Strabon, V, h, 7. Diodore, qui écrit à la môme époque que Strabon, dit aussi de ces tribus qu'elles sont encore insoumises, â/slpcoroi rcoAejAïa Savait Bt^uivav (V, xv, 5). Tite-Live, à propos d'une expédition faite en 181 contre les Ilienses, la principale tribu de la côte orientale , les appelle : « gens ne nunc quidem omni parte pacata » (xl, 34). C'est à cause de ces brigandages qu'en l'an 6 de notre ère Auguste retire au sénat la Sardaigne pour en faire une province impériale (Dion Cassids, lxv, 25). Au temps de Tibère, ces incursions dans la plaine et ces actes de violence n'ont pas encore cessé (Tacitk, Annales, n, 85).
2. Il est question de revers sous Malcus, puis de succès sous les fils de Magon; mais nous n'avons sur ces événements que quelques mots, très vagues et très obscurs, de Justin (xvtiï, 7; xix, 1); ce sec abréviateur ne nous donne aucun détail sur les péripéties de ces luttes et sur le théâtre de ces combats.
incommodes voisins , de les contraindre à laisser le paysan semer et moissonner sans crainte : les blés de la Sardaigne, qui plus tard prendront le chemin de Rome, entraient pour une part assez notable dans la consommation de Carthage. Quand il y eut des insurrections en Afrique ou qu'un ennemi comme Agathocle y tenait la campagne, ce fut aux convois de grains qui lui venaient de Caralis que Carthage dut souvent de ne pas être affamée et réduite à merci1. Ce résultat était atteint vers la fin du sixième siècle ; comme le remarque Polybe, dans le traité conclu en 509 entre Rome et Carthage, celle-ci met la Sardaigne sur le même pied que l'Afrique ; elle en parle comme d'un pays qui lui appartient en propre et tout entier, tandis que pour la Sicile elle ne mentionne que « la partie de l'île qui est soumise aux Carthaginois* ». Carthage avait le droit de parler ainsi ; car, par ses colons, elle était maîtresse sinon de toute l'étendue des côtes sardes, au moins de tous leurs ports et de tous leurs marchés. Cet état de choses se prolongea pendant deux siècles et demi ; nous ne voyons pas qu'au temps des luttes sanglantes que Carthage eut à soutenir contre les Grecs, puis contre les Romains, en Sicile et en Afrique, elle ait eu à distraire une partie de ses forces pour dompter une révolte générale des tribus sardes3. Il dut bien y avoir, sur plus d'un point, à maintes reprises, des collisions entre les Phéniciens sédentaires, habitants du rivage ou de la plaine, et ces pillards de la montagne ; cependant, par la force même des choses, des relations se nouèrent, sur presque tout le pourtour de la Sardaigne, entre barbares et civilisés ; elles durèrent, parce que chacune des deux parties y trouvait son compte. Il finit par s'établir ainsi entre les deux groupes une sorte d'équilibre, qui se maintint, sans notables changements, jusqu'à la conquête romaine.
Tout attachées qu'elles fussent à la vie pastorale et à leur farouche liberté, ces populations ne purent pourtant pas se soustraire complète-
1. Diodore, XIV, lxiii, 4; lxxvif, 6; XXI, xvi. Polybe indique bien que ce qui aggravait la situation de Carthage dans la guerre qu'elle soutint en Afrique contre les mercenaires, c'était qu'elle « se trouvait alors avoir perdu la Sardaigne, dont la possession, dans les circonstances critiques, hii avait rendu les plus grands services » (I, lxxxii, 7).