‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 302 sur 440 · L'ARCHÉOLOGIE ET LA LITTÉRATURE HÉRRAÏQUE · texte numérisé non relu

L'ARCHÉOLOGIE ET LA LITTÉRATURE HÉRRAÏQUE

Si nous avons étudié avec un soin que Ton aura peut-être trouvé trop minutieux les moindres reliques de l'art et de l'industrie juives, ce n'est pas seulement à cause de la place que tient Israël dans l'histoire du monde. Sans doute, à elle seule, cette raison serait presque suffisante ; un esprit vraiment curieux ne saurait être indifférent à rien de ce qui touche le peuple auquel a été réservé cet honneur que « sa religion devînt la tige de la religion générale de l'humanité »!. Nous ne pouvions pourtant oublier que le génie hébraïque, par la voix de ceux qui ont été ses représentants les plus qualifiés, a renoncé volontairement à cultiver le plus noble de tous les arts, la sculpture; il ne s'est pas contenté de le négliger, il Fa hautement proscrit : il Ta sacrifié sans hésitation au succès de l'effort passionné qu'il tentait pour épurer de plus en plus sa croyance et son culte, pour s'élever à la conception absolue du divin. Il eût donc pu paraître naturel que, dans une histoire de la plastique, l'espace fût mesuré plus étroitement à cette nation qui a fini par condamner si durement les images et par se défendre avec tant de raideur contre la tentation de traduire ses idées, comme le faisait le reste de l'humanité, par des formes sensibles.

Nous n'avons pourtant pas su nous résoudre à prendre ce parti. Les Juifs, il est vrai, tout en ayant adoré bien longtemps des idoles, n'ont pas eu de statuaire ; mais l'architecture, qui n'éveillait pas les mêmes défiances, a jeté chez eux quelque éclat. Leur temple, tel que Salomon et ses successeurs le construisirent sur le Moria, était un monument d'une certaine importance ; tel que rêva de le rebâtir la génération qui

4. E. Renan, les Origines de la Bible (Revue des Deux-Mondes, 45 mars 4886, p. 259).

468 LA JUDEE.

l'avait vu renverser, c'eût été, si ce songe avait pu se réaliser, une œuvre imposante, vraiment originale et grandiose. Il y avait d'ailleurs un autre avantage à entreprendre cette exploration archéologique de la Palestine et à la faire aussi complète que possible; nous y trouvions l'utile ou, pour mieux dire, le nécessaire complément des recherches que nous avions instituées au sujet de la Phénicie.

Par suite de circonstances que nous avons indiquées, la civilisation phénicienne a laissé plus de traces en dehors de la Phénicie que dans cet étroit district où elle a eu son point d'attache et ses foyers principaux. En suivant, d'un bout à l'autre de la Méditerranée et le long de toutes ses côtes, le sillage des navires de Sidon et de Carthage, nous avons pu nous faire une assez juste idée de l'influence que la Phénicie a exercée sur les peuples de l'Occident, sur une partie du monde aryen ; bien des renseignements épars dans les auteurs grecs et latins ont confirmé le témoignage des monuments et nous ont aidé à évaluer l'intensité de ce rayonnement. Chaque jour, de nouvelles découvertes et de nouveaux rapprochements mettent mieux en lumière les résultats qu'ont eus ces relations et le profit qu'on en a tiré de part et d'autre; mais, au cours de cette enquête, nous avons dû soulever une autre question qui est demeurée plus obscure : comment et dans quelle mesure ces grands centres industriels du littoral syrien ont-ils fait sentir leur action dans le sens opposé, à l'intérieur du continent asiatique? Ce n'est pas à la littérature classique qu'il convient de demander la solution du problème; elle ignore ce qui s'est passé avant Alexandre en arrière de ces rivages qui bornaient son horizon. Les livres hébraïques nous ont bien fourni quelques renseignements sur le commerce de la Phénicie, sur celui qu'elle faisait avec le nord de l'Afrique et avec l'Asie antérieure; mais bien des points, on a pu s'en apercevoir, restent encore dans l'ombre. On se rappellera, par exemple, la peine que nous avons eue à discerner, dans la série des coupes de métal à figures repoussées et gravées, les pièces qui auraient été exécutées en Mésopotamie et celles qui seraient plutôt de travail phénicien. Même difficulté pour les plaques d'ivoire ciselé; elles ont été recueillies en quantité énorme dans les fouilles de la vallée du Tigre, et, d'autre part, c'était là un des principaux articles d'exportation de Tyr, de Sidon et de Carthage. A quel signe aussi reconnaître les produits des verreries syriennes, de manière à ne pas les confondre avec ceux qui sont sortis des creusets de l'Egypte? On sait ce que la Phénicie a reçu des peuples plus anciennement civilisés dont elle s'est

Page 1