‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 329 sur 440 · Histoire de l'Art, t. III, p. 418 et ûg · texte numérisé non relu

Histoire de l'Art, t. III, p. 418 et ûg

licie maints débris de la civilisation hétéenne ; quand Khitisar va en Egypte visiter son beau-père, il emmène avec lui, comme compagnon de voyage, un de ses vassaux, le prince de Qidi, qui doit être un chef cilicien : on retrouve le nom de Qidi ou Qodi dans celui de Ky)tic, que Plolémée donne à un canton de la Cilicie Trachée, situé entre la mer et le mont Imbaros, en face de la côte septentrionale de Cypre * ; mais les villes ciliciennes, placées sur la grande route que suivaient les envahisseurs et tous les conquérants, ont été bien plus souvent assiégées, prises et détruites, plus souvent rebâties avec les vieux matériaux que celles de la Syrie septentrionale. La roche calcaire que Ton y emploie dans les constructions n'a d'ailleurs pas la dureté des basaltes du bassin del'Oronte: elle ne garde pas avec la même fidélité l'empreinte du ciseau. Sauf les monnaies et peut-être une porte dont le linteau paraît avoir conservé quelques caractères hétéens, il n'y a en Cilicie qu'un seul monument qui permette de remonter au delà de la domination macédonienne; c'est la ruine énorme que l'on appelle aujourd'hui le Deunuk-tach, dans le voisinage de Tarse. À ces deux exceptions près, tout ce que les explorateurs les plus attentifs ont découvert dans cette province, ce sont les débris de quelques bâtisses romaines et des statues qui ne sont guère plus anciennes.

C'est ainsi que la Cilicie, tout en ayant fait partie, pendant de longues années, du groupe de ces petits États qui formaient la confédération hétéenne, se trouvera ne fournir presque aucun document^ l'enquête que nous avons entreprise. Tous les monuments que nous aurons à citer dans la partie de cette étude qui sera consacrée à la Syrie septentrionale proviennent de la région où les Hétéens ont eu leurs principales forteresses, du Naharana, c'est-à-dire la vallée de l'Oronte, de celle de l'Euphrate et du pays montueux, tout semé de cônes basaltiques, qui sépare ces deux fleuves. L'ancienne Commagène, cette partie de la vallée de l'Euphrale qui a toujours eu Samosate pour capitale, paraît aussi avoir été soumise aux mêmes influences ; une stèle trouvée à Samosate relève certainement de la même civilisation. Elle représentait un personnage viril, vêtu d'une longue robe ; l'image, usée par le temps, a presque complètement disparu ; on n'y distingue plus que les pieds, chaussés de la botte à pointe recourbée; mais, sur la tranche de la dalle, on aperçoit une inscription en caractères hétéens *. D'autres

1. Le nom de la Cataonie, une des provinces de la Cappadoce méridionale, a peut-être la môme origine. Voir Maspero, Histoire ancienne, 4° édition, p. 216, note 1.

2. Je dois un croquis de cette stèle à l'obligeance du docteur Otto Puchstein, qui, en

sculptures du même caractère, qu'accompagnent les mêmes hiéroglyphes, ont été recueillies dans la haute vallée du Pyramus, à Marach. Cette ville paraît correspondre à la Germanicia des itinéraires romains ; mais quel nom portait-elle auparavant ? On l'ignore ; la vallée du Pyramus, qui pénètre au cœur du Taurus, n'était pas sur un des chemins qu'ont suivis les favoris de l'histoire, les conquérants grecs et plus tard

268. — Lion antique encastre dans le mur de la citadelle de Marach. (Voyez p. 530.)

les consuls romains ; mais le vieux nom, le nom hétéen, doit être cher-

1882, a exploré cette région et y a fait des découvertes importantes. U a résumé les principaux résultats de son voyage dans un rapport sommaire qui a été publié dans les comptes rendus de l'Académie de Berlin (Sitzungsberichte, 1882, p. 845 : Bci'icht ùber eine Reise in Kurdistan); il se prépare à les exposer en détail dans un ouvrage qui paraîtra en 1887, à Berlin, chez l'éditeur Dietrich Reimer, sous ce titre : Reisen in Klein- Asien und Nord-Syrien (\ vol. in-8 et i atlas in-fol.). Dans la première partie, M. Humann, auquel on doit les premières fouilles de Pergame, racontera le voyage qu'il a fait à Angora pour y prendre un moulage de YIndex rerum gestarum divi Augusli; dans la seconde partie, M. Puchstein donnera une relation circonstanciée de ses courses et de ses découvertes dans la Syrie septentrionale, relation qui sera accompagnée de nombreuses planches où seront reproduits ses dessins et ses photographies. L'expédition a rapporté des moulages de plusieurs des monuments, de ceux qui sont les plus curieux et le mieux conservés. TOME iv. 67

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ché dans les récits que les Égyptiens et les Assyriens ont laissés de leurs campagnes contre les Khiti ; on y lit les noms de bien des forteresses qui, après les batailles livrées autour de Kadech ou de Gargamich, ont été prises ou ont ouvert leurs portes au vainqueur ; Tune d'elles est certainement la devancière de la Marach actuelle ; c'est ce dont témoignent des bas-reliefs d'un style tout primitif et surtout plusieurs lions que l'on a retrouvés là, encastrés dans le mur d'enceinte. Les architectes arabes, qui ont refait au moyen âge ces remparts souvent détruits dans les guerres des califes et des empereurs grecs, se sont servis de ces rudes et fermes images pour décorer la crête de la muraille (fig. 268) ».

De ce côté, la civilisation qui avait ses principaux foyers entre TOronte et l'Euphrate ne s'est même pas arrêtée à cette limite ; elle a eu la force de remonter à travers les détours de la gorge étroite où le Djihon serpente au-dessus de Marach, jusqu'à ces hauts plateaux que les géographes romains appelaient la Cataonie. Là, près d'Albistan, au sud de la plaine qui s'appelle aujourd'hui Palanga Ovay il y a des sculptures dont le style est tout à fait celui des monuments de la Syrie septentrionale et de la Cappadoce *.

§ 2. — l'architecture

Nous ne savons presque rien de l'architecture hétéenne ; nous ignorons comment elle a disposé la tombe et quelle forme elle a donnée au temple ; tout au plus avons-nous quelque idée des partis qu'elle avait pris pour défendre les cités ainsi que pour décorer les palais des chefs de la nation. 11 n'a pas encore été fait de fouilles dans la Syrie septentrionale ; les voyageurs qui ont traversé en courant cette région d'un abord difficile n'ont pas eu le temps de relever avec soin les vestiges apparents que des édifices détruits ont pu laisser par endroits sur le sol. Pour écrire ce chapitre de l'histoire des arts plastiques,

1. Ce dessin et plusieurs de ceux que contient ce chapitre ont été exécutés d'après des photographies prises en 1885 par le Dr Gwyther, photographies dont j'ai dû la communication à l'obligeance de M. Sayce.

2. Nous empruntons ces renseignements à une lettre que M. John Henry Haynes, voyageur américain, nous a écrite d'Aïntab, le 8 février 1886, et nous avons sous les yeux les photographies qu'il avait prises, Tannée précédente, des deux lions d'Àlbistan. Si nous ne les avons pas reproduites, c'est que ces figures ont beaucoup souffert ; on n'en distingue plus que les grandes masses.

il faut attendre que la pioche ait entamé, qu'elle ait éventré par de larges tranchées les tells ou tertres qui, ici comme en Mésopotamie, se dressent par endroits au-dessus de la plaine.

Jusqu'à ce moment, on devra se contenter de bien peu de chose ; les rares renseignements qu'il a été possible de recueillir s'appliquent tous à ce que nous avons appelé l'architecture civile. Ces tribus étaient toujours en guerre, tantôt contre l'étranger qui, venant du sud ou de l'est, menaçait leur liberté, tantôt entre elles, à propos d'un canton fertile, d'un pont ou d'un défilé dont, entre voisins, on se disputait la possession. Ces luttes entre clans limitrophes et entre princes rivaux désolent encore aujourd'hui le Kurdistan, dont une partie correspond à l'ancien territoire des Hétéens. Dans un tel état de société, on avait pour premier souci de se mettre à l'abri derrière de sûrs et puissants remparts. Comme nous l'apprennent ces chroniques égyptiennes et assyriennes que nous avons résumées, les Hétéens s'étaient donné, comme boulevards de leur indépendance, des places fortes dont la situation; avait été heureusement choisie et où l'art avait ajouté beaucoup à la nature. S'il subsiste quelques débris de ces murs de Kadech autour desquels tant de sang a coulé, ils sont cachés ou dans les tertres dont le pied est baigné par les eaux du lac de Homs, ou dans les flancs de ce Tell Nebi qui, selon Conder, indiquerait la position de l'ancienne ville ; maisGargamich, qui a gardé sa population et son importance bien plus longtemps que Kadech, ne s'est pas, comme cette dernière ville* ensevelie sous ses propres ruines ; on distingue encore très bien, sur le terrain, le tracé de la muraille et la place des principaux édifices lt

La cité proprement dite n'était pas très grande ; elle avait environ 3 kilomètres de tour ; mais ses faubourgs se prolongeaient au loin, dans la direction du sud, le long de l'Euphrate, où l'on a retrouvé des traces d'irrigation ; il devait y avoir là des maisons entourées de jardins où l'eau vive courait dans les canaux. La ville, au moins la ville fortifiée, était tout entière sur la rive droite de l'Euphrate ; l'enceinte avait une

4. Les renseignements qui suivent sont tirés d'une longue correspondance anonyme qui a paru dans le Times du 19 août 1880, sous ce titre : Carchemish from a correspondent. Il est regrettable que l'observateur intelligent auquel on doit cette description circonstanciée n'ait pas cru devoir y ajouter un plan et des dessins qui indiquent le caractère de l'appareil. Au moment où nous mettons sous presse, nous sommes enfin arrivé à nous procurer un numéro du Graphie, journal illustré de Londres, du 11 décembre 1880, qui contient, sinon tout ce que nous désirions, au moins la reproduction de quelques croquis faits sur place par M. Boscawen (pp. 582 et 608). Nous donnerons dans les Addenda de ce volume les plus intéressants de ces croquis, ou tout au moins la traduction qu'en a présentée le dessinateur du Graphie.

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forme oblongue ; le fleuve couvrait un des grands et un des petits côtés. Là où manquait cette défense, vers le nord et le nord-ouest, on avait tiré parti d'un petit affluent de l'Euphrate ; on avait creusé un fossé profond où Ton avait versé ce ruisseau, et Ton avait bâti sur l'autre bord un second mur, un mur extérieur. C'est la disposition que nous a indiquée, pour Cadech, l'artiste égyptien qui nous en a laissé une sorte de vue perspective (fig. 257) ; dans l'une comme dans l'autre de ces forteresses, le rempart était double, et les deux murailles étaient séparées par une cuvette remplie d'eau1.

Le relief du mur est encore partout très sensible ; mesuré du dehors, il a 8 à 10 mètres de haut. Au nord-est de l'enclos qu'il limite, on aperçoit un tertre dont le sommet, visible de très loin, s'élève à environ 15 mètres au-dessus du sol de la ville et domine de plus de 30 mètres le lit du fleuve. Ce tertre est coupé en deux par un ravin ; sans doute il supportait autrefois deux édifices principaux, entre lesquels il y avait une place que Ton gagnait par une rampe. C'était certainement là, dans cette sorte de citadelle, que se trouvait le palais du roi. M. Henderson a découvert, au nord-ouest de cette acropole, un vaste appartement dont les murs étaient ornés de bas-reliefs, comme en Assyrie. 11 a la forme d'un corridor, comme les chambres de Ninive. Sa longueur est de 20 mètres, et sa largeur d'environ 6 mètres. Le mur * occidental seul est resté intact. La question est de savoir si cette construction remonte au temps de l'indépendance hétéenne ; on a trouvé aussi là des briques au nom de Sargon ; tout ce bâtiment pourrait être l'ouvrage des Assyriens, un palais bâti sous les Sargonides, pour le satrape qui résidait dans cette place importante.

Ce qui ferait croire à une antiquité plus reculée, c'est que, dans les figures dont sont décorées deux grandes tablettes de calcaire qui étaient restées en place, on pense reconnaître la main du sculpteur hétéen. Sur l'une de ces dalles était représentée une divinité féminine et sur l'autre une prêtresse qui l'adorait. Nous ne pouvons juger de l'exécution; ces plaques ont été trouvées trop lourdes pour qu'on essayât de les emporter^; on n'en a donné ni photographie ni dessin; nous ne les connaissons que par une description. La déesse serait une Anat ou une Astarté. Vue de face, elle est ailée et nue ; elle a les deux mains appuyées sur les seins. Le type est à peu près celui de ces terres cuites que l'on a trouvées un peu partout en Orient,

1. Conder croit retrouver cette disposition dans ce TelLnebi-mendeh où il voit le site de Cadech, Palestine exploration fund, Quaterly statement, 1881, p. 165).

depuis la basse Chaldée et Suse jusqu'à Cypre, et dans les colonies phéniciennes de l'Occident1; il appartient à l'art oriental, dans le sens le plus étendu de ce terme. Ce qui indiquerait peut-être ici que la donnée commune a été mise en œuvre par un artiste hétéen, c'est le bonnet conique que porte la déesse, bonnet que nous avons déjà vu sur la tête du roi Kitisar, dans une stèle égyptienne (fig. 260), et que nous retrouvons, avec quelques variantes, dans presque toutes les sculptures que Ton peut attribuer à ce peuple2; c'était la coiffure nationale.

D'autre part, le casque assyrien a parfois des formes qui le font ressembler au bonnet hétéen; il faudrait voir le monument lui-même, et, selon toute apparence, celui-ci n'existe plus; abandonné dans la tranchée, il a dû être bientôt détruit. 11 était en calcaire; on en aura fait de la chaux. Quant aux dalles de basalte, elles trouvent aussi leur emploi; sur ce ruisseau qui servait autrefois à remplir le fossé, sur YAin-bedder, il y a un moulin qui a déjà dévoré bien des bas-reliefs ; le meunier, ravi de trouver à sa portée, déjà taillées et réduites à l'épaisseur voulue, des pierres aussi dures, découpe ses meules dans les sculptures qui ont vu passer les armées des Toutmès et des Salmanasar.

Beaucoup de ces plaques ont dû disparaître ainsi, brûlées dans le four à chaux ou piquées par le ciseau du tailleur de meules ; cependant il en reste encore un certain nombre à Biredjik, à Marach et ailleurs, sur divers points de la Syrie septentrionale. Par leur forme, par leurs dimensions, par leur peu d'épaisseur, elles rappellent ces dalles d'albâtre qui, dans les palais assyriens, faisaient parement au pied des murs, soit à l'extérieur, des deux côtés du passage delà porte, soit à l'intérieur des appartements; on est donc tout d'abord tenté de supposer que, chez les Hétéens', elles ont joué, dans la décoration des édifices, le même rôle qu'en Assyrie. Ce qui confirme cette conjecture, c'est une découverte qu'a faite M. Puchstein. Près du hameau de Sindjirli, il a retrouvé, dans un tell qui indique le site d'une ancienne construction, toute une série de ces plaques sculptées dont plusieurs sont encore en place à la base d'un tell; les dalles qui forment les deux côtés de l'angle principal sont dégagées; à droite, la suite de ce parement se perd dans l'épaisseur du tertre (fig. 269) 3. Les

\. Histoire de V Art, t. II, fi^. 16 et 228; t. III, fig. 150, 321, 379, 380, 417.

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