‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 33 sur 440 · Truddhu de la terre d'Otniulc · texte numérisé non relu

Truddhu de la terre d'Otniulc

domestiques, d'exemplaires beaucoup plus considérables du même type, qui remontent à l'antiquité ; nous voulons parler de ces ruines qui, assez nombreuses dans ces mêmes provinces, y portent le nom de specchie ou tours d'observation, du latin spécula. Les specchie sont toutes à demi écroulées , et leur base est ensevelie sous un monceau de décombres; on reconnaît pourtant que ce sont des massifs en pierres sèches, en forme de cônes tronqués, avec un parement extérieur plus soigné que le noyau intérieur, mais toujours d'un appareil irrégulier. Leur structure est conforme à celle des truddhi modernes, et les matériaux sont pareils, mais d'un beaucoup plus fort échantillon. Les savants du pays discutent pour savoir si ces édifices étaient des tombes monumentales, des habitations ou des forteresses surveillant au loin

le pays et la mer dont elles sont souvent voisines. Nous pencherions pour cette dernière hypothèse, qui est d'accord avec le nom que la tradition attache à ces débris. L'étendue que couvrent parfois ces restes semble aussi confirmer cette conjecture ; la specchia de Calone, sur la route de Lecce hOtrante, a 256 mètres de circonférence à sa base; du côté où elle est le mieux conservée, sa hauteur est encore de 17 mètres. En présence d'une pareille masse, on ne peut s'empêcher de songer à ces grands nouraghes agglomérés qui ont des dimensions analogues. Le plus simple serait d'entreprendre l'exploration de Tune de ces ruines ; les fouilles, si elles étaient bien conduites, jetteraient bien certainement quelque jour sur la disposition du bâtiment et permettraient peut-être d'en deviner la destination.

Les plus anciens habitants de cette contrée que connaisse l'histoire, ce sont les Iapyges et les Messapiens, qui ne se civilisèrent qu'assez tard au contact de Tarente ; c'est donc à eux que l'on est tenté de faire remonter l'origine de ces pratiques et de cette tradition. Une fois ce type entré dans les habitudes locales, il s'y sera perpétué d'âge en âge, mais pour n'être plus employé que dans des constructions communes et rustiques , lorsque les Grecs , puis les Romains , eurent donné l'exemple d'appliquer aux édifices publics des formes plus nobles et plus variées. Y a-t-il lieu d'en inférer une parenté quelconque entre ces populations italiques et le peuple qui a bâti les nouraghes ? En aucune façon, du moins tant que nous ne connaîtrons pas mieux les specchie de la Pouille. Réduit à ce qu'il est dans le truddhu, ce système de construction repose sur deux idées très simples : la première, c'est de donner à l'édifice, par l'inclinaison des murs, une base plus large et, par suite, plus de solidité ; la seconde, c'est de couvrir un vide au moyen de pierres posées en encorbellement. 11 n'y a rien là qui n'ait pu se présentera l'esprit des hommes, dans des pays éloignés l'un de l'autre, sans aucun concert préalable, sans l'effet d'aucune affinité de race. Il en est autrement lorsque de ces deux idées est né tout un style, qui comporte des plans compliqués et des dispositions très particulières, témoignant d'une certaine force de réflexion et de combinaison. Si nous rencontrons ces mêmes dispositions à la fois en Sardaigne et dans les Baléares, si cette ressemblance est encore accentuée par la présence, auprès des nouraghes et des talayots, de tombes dont le principe est identique, alors, mais alors seulement, nous sommes fondés à croire qu'il y a là autre chose qu'une simple rencontre; alors nous avons le droit de supposer que les deux peuples sont étroitement appa-

LES TOMBES DES GEANTS

rentes, qu'ils ont été en relations suivies ou, quand l'histoire interdit cette hypothèse, qu'ils sont sortis- d'un tronc commun, et qu'avant de se séparer ils avaient déjà réuni les premiers éléments du système de construction qu'ils ont appliqué et développé dans leurs nouvelles résidences.

§ 3. — LKS TOMBES DES GÉANTS, LES PIERRES LEVÉES LES CERCLES DE PIERRES

En traitant des nouraghes, nous avons eu l'occasion d'indiquer que les sépultures du

peuple qui les a bâties - ^ ^ v ^ :,

se trouvent dans le voisinage immédiat de ces édifices (fig.

32) *. Une sépulture complète se compose de trois parties : un hémicycle ouvert, qui forme une sorte de vestibule, une grande stèle, et enfin une fosse, qui a de 5 à 10 mètres de long et quelquefois plus (fig.

36). C'est la longueur de cette fosse, tellement supérieure à la taille de l'homme, qui a fait donner à ce genre de tombeau le nom sous lequel il est connu des paysans de l'île, sepoltura dessu gigante, ou , dans quelques districts, par abréviation, giganlinu

Plan du nouraghe de Tamuli et des sépultures voisines. La Marmora, Atlas, pi. III, fig. 1 bis.

i. C'est ce que fait observer La Marmora, à propos de celles de ces tombes qu'il décrit [Voyage, H, p. 16, 21, 23, 27, etc.).

LA SAHDAIGNE.

L'hémicycle est dessiné par un mur qui a deux ou trois assises en hauteur sur une ou deux pierres d'épaisseur. La stèle, qui a quelquefois plus de 3 mètres de haut, toujours ovale h son sommet, se rétrécit aussi parfois vers le bas, de manière à offrir h peu près la section d'un œuf (fig. 37). Du côté de l'hémicycle, elle est ornée d'un rebord en saillie, large d'environ 30 centimètres, qui en fait tout le tour ; une bande de la même largeur traverse la dalle à un tiers de sa hauteur, et forme à sa base un compartiment carré, au bas duquel se trouve une petite porte carrée ou semi-circulaire, décorée, comme la stèle, d'un bord saillant, mais qui est ici de plus petite dimension. Cette ouverture, par laquelle

passerait à peine un jeune enfant, commu- ; ^ , nique avec l'intérieur

.<-—,. du monument, avec

la fosse ; celle-ci était bordée tantôt par des dalles plaies, fichées en terre les unes contre les autres, tantôt par un petit mur semblable à celui de l'hémicycle; la double ligne de ces dalles ou de ces assises parallèles constituait ainsi une sorte de corridor, dont la largeur moyenne est de lm,50. Cet espace est couvert par des pierres plus larges et plates, posées en travers comme toiture ; sur celles-ci était étendu un lit de terre (fig. 38). Quelquefois, du côté opposé à l'entrée, la fosse se termine par un bloc où est évidée une cavité arrondie qui a pu servir de chevet à la tête du squelette1; celui-ci aurait donc été placé tout au fond de cette espèce de caveau, tandis que le reste aurait été libre pour déposer auprès du mort les objets qui devaient le suivre dans sa dernière demeure.

La destination funéraire de ces monuments n'est pas douteuse. A quoi aurait pu servir, sinon à l'inhumation du cadavre, un souterrain dont la largeur et la hauteur ne dépassent guère un mètre? Point d'accès ; un homme ne saurait s'introduire par l'ouverture ménagée au pied de

1. La M.uimora, Voyage, II, p. 10-U et 30, 31, pi. 111, ftg. i bis et 3, lettre i.

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