Histoire de l'Art, t. II, p
566 LES HÉTEENS.
les figures, vues de profil, îivec leur gros œil rond, sont si vides de détails, offrent de si monotones et si dures silhouettes. Dans aucun de ces ouvrages on n'aperçoit de symboles qui paraissent empruntés au répertoire plastique des grandes civilisations méridionales; tout au plus pourrait-on signaler comme ayant ce caractère le lion ailé de ce SindjirU. Ces emblèmes, ces conventions se montrent au contraire dans des bas-reliefs qui, comme la stèle royale de Biredjik, rappellent la Chaldée (fig. 278), ou, comme maints fragments de Gargamich (fig. 276, 277, 279), font songer à l'Assyrie. C'est le globe ailé planant au-dessus de la tête des rois * ; ce sont les dieux debout sur des lions, comme dans la vallée du Tigre, à Bavian et à MaltAaï*; ce sont les doubles paires d'ailes qui se dressent ou s'abaissent sur leur dos comme sur des cylindres assyriens et chaldéens 3, les ustensiles sacrés, tels que le seau de bronze, que l'artiste leur met en main4. C'est surtout dans les trois plaques où est représentée une chasse au lion que la ressemblance avec l'Assyrie est frappante ; au premier coup d'œil, on croirait voir un bas-relief tiré de quelque palais assyrien. Tous les personnages portent la sandale assyrienne et non le soulier à pointe; le casque de l'un d'eux, la cuirasse dont trois des chasseurs sont revêtus, le harnachement du cheval, la forme du char, tout cela semble copié sur un bas-relief de Khorsabad ou de Kouioundjik. Il n'est pas jusqu'au cadre qui ne soit tout pareil; il est formé par cette torsade qu'affectionne l'ornemaniste assyrien, et dans le champ sont semées quelques-unes de ces rosaces qu'il met un peu partout. Nous n'avons cependant pas hésité à faire honneur de ce bas-relief à un artiste hétéen, mais à un artiste qui connaissait les modèles assyriens. Il s'appliquait à les imiter de son mieux; mais il lui était plus facile d'habiller, de coiffer, de chausser à l'assyrienne ses personnages que de modifier le caractère du type physique dont les traits principaux avaient été arrêtés par ses prédécesseurs ; ce type est ici reproduit d'une main plus légère et plus adroite, mais il garde sa physionomie particulière. La ligne du profil n'est pas la même qu'à Ninive; le nez est moins busqué, plus long, plus tombant et plus pointu du bout; les cheveux, surtout chez le personnage qui forme le milieu de la scène, ne sont pas traités tout à fait de la même manière. Le lion est bien pesant et
1. Histoire de l'Art, t. II, p. 88, fig. 18, 19 et 343; t. III, fig. 283 et 305.