‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 353 sur 440 · Hérodote, I · texte numérisé non relu

Hérodote, I

2. C'est ce qui résulte implicitement du fait que Crésus, quand, au retour, il licencie ses troupes, compte sur l'hiver pour s'assurer le concours de ses alliés et leur donne rendez-vous dans cinq mois (Héhodote, I, 77).

600 LES HETEENS.

ferme cette sorte de parenthèse est exacte. Boghaz-keui, le village près duquel se trouvent les monuments les plus importants du groupe, est, à très peu de chose près, sous le même méridien que Sinope. Voulant donner aux Grecs qui ne connaissaient pas l'intérieur de l'Asie Mineure quelque idée de la situation de la Ptérie, Hérodote a pris un point de repère sur la côte que fréquentaient leurs navigateurs.

Le seul écrivain ancien, outre Hérodote, qui mentionne la Ptérie, c'est Etienne de Byzance : « Ptérion, ville des Mèdes. Quelques-uns emploient la forme Ptéra, au pluriel neutre, pour désigner l'acropole de Babylone. On dit aussi au féminin la Ptéria. 11 y a aussi Ptéria, ville de Sinope. L'ethnique de la ville médique est Ptériénos, et celui de la ville située dans le territoire de Sinope Ptérios. »

Tout ce que ce passage ajoute au texte d'Hérodote, c'est ce rapprochement entre le nom de la citadelle de Babylone et celui des deux Ptéria qu'il cite. Peut-être y a-t-il là un radical commun ayant le sens de forteresse. Quoi qu'il en soit, nous craignons qu'il ne faille réduire à une seule les deux Ptéria d'Etienne de Byzance. Le compilateur aura tiré deux villes différentes de notes qui, en réalité, se rapportaient au même objet. 11 avait lu quelque part que Ptérion était la place forte la plus importante des Mèdes sur leur frontière occidentale ; c'est d'ailleurs ce qui résulte du récit d'Hérodote ; en même temps il aura retenu d'Hérodote cette mention : jcx-ri Siv^msv pxkiiTi y,rt xciuivr). De là sa « Ptérie, ville de Sinope ». Les environs de Sinope étaient trop bien connus des Grecs pour que, s'il avait existé sous ce nom un comptoir ou une dépendance de Sinope, ce nom ne se rencontrât pas chez un historien ou chez un géographe, par exemple dans VAnabase de Xénophon ou dans quelque périple. Quant à la différence d'ethnique, tout ce qu'elle prouve, c'est qu'Etienne a trouvé les deux formes et qu'il a introduit entre elles une différence tout arbitraire. Pour désigner les habitants de sa « ville de Sinope », il emploie l'ethnique qu'Hérodote applique à la population de sa Ptérie cappadocienne. Ceci nous est une raison de plus pour croire que la « Pléria, ville de Sinope », ne provient que du passage d'Hérodote lu trop vite et mal compris. Quant à une double forme d'ethnique pour un même peuple, les exemples en sont nombreux.

Le caractère des monuments qui ont été retrouvés dans ce canton et que nous allons faire connaître s'accorde bien avec la conjecture que nous présentons. Ce district montagneux paraît avoir été peu habité pendant toute la période gréco-romaine. De Nêfez-keni à Tchourmnn, h

LA PTÉRIE D'HÉRODOTE. 601

peine avons-nous trouvé quelques vestiges de villages grecs, une seule tombe un peu décorée et quelques stèles grossières. Au contraire, dans ce même territoire, nous avons rencontré sur plusieurs points les débris d'un art qui n'a rien de grec ni de romain ; à Boghaz-keui et à Euiuk, l'architecture, la sculpture, les symboles, tout a un caractère primitif et oriental des plus marqués. Dans notre hypothèse, rien de plus naturel. Crésus, dès le début de sa campagne, marche sur la Ptérie: c'est que ce canton était un centre politique et religieux. Les rochers de lasili-kaïa ont gardé la trace du culte qui se célébrait dans les sanctuaires du peuple de ce pays ; nous aurons à étudier les restes de deux palais dont l'un était peut-être la résidence d'été et l'autre la résidence d'hiver du prince qui y régnait, prince qui, au temps de Crésus, était vassal du roi des Mèdes. La vaste et puissante enceinte dont il subsiste des débris imposants, auprès de Boghaz-keui, offrait à l'armée des Mèdes une excellente base d'opérations quand, dans ces longues guerres que Cyaxare soutint contre Alyattès et les Lydiens, elle s'apprêtait à envahir la Phrygie ; en cas d'échec et de retraite, les troupes battues pouvaient s'y réfugier avec toute la population des environs. Suivant toute apparence, une des routes les plus importantes de cette région passait par cette gorge étroite qui a donné son nom au village actuel (boffhaz, défilé, keui, village) ; c'était par là que du plateau cappadocien on communiquait avec Sinope et avec son riche marché.

Crésus avait donc toute sorte de raisons d'attaquer la Ptérie avant l'arrivée de Cyrus ; il eut le temps de forcer les murailles de la cité et de prendre les bourgades voisines ; il ruina tout dans ce district et, suivant l'usage des conquérants orientaux, il expédia sans doute au delà de l'Halys des convois de Cappadociens prisonniers. Quand il battit en retraite, il ne devait laisser derrière lui que des ruines et le désert. Que ce district ne se soit qu'imparfaitement repeuplé, quoi de plus naturel et qui s'explique mieux par des exemples analogues tirés de l'histoire? Pour n'en citer qu'un seul, toute une partie de TÉtrurie, qui, au temps de l'indépendance, était couverte de riches et populeuses cités, a si bien été dévastée par la conquête romaine et par les guerres du dernier siècle de la république que la solitude s'y est faite et qu'après vingt siècles les villes ne s'y sont pas relevées.

Tout concourt donc à nous faire reconnaître, dans le district cappadocien dont les monuments ont si vivement éveillé la curiosité des archéologues, celui qui a été le théâtre de la première rencontre entre Crésus et Cyrus, celui qu'il désigne sous le nom de Ptérie. Si l'on

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