Hérodote, I
3. Il y a là, comme nous l'avons jadis fait remarquer, dans la traduction de Larcher, un singulier contresens qui, suivant l'usage, a dû passer dans d'autres versions. Voici comment il rend cette phrase : f, 3s IItîv't) stti ttjî *//'»p7); xau-Tj; tô isyypoTa-ov, xarà Siv&Snijv r,(&iv ttjv ev EuÇcfvw IIovtoi {xâXtTra xr4 xsiuivr, : « La Ptérie. le plus fort canton de ce pays, est près de Sinope, ville située presque sur le Pont-Euxin. » D'abord xxca n'indique
LA PTERIE D'HÉRODOTE. 599
des Syriens. 11 prit la ville des Ptériens et réduisit ses habitants en esclavage; il prit aussi toutes les bourgades voisines et ravagea tout chez les Syriens, quoiqu'ils ne lui eussent donné aucun sujet de plainte. » Hérodote raconte ensuite comment Cyrus vint au-devant de Crésus, comment les deux armées se livrèrent, dans la Ptérie même, sans résultats décisifs, de violents combats, qui se terminèrent pourtant par la retraite de Crésus.
Malgré son extrême brièveté, ce récit a de la précision : tous les renseignements qu'il contient s'appliquent bien au canton où se pressent les monuments que nous allons décrire ; on ne saurait indiquer un autre district de la Cappadoce qui renferme, comme celui-ci, des vestiges d'une antiquité reculée, et auquel on puisse également rapporter les quelques données du texte grec. Il y avait bien, dans la Cappadoce méridionale, une ville qui passait pour très ancienne, Mazaca, plus tard Caesarea, aujourd'hui Kaisarieh; mais si c'était de Mazaca que Crésus se fût emparé, l'historien n'en aurait-il pas cité le nom et aurait-il laissé échapper cette occasion de parler du mont Argée? Crésus aurait-il eu d'ailleurs, à la hauteur de Césarée, tant de peine à franchir l'Halys? Pour que le passage du fleuve ait été, comme le raconte Hérodote1, une opération difficile, il faut que l'armée lydienne n'ait rencontré ce fleuve que dans son cours moyen, là où, après avoir décrit son grand cercle sur le plateau, il a reçu les eaux qui descendent du Keach-dagh et, grossi par ces affluents, s'apprête à percer le rempart des chaînes qui le séparent de l'Euxin. Hérodote ne donne aucun détail sur la marche de Crésus; mais, selon toute vraisemblance, c'est sur la Cappadoce septentrionale que son attaque a porté. La campagne avait lieu pendant l'été2. De Sardes, le roi n'a pas dû conduire ses troupes à travers les plaines arides de la Phrygie Axylos et de la Lycaonie; il a dû prendre plutôt par la contrée boisée que domine la chaîne des Olympes. Enfin, si Hérodote établit un rapprochement entre Sinope et la Ptérie et non entre la Ptérie et quelque point de la côte méridionale, c'est que la Ptérie était plus voisine de l'Euxin que de la mer de Cilicie. L'indication que ren-
pas ici la proximité; si la Ptérie avait été près de Sinope, elle aurait appartenu à la Papklagonie et non à la Cappadoce. Cette préposition marque ici la direction, l'alignement; puis {xocXisia xrj xêifjivr) se rapporte à la Ptérie et non à Sinope. Larcher a lu sans doute xtttiivTjv ; mais Sinope n'est pas presque, elle est tout à fait sur la mer.