‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 370 sur 440 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

LE PALAIS D'EUIUK. 659

nous avons profité, pour prendre de nombreuses photographies, des quelques heures où paraissait un soleil pâle et déjà voilé; nous avons parcouru en tous sens les abords du tertre et les environs du village; nous avons fait des fouilles là où les débris antiques étaient le plus apparents et relevé le plan de toutes les constructions que dégageait la pioche. Nous ne ferons donc guère ici que résumer les résultats de nos propres recherches, que reproduire les images données par nous de ces sculptures qui, jusqu'au moment où a paru notre ouvrage, étaient, à vrai dire, tout à fait inconnues1.

Le village ftEuhtk, qui ne compte guère qu'une trentaine de maisons, occupe la plate-forme d'une espèce de tertre, à peu près quadrangulaire, élevé de 12 à 13 mètres au-dessus du niveau de la plaine, à laquelle il se rattache par un talus (fig. 322). C'est par la face méridionale, du côté de la fontaine, que nous avions abordé le village; nous avions tout de suite reconnu que le sentier franchissait le large seuil d'une ancienne porte. Ce qui nous prouvait que ce seuil était encore en place, c'est que, des deux côtés du passage, se dressent deux grands sphinx faits d'une roche éruptive qui ressemble au trachyte2; cette roche, dure et de couleur sombre, est la seule pierre que l'on rencontre ici; à droite et à gauche, un peu en avant des sphinx, court une ligne de bas-reliefs taillés dans des blocs de même nature. A ses deux extrémités, cette série de sculptures se perd, ici dans le lavoir banal adossé au talus, là sous le sol; mais, au point où passe le sentier qui s'élève sur le tertre, la ligne s'interrompt brusquement, et d'autres blocs, qui font avec les précédents un angle droit et qui sont également couverts de sculptures, bordent, de part et d'autre, cette entrée et vont aboutir à la base des sphinx (fig. 323).

Il nous fut démontré, dès le premier coup d'œil, que nous nous trouvions en présence de l'une des façades d'un ancien édifice et de la porte monumentale qui y donnait accès vers le sud, et il nous parut vraisemblable que les dimensions de cet édifice correspondaient à

1. Les bas-reliefs d'Etriuk ont été décrits, d'une manière assez satisfaisante, dans un ouvrage postérieur au nôtre, mais qui mérite d'être lu, quoique l'auteur ne fût pas archéologue de profession. 11 a pour titre : Traveîs in little known parts of Asia Minor, with illustrations of biblical littérature and researches in archœology, by Rev. Henry J. van Lennep, tbirty years missionary in Turkey, 2 vol. in-8°, New-York, 1870. Les chapitres xix et xx du second volume sont consacrés à Boghaz-keui et à Euiuk. Ils renferment plusieurs croquis; ceux-ci, quoique à petite échelle, donnent une idée assez exacte des monuments.

2. Van Lennep (Traveh, t. îï, p. 129) appelle cette roche « un granit noir à grain très dur et très fin ».

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celles mêmes du tertre. Le petit plateau, mesuré par deux lignes se coupant à angle droit, a, dans les deux sens, environ 250 mètres. Il était sans doute carré; mai* il a été déformé par les pluies et surtout par le pied des hommes et des animaux; aucune des faces n'a plus une direction tout à fait rectiligne. Au milieu de la face occidentale, il nous sembla reconnaître les traces d'une autre porte. Plusieurs gros blocs gisent à terre ; l'un d'eux porte des trous analogues à ceux que nous avons remarqués sur presque toutes les pierres du grand palais de Boghaz-keui. Nous n'eûmes pas le temps de faire des fouilles sur ce point. Nous n'avions d'ailleurs pas besoin de nouvelles découvertes, sinon pour relever le plan de l'édifice dont nous foulions les ruines, au moins pour en deviner l'ancienne destination. Tout venait confirmer notre première impression. Le tertre a dans l'ensemble une forme trop régulière pour être un produit de la nature. Les tranchées que nous avons poussées, sur l'une des faces, jusqu'à une certaine profondeur, nous ont convaincu que ce tertre ne repose pas sur une masse rocheuse soulevée au-dessus du niveau de la plaine. L'espèce d'esplanade par laquelle il se termine a partout le même niveau; le talus, entamé sur plusieurs points par les chemins qui desservent le village, est partout composé de terres meubles. Rien ne ressemble plus à ces buttes artificielles, formées par rémiettement des briques crues au-dessus de la masse des fondations, que surmontent aujourd'hui les villages de Khorsabad, de Kouioundjik et de Nimroud, sous lesquels on a trouvé ensevelis les édifices assyriens. Comme les tells de la Mésopotamie, celui d'Euiuk a ses angles sensiblement orientés vers les points cardinaux1. Il ne paraît pas douteux que l'on n'ait affaire ici aux restes d'un palais construit, sur un plan qui se rapproche du plan des palais ninivites, pour un prince cappadocien. La porte méridionale, si elle n'était pas la seule qui eût été ménagée dans les murs du bâtiment, était du moins la principale entrée, la vraie porte royale, et la façade au milieu de laquelle s'ouvrait cette baie était la plus ornée, peut-être même la seule que le sculpteur eût été appelé à décorer. Ce qui le fait penser, c'est que là seulement la pierre fait saillie, perce cet amas de poussière sous lequel se dérobent, partout ailleurs, les amorces des murs; s'il y avait eu, sur l'un des autres côtés, quelque chose d'analogue à toutes ces dalles ouvrées et surtout aux deux hauts blocs qui formaient les pieds-droits de la porte, toute trace n'en aurait pas disparu.

i. Histoire de l'Art, t. II, pp. 524-527.

LE PALAIS DEUIUK.

Ce qui vient encore à l'appui de cette conjecture, c'est ce fait qu'en avant de cette porte méridionale il semble y avoir eu, par une disposition analogue à celle qui est d'usage courant en Egypte, une sorte de dromos, une avenue monumentale formée par des figures de lions, placées des deux côtés de la voie. Nous avons trouvé une de ces figures devant le lavoir, à 8 mètres du mur de soubassement, et une autre, dans l'alignement de la première, à environ 82 mètres. D'autres fragments,

324. — Plan des ruines ri'Euiuk. Exploration archéologique, pi. lv.

épars dans la même direction, paraissent avoir appartenu à des figures semblables. Sur les autres côtés du tertre, nous n'avons rien aperçu de pareil, ni tout près du talus, ni à une certaine distance.

Vu le peu de temps que nous pouvions accorder à ce travail, nous avons donc dû concentrer tous nos efforts sur la partie de l'édifice qui, par l'aspect qu'elle présente encore aujourd'hui, s'annonçait tout d'abord comme celle où s'est porté le principal effort de l'architecte et des artistes dont il a réclamé le concours ; tous les bras que nous avons pu réunir dans ce hameau et armer de pioches, de pelles et de leviers, nous les avons employés à dégager la porte et ses abords, à débarrasser de la terre où ils étaient cachés aux trois quarts les blocs dont Barth

LES HETEENS.

n'avait vu que le haut, à relever ceux qui étaient tombés la face en avant et dont la décoration se trouvait ainsi soustraite à la vue. Le plan ci-dessus (fig. 32i) donne les dispositions que nous avons pu constater, au terme de ce déblaiement. Une élévation générale (fig. 325) et une coupe longitudinale (fig. 326) indiquent le relief de ces constructions, tel qu'il se présentait quand nous avons quitté le terrain. L'ar-

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