‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 386 sur 440 · LA NÉCROPOLE · texte numérisé non relu

LA NÉCROPOLE

Le gros village (ÏAladja, situé à environ cinq heures de route vers le nord-est de Boghaz-keui et à trois heures vers le sud-est d'Euiut (fig. 293), occupe le centre d'une petite plaine arrosée par une rivière qui coule vers le nord et doit être un affluent de l'Iris ; au sud et au nord de cette plaine, la vallée est très étroite; elle forme un de ces défilés qui abondent en Ptérie. C'est dans le ravin septentrional que se trouve le groupe de monuments qui a été découvert par Hamilton1. Déjà, bien avant d'y arriver, nous voyions les rochers criblés de trous naturels dont beaucoup paraissent avoir été agrandis pour servir soit d'habitations, soit de demeures; à deux heures environ d'Aladja, l'on arrive en présence du tombeau principal, connu sous le nom de Gherdeh-kaïasi (fig. 344)*. Il apparaît au sommet d'une pente gazonnée assez raide, taillé dans un massif de rochers dont la face est tournée vers l'est. C'est un portique formé de trois colonnes épaisses et courtes, dont la forme conique, les proportions et les chapiteaux rappellent les plus anciennes colonnes doriques ; seulement il y a ici des espèces de bases. Un escalier, pratiqué dans le roc sur la gauche, conduit à ce portique, aux deux extrémités duquel s'ouvre une chambre funéraire. Ces deux chambres, comme on peut le voir dans le plan (fig. 345) et dans la coupe longitudinale sous le portique (fig. 346), ne sont ni également grandes, ni également décorées. Celle de gauche est la plus spacieuse et la plus ornée; elle renferme, dans une sorte d'alcôve , un lit funéraire taillé dans la masse ; c'est là que dut être enseveli le plus important des deux personnages à qui fut destiné ce tombeau. Dans l'une et dans l'autre le plafond est taillé en forme de toit, comme dans les tombeaux de la Phrygie et de l'Étrurie ; mais, à

\, Hamilton, Researches, t. I, p. 401-402. Par la faute de ses guides, Barth a passé à peu de distance de ces tombeaux, qu'il cherchait, sans arriver à les voir (Rtise vnn Trapezunt, p. 41).

2. Sur le sens de ce nom, voir Eocploration archéologique, p. 339.

LA NECROPOLE.

droite, le travail est plus grossier. Chaque chambre a une fenêtre. Du côté gauche, où se trouve la chambre la plus soignée, on distingue deux antes et les vestiges de leurs chapiteaux ; la petite fenêtre carrée est

344. — Gherdek-kaïasi. Vue perspective, par Ch. Chipiez, d'après l'élévation de Guillaume. Exploration archéologique, pi. xxxm.

ornée d'un chambranle et d'une sorte de fronton dont les angles portaient des ornements, trop frustes aujourd'hui pour qu'il soit possible de les bien définir. Le côté droit ne présente aucun de ces détails, ni ante, ni chambranle, ni fronton : une ouverture carrée seulement.

LES HËTÉENS.

Sous l'escalier se trouve encore un double caveau dans lequel on pénètre maintenant par un trou latéral qui ne doit pas appartenir au plan primitif; la profondeur en est indiquée dans la coupe transversale (fig. 347) ; celle-ci laisse aussi voir la fausse baie qui s'ouvre presque

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3V5. — Gherdek-kaiasi. Plan. Exploration,

pi. XXXIII.

346. — Gherdek-kaiasi. Coupe longitudinale sous le portique. Exploration, pi. xxxm.

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au milieu du portique, dans le roc qui en fait le fond; ce doit être l'amorce d'une troisième chambre funéraire qui n'a jamais été exécutée. Cette même coupe montre le talus très accentué du rocher; il en résulte que la ligne du fût des colonnes est verticale et que toute la diminution du fût, qui est grande, porte sur la ligne extérieure1.

En présence de ce monument, on éprouve un certain embarras, lorsqu'il s'agit d'en déterminer l'âge. A-t-il subi, dans une mesure quelconque, l'influence du style grec, ou bien est-ce au contraire un de ces types primitifs dont le génie grec s'est inspiré ? Le doute est permis. Les proportions trapues de ces colonnes se retrouvent dans certaines tombes de la Cyrénaïque, également creusées dans le roc, qui relèvent de l'art grec archaïque2; ce qui donne aussi à réfléchir, ce sont les an tes, que l'Egypte, l'Assyrie et la Phénicie n'ont pas employées de cette manière, au moins dans les monuments qui sont arrivés jusqu'à nous. D'autre part, il y a là aussi bien des traits par lesquels cette façade rappelle les habitudes et les partis pris de l'architecture orientale. Point de fronton au-dessus du portique ; point d'entablement avec frise

347. — Gherdek - kaïasi Coupe transversale. Exploration, pi. xxxm.

i . On remarquera que cette disposition s'accorde avec la rè^le que pose Vitruve, au sujet des colonnes du temple (1. III, ch. v). 2. Voir Pacho, Voyage dans la Cyrénaïque.

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et corniche ; rien qu'une architrave, formée de deux fasces, dont Tune règne sur toute la longueur du portique, tandis que l'autre semble n'avoir été qu'ébauchée ou bien qu'elle a été détruite par la chute de la couche superficielle du roc. Cette disposition rappelle la partie inférieure de l'entablement des tombeaux de Persépolis. Le chapiteau ne présente pas les membres qui caractérisent l'ordre dorique ; d'une exécution très rude, il est constitué par un talon, moulure qui est très employée dans les corniches phéniciennes1. Cette colonne a une base, ce qui rend encore moins vraisemblable l'hypothèse de l'imitation d'un type canonique grec. Avec son chambranle composé d'une double bande, la fenêtre de gauche fait songer aux portes des tombes phéniciennes d'Amathonte, où la baie a un encadrement du même genre 2; elle ressemble surtout aux fenêtres de ces petits modèles en terre cuite où nous avons reconnu des copies de chapelles consacrées à Astarté3. Mieux conservés, les ornements qui décorent les angles du petit fronton auraient peut-être fourni un utile élément de détermination ; mais ils sont trop frustes pour qu'il soit possible de les bien définir.

On remarquera que la Ptérie ne renferme ni inscriptions ni monuments d'architecture et de sculpture que l'on puisse attribuer à la période intermédiaire entre le règne de Cyrus et la conquête romaine. La vie et l'art ne semblent s'y être réveillés que sous l'administration des légats impériaux. Tous les textes grecs qui y ont été recueillis sont de basse époque, et, de tous les monuments que Ton y a signalés, le seul où l'imitation des formes classiques soit sensible à première vue ne nous a paru dater que du temps des Césars. C'est la tombe appelée par les paysans Kapoulu-kàia ou « la roche à porte »4. Dans la disposition architectonique de la façade comme dans l'exécution du médaillon qui la décore, une tête d'Apollon vue de face, on y devine le goût et les procédés de l'art gréco-romain. Dans la tombe de Gherde/c-kaïasi, rien de pareil ; point d'éléments qui suggèrent à l'archéologue une date même approximative. Supposez que l'on eût trouvé cette sépulture sur la côte du Pont-Euxin ou de la Méditerranée, au lieu de la rencontrer au fond de la Cappadoce ; alors on serait au moins tenté de se demander

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