‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 396 sur 440 · Exploration archéologique. Itinéraires, feuille F · texte numérisé non relu

Exploration archéologique. Itinéraires, feuille F

'.\. Les parties de murs qui ont conservé plus ou moins de relief sont indiquées, sur ce plan, par une teinte foncée ; celles qui sont rasées au niveau du sol sont laissées sans hachures.

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une muraille faite de gros blocs assemblés sans ciment et de la manière la plus irrégulière entoure tout cet espace, hormis là où l'escarpement du rocher forme une défense suffisante. L'épaisseur moyenne de ce rempart, comme de tous les autres murs que porte cette colline, est d'environ 1 mètre. En arrière de ce réduit s'étend un plateau allongé, long d'environ 125 mètres, qui dessine un triangle isocèle. On ne dislingue plus que les arrachements, au niveau du sol, de la muraille qui

enveloppait toute celte plate-forme; cette muraille semble avoir

été construite plutôt par assises réglées que dans le système polygonal, car ce qui en reste offre, au niveau du sol, un arasement d'une horizontalité parfaite. Des traces d'habitations et peut-être de tours, qui se remarquent sur la face occidentale, n'ont pas plus de saillie. Ce qui a conservé plus de relief, c'est une seconde muraille, du même caractère que la première, qui ne subsiste que par places, mais qui paraît avoir régné sur toute la face antérieure de la forteresse, au milieu des pentes qui descendent au ravin ; l'intervalle qui sépare ce mur de celui qui couronne la crête varie de 10 à 30 mètres. L'appareil de cette double muraille est moins énorme que celui de plusieurs enceintes de la Grèce, de Tirynthe par exemple et même de Mycènes et de Samicon; les blocs sont pourtant encore très grands (fig. 352). Une pierre d'angle a lm,98 d'un côté, lm,20 de l'autre. Les joints et la face externe des blocs ont été dressés, mais les assises ne sont pas horizontales et les joints se croisent dans toutes les directions.

Mais ce qui, bien plus que ces murailles, fait l'intérêt de ces ruines, ce qui leur imprime un cachet d'antiquité reculée et d'étrange originalité, ce sont deux grandes figures, hautes d'environ 3 mètres, sculptées sur le rocher, à gauche de l'entrée du réduit ou donjon. Les deux personnages sont de même taille, mais, à ce qu'il semble, d'âge différent. Celui qui marche le premier est imberbe, l'autre a une longue barbe qui lui tombe sur la poitrine. La coiffure est, à très peu de chose près, la même de part et d'autre : c'est une tiare conique à laquelle se rattache par derrière une pièce d'étoffe ou peut-être de cuir qui tombe sur les épaules et qui protège le cou ; dans l'une des deux figures, celle que distingue une longue barbe, la partie antérieure de la tiare porte, audessus du front, un ornement qui ressemble à l'uréus égyptien. Le costume se compose d'une tunique courte, serrée au-dessus des hanches et qui descend jusqu'au genou ; de la ceinture pend une courte et large épée. Au bas de ce vêtement court une bande saillante qui figure une bordure dont la couleur différait de celle du reste de l'étoffe. Les

jambes paraissent nues. Les pieds sont chaussés du soulier à la poulaine. L'attitude des deux guerriers est la même ; l'un et l'autre sont debout et marchent dans le même sens. Le bras gauche, replié devant la poitrine, semble, au moins chez l'un des deux, tenir quelque chose; quoi ? C'est ce que nous n'avons pu distinguer. Quant au bras droit, à demi fléchi, il s'allonge et se porte en avant ; dans l'une des figures, la main a été cassée ; dans l'autre, elle continue le mouvement du bras.

On a déjà remarqué combien ces figures ressemblent à la plupart de celles qui sont sculptées sur les rocs voisins de Boghaz-keui. Même attitude, même chaussure et même coiffure, à quelques détails près, qui sont secondaires ; ainsi l'ornement qui décore le devant d'une des tiares n'en change pas la forme, non plus que le couvre-nuque dont nous n'avons pas trouvé trace à Iasili-kaïa ; cet appendice ne s'ajoutait peut-être au bonnet pointu qu'en campagne. L'épée est la même ; toute la différence, c'est qu'elle se profile ici en avant de la figure, tandis qu'en Ptérie elle est cachée par le corps et Ton n'en aperçoit que la poignée, faisant saillie sur la hanche. Le caractère de la facture est celui que nous avons essayé de définir à propos des monuments de la Ptérie et du lion de Kalaba.

Les différences que nous avons signalées sont très légères ; elles s'expliquent aisément. Ce n'est pas la même main qui a ciselé les figures d'Iasili-kaïa et celles de Ghiaour-kalési. Chaque sculpteur, en reproduisant le type national et traditionnel, y introduisait quelques variantes; mais, dans ses lignes maîtresses et par l'ensemble de l'habit et de l'ornement, ce type ne variait pas. On peut reconnaître ici deux guerriers hétéens, semblables à ceux qui, à Iasili-kaïa, forment la queue du cortège de gauche; seulement, au lieu de courir, comme ceux-ci, les jambes écartées, ils marchent gravement, comme les dieux qui s'avancent en tête de cette même procession. Maintenant, comment se trouvent et que font ici ces deux figures colossales? A quelle époque et avec quelle intention les a-t-on sculptées dans cette roche, sous l'enceinte à qui elle servait d'indestructible soutien? Quelles générations les ont laissées là comme des témoins irrécusables de leur passage? En l'absence de toute inscription et de tout document historique, on ne peut répondre à ces questions que par une hypothèse ; mais celle-ci présente un très haut degré de vraisemblance. Ces guerriers, dont la fière silhouette s'aperçoit du fond même de la vallée, ce seraient les chefs de bande, les conquérants qui ont les premiers occupé ce défilé, qui l'ont fortifié pour tenir ouverte à leurs successeurs la route de ces terres occi-

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dentales que leur geste semble montrer du doigt. L'un des personnages, celui qui porte l'uréus et la barbe, serait le roi, celui qui résidait dans cette cité cappadocienne dont nous avons décrit les ruines ; l'autre serait son fils, celui qui menait les jeunes gens aux aventures et aux combats ; à elles deux, ces images rappelleraient le souvenir d'une de ces expéditions militaires qui conduisirent peut-être les Hétéens jusqu'aux rivages de la mer Egée.

C'est à quatre ou cinq jours de marche vers l'ouest-sud-ouest de Ghiaour-kalési que se trouve, entre Koutahia et Sivri-Hissav, le canton qui renferme tant de monuments curieux de la civilisation phrygienne, groupés autour de ces tombes où se lisent les noms de Gordios et de Midas. Ces monuments feront l'objet d'une étude séparée ; on se contentera, pour le moment, d'indiquer que les Hétéens paraissent avoir laissé là aussi des traces de leur passage. Il y a en cet endroit un plateau qui, tout entouré de tombes creusées dans le roc, parait avoir été un vaste haut-lieu : on y voit partout des traces du culte qui s'y célébrait ; c'a été certainement un des grands sanctuaires nationaux de la Phrygie. Une forteresse don lies défenses sont presque toutes taillées dans la roche vive, Pichmich-kalési, en protège les abords. Les Phrygiens ont en quelque sorte signé beaucoup de ces monuments en y gravant leurs inscriptions, écrites avec des lettres et dans un idiome qui tiennent de près à l'alphabet grec archaïque et à quelques-uns des dialectes qu'il a servi à noter; mais on se demande si les Hétéens n'avaient pas précédé ici les Phrygiens. Ils ont peut-être été les premiers à occuper un poste au-dessus de cette vallée sèche, le Doghanlou-dérési , par où passent aujourd'hui encore plusieurs chemins très fréquentés ; ce sont eux peut-être qui ont consacré ce lieu à Cybèle, dont le nom, Matar Rubilé, paraît dans les textes phrygiens. Toujours est-il qu'il y a là, sculptée sur le flanc d'un autel qui lui-même est ménagé dans la masse du rocher, une figure qui paraît plus ancienne que les autres images en bas-relief taillées dans les rocs voisins (fig. 353) '. Elle paraît représenter un prêtre devant un autel ; il tient en main un bâton terminé par une boule, d'où sortent deux cornes ; c'est comme une forme primitive du caducée. La coiffure, une calotte basse, le vêtement, une tunique courte, et la pose, les coudes au corps, se rapprochent des types que nous avons

1. Cette figure a été signalée et décrite par M. W. M. Ramsay, maintenant professeur à l'Université (TAberdeen (The journal of Hellenic studies, t. III, Studies in Asia Minor, The rock-necropoleis of Phrygia, p. 9-10). On trouvera l'ensemble auquel elle appartient représenté dans la planche XXI, B.

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