Le bas-relief d'Ibriz. D'après Davis et Ramsay
mouvement et le caractère des figures; il s'est attaché seulement à
i. Davis, On a netv hamathite inscription (dans les Transactions of the society ofbiblical archœology, t. IV, part, n, 1876, p. 336). M. Davis est l'auteur de deux livres de voyage.
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relever, d'une manière plus exacte, certaines particularités du costume1. Ce qui rendait cette tâche assez difficile, c'est la position des sculptures; elles ont été exécutées dans un mur de rocher qui domine un torrent d'une eau limpide et fraîche, formé par de belles sources qui jaillissent tout près de là. On est séparé des bas-reliefs par toute la largeur de la rivière, et d'ailleurs les pieds de celle des deux figures qui descend le plus bas sont encore à environ 2m,50 au-dessus du courant. Le dessinateur est à quelque distance de son modèle; il ne saurait le toucher ; les mesures indiquées n'ont donc qu'une valeur approximative. Ce qui permet pourtant de saisir même de menus détails, c'est la forte saillie des images, saillie qui, pour la principale des deux, est d'environ 10 centimètres. Comme à Iasili-kaïa, la face du roc n'a été dressée que dans le voisinage immédiat des reliefs ; tout autour de ce champ, qui forme cuvette, la paroi est restée brute.
Le monument se compose de deux figures colossales, mais de dimensions très inégales. La plus grande a environ 6ra,08 et l'autre 3m,60. A première vue, on saisit le sens de la scène : le sujet, c'est l'hommage qu'un prêtre ou un roi rend à une divinité. H y a entre les deux personnages une différence de taille qui, dans un art naïf comme celui-ci, est significative; elle marque une différence de condition. Ce dieu est un dieu de la fécondité, un dieu de la terre qui donne le blé et le vin; de la main gauche, il porte dressée une haute gerbe d'épis; on y reconnaît ce blé barbu qui est encore celui que l'on cultive dans le pays. Un cep de vigne sort de terre entre les jambes du dieu et est censé placé derrière lui ; de la main droite, il en tient une des branches qui pend, devant lui, à la hauteur de la ceinture, avec ses feuilles et ses grappes, de lourdes grappes comme j'en ai vu en Grèce et en lonie,
Le premier a été publié en 1874 sous ce titre : Anatolica, or the journal ofa visit to some of the ancient ruined cities of Caria, Phrygia, Lycia and Pisidia. in-8°, 374 pages. On y trouve des détails qui ne se rencontrent pas ailleurs sur une des parties les plus mal connues de la péninsule, sur la Pisidie. Les planches sont, par malheur, bien médiocres. Je n'ai pas eu sous les yeux le second ouvrage : Life in asiatic Tiirkey, 1879, in-8°, qui contient un dessin du monument d'Ibriz.
1. Hamsay, Bas-relief of Ibriz, dans VArchmologische Zeitung, 1885, p. 203-208 et pi. xiu. Avant même de publier cet article, M. Ramsay avait bien voulu nous communiquer ses croquis, et nous avions pu nous en servir pour dessiner notre figure 354. Celle-ci, quoique à plus petite échelle que la planche de Y Awhœologische Zeitung, reproduit donc plus exactement que le dessin de Davis les ornements de l'étoffe; elle n'a qu'un défaut, c'est que le dessinateur y a mis, entre les contours, un modelé que ne présente pas l'original. Je n'avais pas encore été averti par M. Ramsay que « la surface des figures est plate comme une planche, et que leurs bords sont coupés droit, qu'ils ne se relient pas au fond par une surface courbe ».
où elles pèsent parfois jusqu'à deux livres. C'était peut-être ainsi qu'était représenté à Tarse, avant que s'y fussent introduits les types de l'art grec, le Baal de Tarse ; sur une monnaie de cette ville, à légende sémitique, que l'on attribue à l'époque perse, nous le voyons, dans l'attitude d'un Jupiter grec, assis sur son trône, la gauche appuyée au sceptre et, de la droite, présentant une gerbe de blé et une grappe de raisin (fig. 355).
« Il semble, dit M. Davis, que cette figure ait une expression joviale et bienveillante » ; peut-être y met-il beaucoup de bonne volonté ; son dessin tout au moins n'a pas rendu cette expression. Le sculpteur n'a pas été si ambitieux ; mais il a très clairement traduit son idée. S'il a représenté l'adorateur plus petit que son dieu, il a racheté cette infériorité de taille par la richesse d'un costume qui indique le haut rang du personnage. Le dieu est très /rf simplement vêtu; on dirait qu'à ce protecteur de ((&.. l'agriculture on a laissé l'habit du laboureur, celui i.Ba qu'il porte encore, à très peu de chose près, dans le ^vS^j pays. La coiffure seule vise à l'effet; c'est la tiare conique ; mais ici elle est garnie de plusieurs paires de 3o£a~0 ^"a"^!^ cornes; on sait que, chez les Assyriens comme plus Heuzey, les Fragtard chez lçs Grecs, les cornes sont un emblème de jjjf^ e arse* force. La tunique, qui s'arrête au genou, est celle que portent, à lasili-kaïa et à Ghiaour-kalési, les dieux et les chefs hétéens ; cette tunique est serrée à la taille par une ceinture qui, vu sa largeur et les chevrons qui la décorent, fait l'effet d'une bande de métal. On remarquera la bordure inférieure de la tunique ; elle se termine, aux deux bouts, par un ornement en forme de volute. Les jambes sont nues ; aux pieds, la demi-botte nationale, avec sa pointe recourbée. La majesté du dieu est dans sa haute taille et dans ses attributs ; mais, pour faire valoir le personnage humain qui lui offre sa prière, l'artiste s'est donné beaucoup plus de peine ; son ciseau s'applique ici au détail avec un soin aussi minutieux que celui du sculpteur ninivite. L'adorant est coiffé d'une tiare ronde et basse, en avant de laquelle, au-dessus du front, fait saillie une sorte de bouquet, où nous verrions l'indication d'un de ces ornements en pierreries, que les rajahs et les sultans de l'Orient portent aujourd'hui à leur bonnet ou à leur fez. Des bandeaux qui font le tour de la tiare doivent répondre à une suite de plaques cousues sur l'étoffe.
Le personnage est vêtu d'une tunique bordée de franges qui tombe
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jusqu'à la cheville; par-dessus est jeté ce châle à franges que les Grecs appelaient xauvaxirc. Le manteau et la tunique sont ornés de carrés, de losanges et de méandres ; le ciseau a copié là les broderies que l'aiguille avait tracées sur l'étoffe de laine ; toute cette décoration fait songer à celle de la façade du tombeau de Midas, en Phrygie, où Ton croit voir l'imitation du dessin d'un tapis1. Autant que permet d'en juger un arrangement de draperies où le sculpteur s'est embrouillé et perdu, le manteau aurait été fixé autour de la taille par une ceinture; si celle-ci ne s'aperçoit que sur le devant de la figure, c'est que, sur le flanc, elle est censée cachée par le bras. Le travail de ce qu'on en voit semble indiquer que la ceinture qui a servi de modèle à l'artiste était décorée de pierres précieuses qui se relevaient en bosse. Le cou est entouré d'un large collier ; celui-ci paraît formé d'anneaux où passe une épaisse et triple chaîne. Dans le bijou original, le tout était probablement soit en or, soit plutôt en argent; les mines de plomb argentifère de Bulgar-Maden sont à peu de distance (ïlbriz. Les deux personnages ont au poignet des bracelets d'une forme très simple; on dirait que le prêtre a un gros anneau du même genre au-dessus du coude. Selon M. Davis, aucune des deux figures n'aurait de pendants d'oreilles, tandis que M. Kamsay croit se souvenir d'en avoir vu. Je ne m'explique pas l'espèce de boucle semi-lunairç qui se distingue au-dessous de la poitrine du prêtre; si c'est une agrafe, une sorte de broche, elle est singulièrement placée.
L'inexpérience est plus sensible dans la figure du prêtre que dans celle du dieu. Le sculpteur a été embarrassé par le mouvement qu'il se proposait de représenter. Il a voulu montrer les mains jointes dans l'attitude de la prière; mais les deux bras étant levés et parallèles, celui qui se trouve du côté du spectateur recouvre et cache l'autre; de celui-ci, il n'y a de visible que deux des doigts de la main; le personnage a l'air de n'avoir qu'un bras. On éprouve quelque étonnement de rencontrer une aussi singulière maladresse dans un ouvrage où l'influence des modèles assyriens est certainement plus marquée que dans les monuments de la Cappadoce. La musculature est ici plus accentuée; le profil, avec le nez très fortement busqué, se rapproche davantage du type dit sémitique ; la barbe et les cheveux sont frisés à l'assyrienne ; enfin ce qui rappelle beaucoup le procédé des décorateurs de Khorsabad et de Kouïoundjik, c'est la patience avec laquelle l'ou-
1. Texikr, Description de [Asie Mineure, in-f°, t. I, pi. lvi.
vrier s'est attaché à imiter dans la pierre toutes les particularités du costume, tous les ornements de l'habit et de la parure. On ne saurait pourtant songer un instant à attribuer cet ouvrage aux Assyriens. Les proportions y sont plus lourdes et plus trapues; l'outil y est moins libre et moins hardi que dans les sculptures de Ninive; on retrouve d'ailleurs ici les traits singuliers du costume national, le bonnet conique, la tunique courte, la chaussure à bout relevé. Jamais, ni en Chaldée ni en Assyrie, pas plus dans les bas-reliefs et dans les statuettes que sur les cylindres, on n'a rencontré un dieu ainsi figuré, ainsi vêtu. Ce qui achèverait de lever tous les doutes, s'il en pouvait subsister, ce sont les inscriptions gravées en avant de la tête du dieu et derrière le prêtre; un troisième texte, que nous avons rapporté au bas de la planche, est gravé en dehors du champ préparé pour la sculpture; il se trouve maintenant presque au niveau de l'eau. Les signes dont se composent ces légendes appartiennent tous au répertoire des scribes de Hamalh, de Gargamich et de Marach. Dans la première ligne de l'inscription principale, on reconnaît tout d'abord cette capsule ovale qui paraît entrer dans la figuration de tous les noms divins et qui représente peut-être le mot dieu.
Dans ce même district, à Bulgar-Maden, tout près de Tchiftehkhan, il y aurait, d'après Davis, un autre monument du même art1; les détails manquent*.
Pour retrouver en Lycaonie d'autres inscriptions du même type, il faut traverser Konieh ou Iconium, et parcourir la partie occidentale de cette province, celle qui confine à l'Isaurie au sud et à la Phrygie vers l'ouest. On y a signalé, depuis quelques années, plusieurs monuments qui relèvent certainement de la civilisation hétéenne. Entre Ladik, l'ancienne Laodicée brûlée, comme on l'appelait, et Ilgun, qui répondrait au site de Tyriaeon, près du Iaila de Kosli-tolu, on a récemment tiré du sol une dalle calcaire qui a 0m,80 de haut et lm,79 de long. Une des faces en est couverte de signes où Ton reconnaît des caractères hétéens, partagés en trois lignes par deux barres parallèles, en relief
\ . Bulgar-Maden est à Touest-sud-ouest d'ibriz, plus avant dans la montagne, vers la source du torrent qui passe à Ibriz.
2. J'emprunte cette indication à un article de Sayce, A forgotten empire in Asia Minor, p. 226, dans Fraser's magazine, août 1880, pp. 223-233. M. Sayce parle aussi d'un monument signalé par Calvert, où il y aurait à la fois une inscription et un dieu coiffé de la tiare hétéenne, avec deux adorateurs de petite taille; le bas-relief se trouverait dans ce même canton, à Frehtin, non loin d'ibriz.
3. J'ai publié cette inscription dans la Revue archéologique (3e série, 1885, t. V, p. 262), d'après une copie du Dr Maryan Sokolowski, professeur à l'Université de Cracovie. Il