tome iv
730 LES HKTÉENS.
comme les signes. La pierre se trouve sur un petit tertre, dans la plaine ; à travers celle-ci s'étend une longue levée de terre, qui représente peulêtre un mur dont la base aurait été en pierre et le haut en briques crues. On a parlé à M. Ramsay de différents débris antiques qui se trouveraient dans le voisinage ; il n'a pas eu le loisir d'aller les visiter l ; une étude attentive de ce site donnerait sans doute des résultats.
Près de la ville de Bey-cheïr, au lieu dit Eflatoun-bounar ou « la source de Platon », dans le bassin du lac Caralis, Hamilton avait signalé, il y a quarante ans, un monument qui, d'après le mauvais croquis et la description qu'il en donne, paraissait bien appartenir à la période primitive que nous essayons de restituer (fig. 356) 2. Je n'avais pu pousser jusque-là l'exploration de l'intérieur de la péninsule, en 1860 ; mais, depuis lors, je n'avais cessé de signaler ce passage d'Hamilton aux voyageurs qui entreprenaient des recherches dans cette contrée. Par malheur, le monument n'était sur aucune des routes le plus généralement suivies ; il fallut donc attendre longtemps avant d'avoir de nouveaux renseignements. Le premier, M. Ramsay, en juin 1882, au cours dune tournée rapide entreprise avec sir Charles Wilson, revit cette ruine; mais il n'eut pas le temps de faire un long séjour en cet endroit, et le croquis qu'il voulut bien me communiquer, pris à la hâte, n'était pas beaucoup plus explicite que l'esquisse donnée par Hamilton. Je craignais donc de rester bien insuffisamment renseigné îiu sujet de cet édifice, quand je reçus de M. Maryan Sokolowski une lettre, accompagnée de plusieurs dessins à la sépia, exécutés avec soin, que j'ai publiée dans la Revue archéologique*. Depuis, M. John Henry Haynes a eu l'obligeance de mettre à ma disposition les photographies qu'il a prises en 1884, lorsqu'il accompagnait Y Expédition
faisait partie de l'expédition scientifique dont le comte Charles Lanckoron'ski a fait tous les frais et qui, en deux campagnes, a réuni les matériaux d'une description complète de l'ancienue Parnphylie ; après avoir achevé leurs travaux, les membres de la mission firent une course de quelques semaines en Pisidie et en Lycaonie. Toute rapide qu'elle ait été, cette course a rendu de grands services à la science ; on lui a dû de pouvoir ajouter un texte nouveau au recueil des inscriptions hétéennes, et aussi d'avoir enfin une bonne description et une représentation à peu près exacte d'un monument, celui d' Eflatoun-bounar, qui depuis Hamilton n'avait plus été visité par un seul voyageur. Dans l'été de 1886, M. Ramsay a visité de nouveau ce même canton; il m'a envoyé delà pierre de Kosli-iolu une copie qui parait meilleure que la précédente ; il est à souhaiter qu'elle soit publiée prochainement.
\. Lettre du 8 octobre 1880.
2. Hamilton, Rcsearchcs, t. Il, pp. 350-3ol. D'où peut venir ce nom de « source de Platon »? Fait-on dans le pays quelque conte à ce sujet? C'est ce que ne nous dit aurtin voyageur. Peut-être y aurait-il lieu de prendre quelques informations.
3. Revue archéologique, 3 e série, t. V, pp. 2o7-2(»i>, pi. xi-xii.
Wolfe en Asie Mineure, qui lit suite à X Expédition Wolfe en Babylonie K ; dans l'été de 1886, M. Ramsay a revu Eflatoun-bounar , et m'a envoyé quelques observations nouvelles2. Pour plusieurs des figures il n'admet pas l'interprétation qu'en a donnée le voyageur polonais ; il n'a pas vu de même ; mais les bas-reliefs sont si frustes et si tachés par les intempéries, qu'il est, dans plusieurs parties de cette façade, difficile de dire ce qu'il y a sur la pierre ; dans les cas douteux, les photographies ne tranchent pas la question. Les dessins de M. Sokolowski étant encore les seuls qui donnent un ensemble, c'est eux que nous reproduirons, non sans admettre qu'ils peuvent comporter certaines corrections, par suite d'un examen plus prolongé, où le toucher viendrait au secours de la vue.
Le pays où se trouvent ces restes a le caractère d'une vaste plaine, où le terrain est pourtant ondulé ; les pentes sont douces et larges. Arrivé au sommet d'un des mamelons sur lesquels passe le sentier, on aperçoit à ses pieds, dans un creux, une masse sombre, qui se détache du sol avec un fort relief. Elle domine un petit bassin semi-circulaire ; au fond de l'arc du cercle qu'il dessine jaillit une source très abondante; le monument est à droite de la source, entre elle et une sorte de digue qui forme la corde de l'arc et qui ferme le réservoir; il y a dans cette digue un émissaire par lequel l'eau sort pour former un ruisseau qui va rejoindre le lac de Bey-cheïr.
Le monument se compose maintenant de deux pans construits en gros blocs de trachy te ; l'un de ces murs est une sorte de façade sans jours, dont le pied baigne dans les eaux du bassin, et l'autre forme un angle droit avec la façade ; il n'en reste d'ailleurs qu'une partie (fig. 357). L'appareil est très soigné ; les faces apparentes des blocs sont ornées d'un bossage. Ce mur n'aurait pas de sens s'il n'avait pas contribué à enclore l'espace situé en arrière de la façade ; tout indique qu'il y avait là une chambre rectangulaire dont l'entrée devait être dans le mur parallèle h celui qui domine le bassin ; plusieurs blocs gisent à terre en arrière de la ruine, comme l'indique notre dessin, et M. Ramsay en a vu un autre engagé dans la digue. L'édifice a peut-être fourni tous les matériaux du barrage; c'est ainsi qu'il aurait été détruit aux trois quarts.
i . Voir le Preliminury report of an archaeological jourtiey mode in Asia Minor during the summer of 1884, par M. Slerrelt, membre de l'École américaine récemment établie «à Athènes. Ce rapport a été publié par les soins de l'Institut archéologique américain, fondateur de cette école. Sur la Wolfe Expédition to Babylonia et ses résultais, voir au compte rendu de M. Menant, dans la Revue archéologique, 3e série, t. VITT.