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de la Ptérie. Quoique de proportion plus lourde, le double globe ailé du premier membre de l'entablement, par l'ensemble de sa forme et surtout par la manière dont il se relève à ses deux extrémités, rappelle le motif analogue qui couronne les édicules figurés dans le champ des bas-reliefs de Boghaz-keui (fig. 314 et 321) l. Au cas où un nouvel examen du monument viendrait confirmer nos soupçons et ferait reconnaître, plusieurs fois répété sur cette façade, le type des démons qui gardent à Boghaz-keui la porte de l'adyton, il serait démontré que les sculpteurs de la Cappadoce et ceux de la Lycaonie puisaient dans un même répertoire. Par malheur, pour ce qui regarde ces images, nous n'osons rien assurer.
En revanche, on peut affirmer que certains détails de costume qui ont paru caractériser les figures hétéennes se retrouvent ici; c'est l'arrangement que nous avons décrit (fig. 358) et qui est une des variantes du vêtement national; c'est partout, avec ou sans le manteau, la tunique courte et serrée à la taille, c'est la haute tiare pointue ou xupëoaix, sur la tête de l'un de ces deux personnages qui, d'après leur stature colossale et la place qu'ils occupaient, devaient être les grands dieux de céans. Selon M. Ramsay, dans le bas-relief que nous avons reproduit à part comme le moins altéré de tous, on distinguerait encore, sur la pierre, le soulier à pointe recourbée. Il n'est pas jusqu'au procédé de construction qui ne nous soit familier; nous avons trouvé des exemples de l'appareil à bossage aussi bien à Boghaz-keui qu'à Euiuk.
Ce que nous n'avons pas rencontré en Cappadoce, c'est un édifice ainsi bâti tout entier en grands matériaux; on ne peut donc déterminer par voie de comparaison et d'analogie la destination du monument, et l'étude du terrain ne fournit guère de lumières. On n'y voit pas un de ces tertres à large base qui se sont presque toujours formés de l'accumulation des débris là où existait une vaste habitation princière, soit un palais, soit un village fortifié ; on ne peut guère croire qu'à une salle dont une des dimensions serait donnée par la façade qui est encore debout, et cette salle, dont un des murs au moins était aveugle, n'a pu, semble-t-il, être qu'un temple. Ce temple était situé au bord d'une source abondante, comme la grande page de sculpture que nous avons étudiée à Ibriz. On pourrait donc penser qu'ici aussi le monument était
i . M. Sayce fait aussi remarquer que le globe ailé d'E/latoun-bounar rappelle celui qui surmonte la tête d'un personnage que nous croyons être un roi, sur une tèle de Biredjik (fig. 278).
consacré à ce dieu qui, en faisant jaillir l'eau des sources, fertilise la plaine et donne ainsi la vigne et le blé. Ce dieu, coiffé d'une tiare qui le grandissait encore (ce bonnet a ici 0m,61 de haut), étaitfîguré sur un des piliers ; qui lui faisait pendant? Était-ce le prêtre, comme à lbriz? L'autel qui séparait les deux figures, selon M. Ramsay, irait bien avec cette hypothèse? Était-ce, tfsmme dans le bas-relief de la grande cour, à Iasiii-jcaïa, une déesse parèdre, la mère et l'épouse du dieu? Il est à craindre que, vu l'état de la pierre, il ne soit jamais possible de répondre avec certitude à cette question.
Ce qui rendrait vraisemblable cette dernière conjecture, c'est une découverte faite par M. Sterrett en 18851. Près de Faxsiler, village situé sur la limite de la Lycaonie et de l'Isaurie, il vit une très grande stèle, arrondie par en haut, dont une des faces porte quatre figures. Celles-ci sont bien conservées. Leur relief est très fort ; il a, dans certaines parties, jusqu'à 0m,75 de saillie; par malheur, la stèle était couchée à plat, et elle est trop lourde pour qu'il soit aisé de la redresser; une photographie n'était donc pas possible, et la mission qu'il dirigeait n'avait pas alors de dessinateur. Le croquis qui m'a été communiqué n'est qu'une sorte de diagramme indiquant la position relative des personnages ; il n'a même pas la prétention de rendre le style ni les détails. En revanche, des mesures exactes ont été prises. La stèle, quand elle était debout, avait jusqu'à 7ra,23 de haut; sa largeur est, au pied, de 2m,75, et, près du sommet, de lra,65 ; l'épaisseur, dans la partie supérieure, de 0m,82. Le bas est enterré.
Faute de renseignements suffisants, nous devrons nous contenter d'indiquer en deux mots le thème traité parle sculpteur. En bas, deux lions, dont le corps se profile sur les deux côtés de la stèle et les déborde, tandis que leur tête se projette en avant de la dalle, avec un relief de 0m,60. Entre eux, une figure colossale, que surmonte une autre figure encore plus grande. Toutes deux sont vues de face. La figure inférieure est vêtue d'une longue robe qui tombe jusque sur les pieds; elle a les mains croisées sur la poitrine, assez haut pour qu'elles touchent le menton et semblent le porter. Sur la tête, une couronne murale2. Àu-
1. Lettre de M. Sterrett du 18 octobre 1885. Fassiler n'est pas marqué sur la carte de Kiepert. Ce village est au nord de la route directe que suivent les caravanes de Seidir.héir à Konieh;\\ se trouve à 5 heures vers l'est de Seidi-chéîr et à 7 heures vers le sud-ouest à'Eflatoun-bounar.
2. M. Sterrett croyait voir un casque. M. Ramsay, qui a visité Fassiler il y a quelques mois, affirme reconnaître ici la coiffure que portent la déesse et ses suivantes à Boghazkeui. (Lettre du 8 octobre 1886.) 11 a bien voulu m'envoyer aussi un croquis, mais qui a
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dessus, une des jambes portant sur la coiffure du premier personnage, une figure vêtue de la tunique courte et coiffée d'une tiare conique sur le devant de laquelle il y a quatre bosses en saillie. Le bras droit est levé ; il fait un geste où Ton croit deviner un ordre ; le gauche est plié ; il tient serré entre lui et la hanche un objet dont la nature n'a pas été reconnue. Les pieds ne sont même pas indiqués; c'est que, quand la stèle était dressée, on ne les aurait pas vus d'en bas ; le sculpteur s'est contenté de faire le nécessaire. Le visage est large et les yeux sont très ronds; de grandes oreilles ressortent des deux côtés de la face. Pour donner une idée de la proportion des figures, il suffira de dire que la tiare du personnage supérieur a ln,,20 de haut.
Il y a tout lieu de voir sur cette stèle un couple divin dont les deux personnages seraient identiques à ceux qui marchent en tête des deux cortèges, dans la grande salle de Boghaz-keui; la différence est surtout qu'ici, en raison de la forme du champ qui lui était livré, le sculpteur a superposé les figures, au lieu de les mettre en face l'une de l'autre; mais on reconnaît le dieu et la déesse du bas-relief cappadocien, le premier à son bonnet conique et à sa tunique courte, la seconde à sa couronne murale et aux lions qui la flanquent au lieu de lui servir de support1. La variante est curieuse ; il est vivement à souhaiter que Ton possède bientôt un bon dessin du monument de Fassiler; il serait encore plus désirable qu'il en fût pris un moulage, ou que la stèle ellemême vînt figurer dans un des musées de l'Europe.
La Lycaonie, on le voit, a gardé de nombreuses traces du passage des Hétéens et du séjour qu'ils ont fait dans ses vastes plaines. Les sculptures que nous y avons rencontrées ont assez de rapports avec celles de la Syrie et de la Cappadoce pour que l'on soit en droit de les rattacher à la même influence ; mais, que l'on considère la disposition ou l'exécution, elles présentent certains traits qui leur sont particuliers; il est donc vraisemblable que cet art, une fois implanté dans ce pays, y garda ses habitudes et ses partis pris plus longtemps que partout ailleurs ; nulle part on n'était séparé des Grecs de la côte par de plus grandes distances, par des steppes plus vastes, par des montagnes plus épaisses et plus hautes; on était bien loin de l'Ionie, et, entre Iconium et les cités helléniques de la Cilicie et de la Pamphylie, il y avait les tribus
le même caractère à peu près que celui de M. Sterrett. Ce dessin "m'arrive d'ailleurs trop tard pour que je le reproduise.
i. C'est aussi l'opinion de M. Ramsny. M. Storrelt avait cru les deux fleures masculines, ce qui est bien peu vraisemblable.
pillardes de l'Isaurie et de la Pamphylie, qui rendaient les communications difficiles. Au temps de saint Paul, on parlait encore en Lycaonie une langue qui n'était pas du grec1. La sculpture a donc dû conserver ici, jusqu'à une époque assez tardive, quelque chose des anciennes traditions ; c'est ce qui permet de citer ici un monument de date bien plus récente que les sculptures ftlbriz et d1 Eflatoiin-bounar. Nous voulons parler de ce bas-relief, sans doute une stèle funéraire, qui était encastre, il y a cinquante ans, dans la muraille moderne deKoniek (fig. 359 2). C'est l'image d'un soldat, coiffé d'un casque qui a la crête, le nasal et le couvre -nuque du casque grec ; il tient de la main gauche une fourche et de la droite un cimeterre semblable à celui qu'ont à Boghaz-keui les soldats qui défilent dans le couloir (fig. 319). Un bouclier rond est suspendu sur les épaules. Le personnage est vêtu d'un justaucorps garni de plaques de bronze, qui s'arrête au milieu de la cuisse. Les genoux et les mollets sont protégés par des cnémides.
La bottine lacée a le bout sensiblement relevé. Il y a là, dans cette représentation du guerrier lycaonien, plus d'un trait qui rappelle les vieilles sculptures des âges reculés; mais, si le crayon de Texier n'a pas changé le caractère du modelé, l'ouvrage est séparé par plusieurs siècles de ceux que nous avons étudiés dans ce chapitre. Il est postérieur, en tout cas, au temps où l'hoplite grec avait perfectionné l'armure défensive. Ce qui permet de le regarder comme antérieur à la conquête macédonienne, c'est que l'inscription, d'après les quelques