Lettre du 8 octobre
734 LES HÉTÉBNS.
La pièce comprise entre ces murs était couverte. Parmi les blocs qui jonchent le sol, il y en a un qui faisait partie du chambranle d'une petite fenêtre. Un animal, probablement un lion, était sculpté en hautrelief sur la partie inférieure du bloc; on peut en conclure qu'une frise d'animaux passants régnait au-dessus de ces ouvertures1.
La façade qui regardait la campagne avait donc, elle aussi, sa décoration; peut-être en retrouverait-on les éléments si Ton dégageait les blocs amoncelés sur ce point et si Ton démolissait la digue. Pour le moment, on ne peut étudier ici l'art du sculpteur que dans la façade tournée vers l'étang. Elle a 6m,83 de long et 3m,85 de haut2. Tournée !
vers le nord, elle se compose de quatorze blocs, d'un brun foncé, qui '
sont de grandeur inégale, mais taillés avec soin et appareillés à joints vifs. Ce qui attire d'abord l'attention, c est le monolithe qui surmonte cet ensemble; on y voit une paire d'ailes, qui, légèrement inclinées vers le sol, semblent planer sur les figures dressées à leur ombre ; la place a manqué pour le globe qui forme toujours le milieu de ce groupe; seule la partie inférieure est indiquée sur l'énorme pierre; il est possible que le haut du disque fût rapporté, qu'il y eût là comme un fleuron qui aurait fait saillie au centre du couronnement. Le même motif reparaît en double, au-dessous, sur un autre bloc, qui, lui aussi, se développe dans le sens de la longueur, mais cependant avec des dimensions moindres; là les ailes sont au contraire un peu relevées. Ces deux blocs jouent là le rôle d'une sorte d'entablement, que supportent deux piliers quadrangulaires. Deux blocs remplissent l'espace compris entre ces piliers; huit autres, qui se répondent deux à deux, complètent le rectangle que dessine cette façade. Chaque bloc est orné d'une représentation sculpturale, en très haut relief; la saillie des figures sur le fond, quoique atténuée par l'usure, varie encore de 0m,50 à 0,n,25. Malgré cela, cette surface, que frappent les vents du nord, a tant souffert que plusieurs des images qui la décorent restent une énigme. Ainsi notre dessin donne, pour les deux piliers, des figures debout, les bras levés; M. Ramsay opine pour des figures assises. Sur la photographie on ne distingue rien, sinon que le personnage de gauche est coiffé d'un bonnet pointu et très élevé; beaucoup
\. La remarque est de M. Ramsay.
2. Ce sont les dimensions que m'indique M. Kamsay, et elles concordent, à très peu de chose près, avec les mesures données par M. Hamillon. M. Sokolowski parlait de 7 mètres de haut. Ce chiffre doit fitre très exagéré; le voyageur aura pris un chiffre pour un autre en transcrivant ses notes.
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LÉS MONUMENTS HETEENS DE LA LYGAON1E.
plus basse, la coiffure du personnage de gauche ressemblerait, selon M. Ramsay, à celle des sphinx d'Euiuk, c'est-à-dire à celle d'Hathor1. Sur celui des deux blocs, compris entre les piliers, qui touchent à l'eau, le croquis que nous reproduisons met un personnage; M. Ramsay croit y voir un autel, qui aurait une base et une corniche. Les deux basreliefs les mieux conservés, ce sont les deux blocs d'angle du rang supérieur. Là tous nos garants s'accordent à reconnaître des figures vêtues d'un costume que nou9 avons rencontré à Roghaz-keui (pi. VIII, D à droite et E, à gauche) ; une des jambes, sur laquelle la tunique courte s'arrête au genou, est nue; c'est un arrangement dont le modèle se trouve en Assyrie. Même dans ces images, les moins gâtées de toutes, la tête est bien informe. M. Ramsay parle d'une sorte de tiare ronde qui aurait un peu la forme d'un modius; la silhouette que donne la photographie (fig. 358) suggère plutôt l'idée 'd'une tête sans bonnet, et, en considérant le mouvement des bras, levés tous les deux, on se demande si les deux figures en question ne représenteraient pas des démons analogues à ceux qui ont été sculptés entre le pronaos et le sanctuaire, à Iasili-kaia (fig. 315 et 316). Les autres figures 358- - Bflatoun-bounar. Figure
, . j . ' ,,.. d'angle. Dessin de Wallet, d'a-
de la façade ne seraient que des répétitions près la photographie. de ce même type, dont la présence ici s'expliquerait aisément : ces démons seraient les gardiens du lieu consacré; leur geste avertirait les profanes2.
Toutes ces figures, autant que permet d'enjuger l'état delà pierre, ont le visage et le buste de face ; mais le sculpteur, n'ayant aucune idée du raccourci, a dessiné les jambes et les pieds de profil; c'est là une convention que nous avons déjà rencontrée en Egypte et en Assyrie; on a pu l'employer ici sans avoir eu à l'emprunter; tout ce qu'on peut conclure, de cette rencontre, c'est qu'il y avait de part et d'autre égale inexpérience. S'il y a ici des ressemblances à signaler, c'est avec l'art
\. M. Sokolowski a bien vu quelque chose de semblable, car ii parle d' « un bonnet rond ».
2. M. Sokolowski a cru voir, à la ceinture de tous ces personnages, l'épée courte, que nous connaissons par les bas-reliefs de la Cappadoce; il Ta partout indiquée sur son dessin; M. Ramsay n'en parle pas dans les notes très circonstanciées qu'il m'avait fournies, et je ne la dislingue pas nettement.