‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 57 sur 440 · Bullettino, 1884, p. 146 et pi. VII, fig. 1 et · texte numérisé non relu

Bullettino, 1884, p. 146 et pi. VII, fig. 1 et

et levée en signe d'adoration (fig. 87)1. Il y a là une convention qui est commune à tous les peuples de l'antiquité et qui a persisté jusqu'aux premiers siècles du christianisme; on la trouve encore dans l'art des catacombes. Sans remonter jusqu'à l'Egypte et à l'Assyrie, il suffira de rappeler que, chez le seul peuple civilisé qui ait eu des rapports suivis avec les indigènes de la Sardaigne, chez les Phéniciens de Tyr

et de Carthage, ce geste était d'un usage si constant, qu'il avait fini par donner naissance à un symbole dont le sens ne peut laisser place à aucun doute. Sur des centaines de ces stèles dédiées à Tanit qui nous sont arrivées par milliers, on rencontre, sculptée au-dessus ou au-dessous de l'inscription, la main étendue et dressée, signe plastique de cet hommage que le proscynème exprime par une courte phrase. Quelquefois il n'y a rien d'écrit sur la stèle; à elle seule, cette main tournée vers la divinité suffit à rendre l'idée de prière. Dans les villes de la côte et dans les comptoirs de la plaine, sur tous les marchés où ils fréquentaient les Carthaginois et les colons libyens , les Sardes devaient voir ce symbole sculpté au-dessus des tombes et à l'entrée des sanctuaires. On comprend aisément qu'ils se le soient approprié, que l'usage s'en soit répandu jusqu'au fond de leurs montagnes2. Si la main est, dans

87. — Statuette de Teti. Hauteur, 0™,19. .Musée de Cagliari. Dessin de Wallet.

\ . M. Pais ne connaît que quatre bronzes sardes où la main gauche ait été chargée de faire ce geste {Bullettino, 4884, p. iOO).

2. MM. Baux et Gouin ont compris autrement le geste des figures de Teti. Voici comment ils s'expriment à ce sujet (Essai sur les nuraghes et les bronzes de Sardaigne, p. 195) :

« Le caractère qui domine dans les statuettes de Teti est un symbole de paix, nettement indiqué. L'arme est généralement au repos el l'attitude pacifique; la main droite tendue vers le spectateur lui présente une paume largement ouverte. Pour qu'il n'y ait pas de méprise sur la portée de ce geste pacifique de la plupart des idoles, l'artiste a eu soin de donner à la main droite une dimension démesurée et beaucoup trop grande. Quelques statuettes de guerriers ont encore un trait qui laisse deviner la pensée de leur auteur. Les yeux sont plus grands que nature et hors de proportion. Plusieurs ont quatre, cinq et même six yeux. Nous sommes fondés à dire, d'après ces détails, que Teti n'a pas été un sanctuaire, et, si nous devions trouver une formule résumant la signification

STATUETTES ET BARQUES VOTIVES

les bronzes sardes, d'une grosseur démesurée, c'est que lar liste, en forçant la proportion, a voulu donner ainsi au geste plus de valeur et en faire mieux saisir le sens. C'est un expédient enfantin, analogue à celui qui, dans tous les arts naïfs, indique l'importance relative des personnages par la mesure de leur taille; on représente les dieux et les rois plus grands que les simples mortels ou que les sujets.

Ce qui confirme cette interprétation, c'est que certaines de ces figures offrent des accessoires qui rappellent l'idée du sacrifice : on en trouve qui tiennent la patère, cette tasse plate qui servait aux libations (fig. 67 et 68).

N'est-ce pas aussi un adorant que cet autre personnage qui porte sur ses épaules un quadrupède auquel nous ne savons quel nom donner (fig. 88).

Ces types de figures criophores, que nous avons déjà rencontrés en Phénicie et à Cypre, ont partout la même valeur : ils représentent ou le prêtre, ou le fidèle portant lui-même la victime jusqu'au pied de l'autel. N'est-ce pas encore par l'idée et le souvenir du sacrifice accompli dans ce sanctuaire que s'expliqueront de la manière la

plus naturelle ces bizarres assemblages que forment les bustes ou les corps d'animaux piqués sur des pointes d'épées? L'animal le

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