Ibid., pi. VI
STATUETTES ET BARQUES VOTIVES. 87
m une de Nouraghus , près du site de l'antique Valentia ' ; là le grand nombre de saumons de métal recueillis sur place avait indiqué tout d'abord que Ton se trouvait en présence d'un ancien atelier2. Ce qui confirmait cette conjecture , c'était l'état des bronzes qui avaient été découverts au même endroit, entassés dans un grand vase de terre cuite, profond de 0m,70, qui était encastré dans la roche vive. Là les épées étaient cassées en nombre de petits morceaux ; les objets mêmes qui étaient entiers, armes, outils, barques, anses, fibules, etc., étaient tous plus ou moins usés ; on y reconnaissait des rebuts, destinés à ce que l'on appelle , dans la langue des gens du métier, une seconde fusion. D'autre part, à Forraxi-Noi on n'a pas trouvé trace de ces piédestaux dont une si grande quantité s'est trouvée à Teti.
Ces piédestaux suffiraient à démontrer que les bronzes de Teti avaient un caractère votif, analogue à celui que nous avons reconnu aux statues qui ont été exhumées sur l'emplacement des sanctuaires de la Phénicie et de Cypre. Des piédestaux du même genre ont été trouvés dans d'autres cantons, avec les statuettes ou dans leur voisinage3; il parait vraisemblable que la plupart des statuettes sardes ont été ainsi dressées sur des socles qui les préservaient de l'humidité du sol et qui en même temps les désignaient au regard. Quoique toutes pourvues de socles, les figures de Teti forment deux catégories bien distinctes. Quelques-unes de ces statuettes sont des idoles ; chez d'autres peuples aussi, en Phénicie et à Cypre comme chez les Grecs et les Romains, les fidèles ont souvent donné à leur offrande la forme d'une image de la divinité. Ces représentations sont d'ailleurs en petit nombre : la plupart des statuettes semblent figurer de simples mortels ; peut-être faut-il reconnaître la même valeur à des figurines en terre cuite qu'a fournies le même dépôt4; mais celles-ci sont d'une exécution tellement grossière, que l'on n'y distingue aucun détail de costume et que la pose même ne se dessine pas clairement. Les bronzes seuls, malgré la gaucherie du travail, laissent lire la pensée du sculpteur, et celle-ci se traduit, par le geste, avec une suffisante netteté. Presque tous ces personnages ont une des mains, d'ordinaire la main droite, ouverte
1. Rapport de M. Nissàhdi dans les Notizie degli scavi di antichità, 1882, pp. 308-311' et pi. XVII et XVÏil.
2. Le nom même du lieu dit où a été faite la découverte est une première indication. Forraxi parait bien être une altération de fornax.
3. On en a ramassé à Uta par exemple et à Lanusei (Spano, Antico Larario sardo di Uta, dans le Bullettino de 1857, p. 187).