‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 65 sur 440 · tome îv · texte numérisé non relu

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vêtements superposés, dont l'un, celui de dessus, quand il était fait de peau, pouvait être déjà, dans une certaine mesure, une défense contre les coups; c'est ce qu'indique Strabon, qui dit que la toison épaisse et drue du mouflon servait de cuirasse aux Sardes1. H y a pourtant des statuettes où Ton croit distinguer une vraie cotte de mailles (fig. 57) 2; mais ce qui, avec le casque cornu, caractérise le soldat sarde , c'est ce bouclier rond que nous ont présenté nombre de figurines. Les Sardes, écrit Strabon, « ont \à pelta et l'épée courte3 ». Ce qui achève de donner à leur bouclier un aspect tout particulier, c'est, avec la forte saillie de Yumbo, les courtes javelines qui, sans doute engagées dans des anneaux, dépassent de leurs têtes et de leurs pointes l'orbe du bouclier et font de celui-ci une sorte de carquois (fig. 52 et 57) 4.

Toutes les armes que nous avons mentionnées sont de bronze ; deux scies de bronze ont été découvertes à Villa-Grande (Strisaili) 5. Le même métal a fourni la matière des quelques instruments et objets de parure qui ont été recueillis à Teti. Le fer, quoi qu'on en ait dit, n'existe pas dans le dépôt de Teti ; on ne le découvre dans aucune des trois collections qui ont été formées des pièces recueillies sur ce plateau6. On y rencontre au contraire le plomb, le cuivre et le bronze ; ces

i. Strabon, V, ir, 7.

2. La Marmora interprèle. ainsi le costume du guerrier du musée Kircher (fig. 57); il y voit une cuirasse à mailles avec épaulières de métal.

3. Strabon, V, h, 7. On remarquera que Strabon n'emploie pas ici le mot nik-r^ dans son sens spécial, celui qui désigne le bouclier échancré des Amazones; il le prend dans un sens plus large, comme indiquant un bouclier léger et de forme ronde.

4. Sur la comparaison que l'on peut établir entre le bouclier sarde et celui de plusieurs autres peuples de l'antiquité, voir Pais, Bullettino, p. 90.

5. Notizie degli scavi di antichità, 1880, p. 108. Il y a au Musée Britannique un fragment de scie de bronze, tout à fait semblable, qui provient de Cypre.

6. M. Pais avait d'abord cru que des fragments d'objets en fer faisaient partie du dépôt de Teti (Bullettino , pp. 74 et 148). M. Gouin s'est intéressé vivement a la question ; il a examiné à ce point de vue tous les objets provenant d'Aôtni, et on n'a pas pu lui montrer, dans les suites qui ont cette origine, le moindre débris d'un instrument en fer. On a donc retiré l'assertion qu'il combattait, et on a parlé de minerai de fer, de fer oligiste, ou d'une matte de cuivre ferrugineuse » (Lettre de M. Nissardi en appendice au Bullettino de 1884, p. 4). ce En fait, dit M. Baux qui a résumé les recherches de M. Gouin, « le prétendu fer est simplement un morceau de trachyte recouvert de cristaux de fer oligiste, comme les terrains volcaniques en fournissent fréquemment » (les Bronzes de Teti et le fer en Sardaigne, dans la Revue archéologique, 3° série, t. V, p. 293). On a montré aussi à M. Gouin une scorie d'apparence ferrugineuse; mais ce n'est qu'un produit de la fusion du bronze. L'alliage se faisait souvent avec des pains d'un cuivre très impur; ainsi l'un de ces pains, analysé par M. Gouin, a donné les résultats suivants : Silice, pour 100, 6 ; cuivre, 78,42 i; fer, 9,640; soufre, 2,475 ; plomb, 1,800.

métaux s'y voient employés par l'industrie ; le plomb dans les scellements et le cuivre sous la forme de bandes ou feuillards, qui ont servi h lier les épées ; on les y trouve aussi en pains, pains de cuivre rosette et pains de plomb qui pèsent un p.eu plus ou un peu moins de deux kilos. Ces pains étaient-ils, eux aussi, des offrandes votives, ou plutôt leur présence n'indique t-elle pas que près du sanctuaire étaient établis des ouvriers qui mettaient en œuvre ces métaux ! ? Nous pencherions pour cette dernière hypothèse ; c'est sur place que Ton devait sceller sur les piédestaux de trachyte épées et statuettes. Quant aux armes, certaines pièces peuvent avoir été achetées aux Phéniciens ou même rapportées de l'étranger; mais le plus grand nombre était certainement fabriqué chez les Sardes mêmes. C'est ce que prouvent les moules de pierre qui ont été ramassés dans le Sinis, dans la Nura, sur les plateaux de Tintérieur. Le creux de ces moules laisse reconnaître les formes des armes que nous avons décrites, et notamment celles de plusieurs types, tels que certains poignards, qui sont propres à la Sardaigne2. Le plomb et le cuivre pouvaient se tirer des gisements mêmes de l'île. Le plomb en provient 97. - Saumon de

0 l l cuivre.

certainement; on y a trouvé de très grands amas Buiiettino, i88i, p. 119. de scories, de tous les âges. Au contraire on n'y rencontre que bien peu de scories de cuivre. Il est possible qu'une partie au moins du cuivre que l'on y consommait y fût apportée du dehors. On a découvert dans différents endroits, en Sardaigne, des pains de cuivre rouge de forme très régulière, analogues à ceux que l'on rencontre en Italie et particulièrement en Étrurie3. Le musée de Cagliari en possède plusieurs qui ont été trouvés près de Nuraghus. On a reproduit ci-dessus l'image de l'un d'entre eux (fîg. 97).

L Les métaux prêts pour la fusion avaient peut-être alors assez de prix pour que des pains de cuivre ou de plomb ne parussent pas une offrande indigne de la divinité (Pais, Buiiettino, pp. 454-155).

2. Pais, la Sardegnn prima dcl dominio romano, p. 422 et pi. IV, fig. 8; Buiiettino, 1884, ppv. 425-140-441 ; Baux et Gouin, Essai sur les nuraghes, p. 208; ces moules sont en porphyre, en schiste micacé, en talc (Notizie degli scavi di antichità, 4880, p. 409).

3. On a voulu retrouver sur certains de ces pains la forme du poignard sarde; c'est M. Pais qui a signalé cette analogie, qui conduirait à penser que ces pains ont été fondus dans File (Buiiettino, 4884, p. 130). En effet, dans l'un des saumons dont il donne le dessin (p. 430), il y a bien quelque ressemblance entre ce signe et le type de poignard en question, quoiqu'on ne retrouve plus ici le double anneau qui est une des singularités de ce poignard; mais sur un autre de ces pains (fig. 97) le signe a pris une forme plus compliquée, qui ne permet plus guère le rapprochement suggéré par M. Pais (p. 149).

Quant à l'étain, dont la proportion est la même dans les bronzes sardes que dans les autres bronzes antiques, il n'existe pas dans l'Ile à l'état de minerai ; on ne l'y a jamais trouvé non plus en barre ou en saumon. Les fondeurs indigènes devaient fabriquer surtout leurs armes avec de vieux bronzes qu'ils soumettaient à une seconde fusion ; c'est ce qu'a permis de constater la trouvaille de Forraxi-Noi> où l'on a recueilli beaucoup d'objets usés ou même brisés en morceaux, qui paraissaient rassemblés et préparés pour une opération de ce genre. Ils recevaient aussi, par l'intermédiaire des Phéniciens, du minerai d'élain; M. Gouin a déterminé la nature d'une espèce de pierre que l'on a recueillie h Teli par tout petits fragments. Cette pierre est très pesante ; il est aisé de voir qu'elle a subi une torréfaction. C'est ce que les minéralogistes appellent la cassitêrite ou étain de bois, à cause de sa contexture fibreuse; c'est l'oxyde d'étain calciné1. Les fondeurs sardes n'auraient pas su dégager l'étain de ce minerai ; mais ils avaient appris, par la pratique, qu'en mêlant dans le creuset au cuivre rosette une faible quantité de cette pierre, on obtenait du bronze. On prend ainsi sur le fait les procédés d'une industrie qui parait avoir été très active, mais qui, h certains égards, en était au tâtonnement et à l'a peu près ; ainsi le plomb que ces ouvriers employaient pour fixer les bronzes sur leurs socles est ce qu'on appelle du plomb aigre, c'est-à-dire qu'il n'a été ni raffiné ni coupelle 2. Il y a des traces de plomb et de fer, quelquefois de zinc, dans le bronze des statuettes et des armes. Au contraire le cuivre des feuillards qui liaient les épées de Teti est parfaitement pur. Ce résultat ne saurait avoir été obtenu par des ouvriers qui se montraient, d'autre part, si maladroits, si incapables de séparer les différents métaux et de doser rigoureusement leurs alliages ; il est vraisemblable que ces bandes sortent d'un atelier phénicien.

Un autre indice par où se trahit encore l'inexpérience de ces métallurgistes, c'est qu'ils ignorent l'emploi de la soudure. A Inter-Rogas, et même à Forraxi-Noi où il y a des traces d'une époque plus récente, dans maints débris d'ustensiles en cuivre, pas d'autre mode d'assemblage que l'emploi des rivets. Dans les statuettes, pour rattacher maints

Il ne faut, croyons-nous, voir là qu'une marque de fabrique qui ne nous renseignera pas sur l'origine de ces lingots. Le poids de ceux-ci varie de 28 à 37 kilos. Voir Bullettino, p. 448 et note 166.

1. C'est M. Nissardi qui a retrouvé le premier la cassitêrite à Forraxi; après lui, M. Gouin en a reconnu la présence à Teti et dans d'autres dépôts.

2. Ce plomb provient de minerais pauvres. Sa teneur moyenne en argent est de 45 à 47 grammes par 100 kilos.

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accessoires au corps de la figure, on semble avoir chauffé le point où Ton voulait fixer ces appendices ; en ramollissant les deux surfaces h mettre en contact, on espérait établir entre elles une adhérence plus ou moins durable f.

C'est en général dans le voisinage des nouraghes que Ton a trouvé les pains de plomb et de cuivre, ainsi que les scories, les matières qui étaient mises en œuvre par cette industrie, et les déchets qu'elle laissait là où elle s'était longtemps exercée 2. Les statuettes, les instruments de métal ont été le plus souvent recueillis h proximité de ces mêmes édifices ou sous leurs décombres 3.

S f>. — LA CÉRAMIQUE

L'industrie du modeleur en argile et celle du potier paraissent avoir été moins cultivées chez les Sîirdes que celle du fondeur en bronze ; elles y sont restées tout h fait dans l'enfance. Les quelques figurines en terre cuite qui ont été trouvées à Teti sont tellement informes, que nous n'avons même pas essayé de les reproduire 4. Quant aux vases que Ton a recueillis, soit dans les nouraghes, soit dans les tombes des géants , ils ne sont guère moins grossiers 5. Ils sont faits à la main ; aucun d'eux ne révèle la connaissance et l'emploi du tour ; on y distingue la trace du polissoir. La pâte est assez fine, mieux cuite que celle des vases de l'âge du bronze des lacs suisses, avec quelques grains de silex dans la terre. La couleur varie du noir au brun clair. Quelques vases portent à l'intérieur une sorte de vernis noir luisant alors que l'extérieur est rougeâtre. Les parois sont très épaisses.

Le caractère général de ces poteries est l'absence presque absolue de toute ornementation. Voici deux vases, qui proviennent d'une tombe, près de la Tança Regia (fig. 98 et 99). Le premier est tout ce qu'il y a de plus rudimentaire ; dans le second, on sent déjà un certain effort pour donner au galbe du vase une certaine élégance. Les formes les plus communes sont celles d'espèces de plateaux, avec ou sans anses,

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