‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 79 sur 440 · tome iv · texte numérisé non relu

tome iv

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avec lui, c'est par lui que les Israélites ont connu Iahvé, qu'ils se sont accoutumés à mettre leur confiance et leur espoir dans ce dieu de l'orage et de la foudre qu'ils se représentèrent d'abord comme habitant les sommets du Sinaï et de l'Horeb, puis que, plus tard, ils considérèrent comme domicilié dans les différents sanctuaires de la terre de Chanaan. A la fin, dans les temps voisins de l'exil, on ne lui assigne plus qu'une seule demeure, le temple de Jérusalem1.

Une fois établis sur la rive droite du Jourdain, les Israélites étaient en contact de tous les instants avec les Philistins, avec les Phéniciens, avec les Chananéens ; les cantons où ils s'étaient fixés formaient comme autant d'enclaves qu'entouraient de toutes parts les territoires qu'avaient conservés les anciens maîtres du pays; parfois même on vivait côte à côte, dans un même bourg*. Beaucoup d'Israélites épousaient des femmes chananéennes, qui apportaient dans la maison les images et les rites de leurs dieux. On comprend que, dans un pareil milieu, les fidèles de Iahvé ne se soient pas toujours contentés de cet unique patron ; les autres dieux qu'ils voyaient adorer en Palestine ne pouvaient-ils pas aussi leur faire du mal, s'ils négligeaient de se les rendre propices? Ils sacrifièrent donc volontiers à tous les Baals, à toutes les Baalats des sanctuaires locaux, à Moloch et à Astarté; mais, tout en se mettant ainsi en règle avec ces divinités, ils continuèrent toujours à croire que le plus puissant de tous les dieux, c'était encore ce Iahvé , qui , sur la montagne sainte , avait fait retentir sa foudre aux oreilles de leurs pères et qui, du désert infertile, avait conduit son peuple jusque dans cette terre heureuse où chacun pouvait s'asseoir en paix « auprès de ses greniers pleins, à l'ombre de sa vigne ou de son figuier3 ». Malgré d'apparentes infidélités qui n'avaient pas alors l'importance qu'elles ont prise plus tard aux yeux dés prophètes et des prêtres, on en revenait donc toujours à Iahvé ; tous ceux que leur naissance autorisait à l'invoquer se distinguaient par là de leurs voisins et se regardaient comme des frères, comme les enfants d'un même héros éponyme, Israël. Bien avant que l'on songeât à l'unité politique,

4. Comme* il arrive toujours en pareil cas, ces conceptions, contradictoires au fond, se juxtaposent, sans s'exclure, dans les croyances populaires. Ainsi nous voyous encore Éiie, désespéré que l'impiété triomphe en Israël, aller chercher le Seigneur jusque dans l'Horeb, « la montagne de Dieu » (f Rois, xix, 8).

2. C'est ce que suffirait à indiquer le morceau qui ouvre le livre des Juges (i-u, 5); mais les preuves de détail abondent pour qui lit avec attention les livres historiques, des Juges aux Rois.

3. C'est par cette image que la Bible exprime l'idée du bonheur et de la sécurité dont tout Israël jouissait sous Salomon (/ Rois, îv, 25).

l'unité morale et religieuse était déjà préparée et comme ébauchée dans les âmes.

Sans cette solidarité des croyances, les Israélites, pendant la période qui suivit leur immigration en Palestine, se seraient certainement fondus avec les Chananéens et perdus dans leurs rangs. On se fait en général une idée très fausse de cette période, d'après des récits qui ont été très remaniés et que d'ailleurs on n'a pas lus avec une suffisante attention. Séparées les unes des autres par des bandes de population chananéenne, les différentes tribus vivent presque étrangères les unes aux autres, dans des bourgades dont la plupart n'ont pas de murs; elles se battent parfois entre elles; point d'entente, même pour résister à ces ennemis auxquels elles disputent la terre labourable et les pâturages, aux peuples de la côte, comme les Philistins, aux peuples du désert, comme les Moabites et les Amalécites. On se trompe fort au sujet de ces sheiks, comme on dirait aujourd'hui en Syrie, que nous avons pris l'habitude d'appeler les Juges, d'après un des termes (shophei ou kasîm) sous lesquels les désigne l'annaliste juif; aucun d'eux n'a fait sentir son autorité à tout Israël. Ceux de ces chefs qui, par leur énergie, par leur bravoure dans le combat ou leur sagesse dans le conseil, acquirent le plus d'ascendant sur leurs contemporains n'étaient populaires et suivis que dans le canton où ils résidaient; lorsque quelque ennemi était signalé, lorsqu'il fallait courir après les prisonniers et le butin qu'avait enlevés quelque détachement de pillards et le rejoindre avant qu'il eût repassé les gués du Jourdain, les hommes de plusieurs villages se réunissaient autour de celui que Ton savait le plus capable de bien diriger l'expédition ; celle-ci terminée, la petite armée se dispersait, et chaque tribu, chaque fraction de tribu retombait dans son isolement ; pas d'autres magistrats que les anciens (sekenim) qui rendaient la justice à la porte du village. De quelque côté qu'on tourne ses regards en essayant de reconstituer l'histoire de cette période, on ne trouve que la faiblesse, le morcellement, l'indécision et l'anarchie. L'exemple et le succès des Israélites avaient allumé les ambitions des peuples qui étaient restés à l'est du Jourdain; de nouveaux groupes d'émigrants prétendent refouler et déposséder ceux qui les ont précédés ; Israël se tient péniblement sur la défensive.

Pour qu'Israël pût faire front à la fois du côté des Philistins et vers le désert, pour qu'il reprît l'offensive et se rendît maître incontesté de tout le territoire dont il n'occupait encore qu'une partie, il fallait l'union sous un chef unique. De Dan à Berséba, comme dit la

Bible, c'est-à-dire du nord au sud, on aspirait à cette concentration si désirable; longtemps combattu par la jalousie des clans rivaux et par les habitudes d'indépendance locale, ce mouvement avait commencé bien avant ce Saûl qui passe pour le premier roi d'Israël. Après ses victoires sur les Madianites, Gédéon porte le sceptre; il règne tout au moins sur la tribu de Manassé ; il a sa ville royale, Ophra, et son sanctuaire voisin de la ville ; mais la dynastie qu'il semblait avoir fondée s'interrompt brusquement avec son fils Abimélech1. L'essai ainsi tenté ne pouvait manquer d'être repris. La force des choses conseillait, elle imposait ce changement de régime. Le danger venait surtout des Philistins; ils ne se contentaient plus de cette étroite bande du littoral où les avaient cantonnés les Pharaons; ils aspiraient à s'étendre dans l'intérieur; appuyés sur leurs places fortes de Gaza, d'Ascalon et d'Asdod,ils avaient pillé Sidon et ils refoulaient vers la mer Morte Juda et Benjamin.

Sous l'impression de ce péril, chaque jour plus pressant, Saûl, un vaillant Benjamite, devint roi. Ce qui l'avait désigné à l'attention de ses compatriotes, c'était un premier succès sur les Ammonites ; il battit aussi les Amalécites ; les frontières orientale et méridionale se trouvaient ainsi fermées ; enfin il eut le mérite d'ébranler la puissance des Philistins ; s'il finit par succomber dans cette lutte, il avait montré que, malgré ses chars de guerre et sa cavalerie, ce peuple n'était pas invincible. Ces résultats, Saul les obtint en commençante former un noyau d'armée permanente, qui comprenait à la fois des Israélites et des étrangers2; ces hommes exercés au métier des armes servaient ensuite à encadrer les recrues que fournissait la levée en masse, à laquelle le prince faisait appel dans les grandes occasions. Saul le premier avait pu réunir dans un effort commun sinon tout Israël, au moins les principales de ses tribus, à la fois celles du nord et celles du sud, Éphraïm et Manassé avec Benjamin et Juda. David développe et achève l'organisation ébauchée par son prédécesseur, celle de l'État et celle de l'armée qui en est le soutien.

David avait été merveilleusement préparé par la nature et par les circonstances au rôle qui s'offrit à lui quand la défaite et la mort de Saûl sur le mont Gelboé laissa le trône vacant et le jeune royaume dans la situation la plus critique. Il était déjà très populaire, surtout dans sa tribu, celle de Juda. Il avait occupé un poste élevé dans l'armée

i . On lira avec intérêt le curieux chapitre dans lequel Stade étudie et restitue l'histoire du premier roi d'Israël (Geschichte, t. I, pp. 1 81 -196). 2. 1 Samuel, xiv, 52.

de Saul; puis, quand celui-ci l'avait pris en haine, il avait été chef de bande dans le désert et ensuite l'hôte et l'allié des Philistins ; les dangers auxquels il avait échappé comme par miracle, l'énergie et l'adresse dont il avait fait preuve dans ces fortunes si diverses, toute cette vie de prouesses et d'aventures avaient encore ajouté au prestige de son nom. Lorsque Saûl fut mort avec ses trois fils aînés, ne laissant d'autre héritier qu'un enfant mineur, David, d'abord proclamé roi de la seule tribu de Juda, ne tarde point à devenir roi de tout Israël. Aux braves qui l'avaient suivi dans son exil et aux anciens compagnons d'armes de Saul et de Jonathan, il réunit les levées que lui fournit la nation tout entière, et, après des luttes dont le détail ne nous a pas été transmis, il force les Philistins à reculer et à reconnaître l'indépendance du royaume hébraïque. C'était- un brillant succès; mais David ne s'en tient pas là; il fait plus encore pour la grandeur et pour l'avenir de sa maison et de son peuple : il leur donne une capitale dont la situation est bien choisie et la défense des plus aisées. Jusqu'alors il avait eu pour résidence Hébron, ville située à l'extrême limite du territoire occupé par les Hébreux, presque en pays chananéen ; Hébron était trop loin de la montagne d'Ephraïm, de ces puissantes tribus du nord qui n'obéissaient pas sans impatience à un enfant de Juda. Pour se rapprocher de ses nouveaux sujets sans s'éloigner de la tribu dont il était le héros et l'enfant chéri, David choisit la petite ville de Jébus, qui devait devenir, entre les mains des Juifs, celte Jérusalem dont le nom ne périra jamais dans la mémoire des hommes.

Les Jébuséens étaient un clan chananéen ; grâce aux avantages du site où ils s'étaient retranchés ainsi qu'aux divisions des Israélites, ils avaient réussi jusqu'alors à se maintenir entre Benjamin et Juda, dont ils séparaient les domaines. Au pied de leur citadelle passaient et se coupaient deux routes très fréquentées, celle qui du port de Joppé conduisait, par Jéricho, aux gués du Jourdain, et l'un des chemins qui, par Hébron et par Bethléem, menaient de la frontière d'Egypte vers Sichem et le nord de la Palestine. Ce point était donc un poste stratégique d'une haute importance, et d'ailleurs la nature y avait si bien préparé le terrain, qu'il suffisait d'un peu d'art et d'effort pour en faire une place capable d'arrêter et de défier les Philistins, si ceux-ci tentaient un retour offensif. David paraît s'en être emparé facilement; les Jébuséens avaient trop compté sur l'escarpement des roches et sur la profondeur des ravins qui, de tous côtés, protégeaient leur forteresse. Une fois maître de la haute colline, David en releva et en augmenta

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les défenses*. Avec des matériaux et des ouvriers que lui envoya Hiram, roi de Tyr, il se bâtit un palais dont les charpentes et les lambris étaient faits de ces poutres et de ces planches de cèdre que les Phéniciens tiraient du Liban2. Malgré la différence de religion, les Hébreux ne paraissent pas être jamais entrés en lutte avec les cités phéniciennes, et les relations des deux peuples devinrent plus amicales encore et plus étroites à partir de la fondation du royaume juif. Hébreux et Tyriens avaient un ennemi commun, les Philistins. Les progrès de la puissance philistine étaient bien faits pour inquiéter les Phéniciens. Les Philistins avaient des ports; ils pouvaient se donner une marine et attaquer la Phénicie à la fois par mer et par terre. C'étaient des voisins dangereux et des rivaux éventuels. Tyr et Sidon ne pouvaient que se réjouir de voir Saûl et David occuper et user les Philistins. Entre Israël et la Phénicie, il n'y avait d'ailleurs aucune cause de conflit. Au moment même de leur plus grande puissance, les Juifs n'ont jamais dû concevoir la pensée d'assaillir ces villes de la côte qu'entouraient de fortes murailles et qui, maîtresses de la mer, ne craignaient pas la famine; ils n'avaient pas assez de troupes et surtout ils étaient trop étrangers à l'art des sièges pour tenter une entreprise où devaient échouer les énormes armées et les machines de l'Assyrie. D'autre part, les Phéniciens, devant lesquels s'étendait l'espace sans limite de l'occident à découvrir et h exploiter, n'ont pas songé à conquérir l'intérieur de la Syrie ; il leur suffisait que les marchés en fussent ouverts et que les caravanes pussent y passer librement. Une entente cordiale avec le royaume juif devait leur assurer tous ces avantages. Celui-ci les couvrait à la fois contre les agressions des Philistins et contre les incursions des peuples du désert; c'était aussi, comme consommateur et comme producteur, un client avec lequel il y avait beaucoup à gagner. Tout ce qui ne se fabriquait pas dans la maison même de l'Israélite, en fait de vêtements et de bijoux, de meubles, d'armes et d'outils, c'était de la Phénicie que devait le tirer ce peuple d'agriculteurs, qui ne connaissait pas d'autre industrie que l'industrie domestique. En échange de ces objets manufacturés, les Hébreux livraient à leurs voisins les céréales, les fruits et le bétail de la Palestine, le baume de la chaude vallée du Jourdain, les esclaves des deux sexes enlevés aux tribus de la Pérée avec lesquelles Israël était si souvent en guerre. Ce ne fut pas un des moindres mérites de

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