‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 85 sur 440 · I Rois, v, 23; ix · texte numérisé non relu

I Rois, v, 23; ix

2. C'est ce qu'atteste de la manière la plus formelle un texte dont ou a trop négligé le témoignage : « 11 n'y eut que la tribu de Juda seule qui suivit la maison de David (I Rois } xn, 20). » Nulle part on ne devait être plus hostile à la famille de David que dans cette tribu de Benjamin qui avec Saûl avait régné sur Israël. Le territoire de Benjamin, sauf quelques cantons tout voisins de Jérusalem, ne cessa pas d'appartenir au royaume du Nord jusqu'à sa destruction. Si plus tard on s'y trompa, c'est qu'après la chute de Samarie, ceux des Benjamites qui n'avaient pas été emmenés en captivité par les Assyriens se rattachèrent au seul débris survivant de la nationalité juive, au royaume de Juda. Les écrivains postérieurs en vinrent à se figurer que les relations de Juda et de Benjamin avaient toujours été telles qu'ils les avaient connues dans les derniers temps.

722 ; presque toute la population fut transportée dans les vallées du Chaboras et de l'Euphrate.

Si Juda survécut encore pendant plus d'un siècle, ce ne fut pas à sa force militaire qu'il dut ce répit; comme l'indique ce nom d'Israël qu'il avait conservé, le royaume du nord comprenait de beaucoup la plus grande partie des anciens sujets de David et de Salomon ; Rehoboham et ses héritiers n'avaient été suivis que par une faible minorité; c'était Juda qui s'était détaché du gros de la nation; c'était lui qui, pour prendre l'expression courante, avait fait schisme. Israël, sous Omri et sous ses fils, sous Jéroboam II, avait encore eu des heures d'éclat et de belliqueuse énergie qui pouvaient faire illusion ; certains de ces princes avaient dû se croire sur le point de reconstituer l'empire de David. Il n'en fut jamais ainsi dans le royaume de Juda; aux jours mêmes de leur plus grande prospérité, ses princes bornèrent leur ambition à redevenir maîtres de l'Idumée et des ports qu'elle avait sur la mer Rouge, pour s'assurer le bénéfice du commerce qui se faisait par cette voie '. Ils y purent gagner de remplir leur trésor ; mais leur armée ne fut jamais très nombreuse; elle ne tint jamais, en rase campagne, ni contre les Égyptiens, ni contre les Assyriens. Juda avait l'avantage que son territoire ne fût pas traversé par la route traditionnelle que suivirent toujours les envahisseurs de la Syrie, Égyptiens montant vers le nord, Assyriens descendant vers le sud, route qui passait au contraire sur le territoire d'Éphraïm et de Manassé ; le souverain de Jérusalem était ainsi dispensé de prendre parti dans les luttes des grandes puissances ; il pouvait plus aisément se tenir à l'écart. Ce qui l'aidait encore à observer cette politique de réserve et de neutralité prudente, c'est que, dans le royaume du sud, pendant trois siècles et demi, la couronne ne sortit pas de la race de David; plusieurs règnes furent longs; nombre de rois moururent dans leur lit. Il y eut donc là quelque suite dans la conduite des affaires ; le fils bénéficia quelquefois de la sagesse du père et des alliances qu'il s'était ménagées. Il n'en était pas de même en Israël. Là ce ne furent, pendant deux siècles, que tragédies sanglantes, usurpateurs qui détrônaient et tuaient le souverain pour disparaître eux-mêmes presque aussitôt. Deux princes seuls, Omri et Jéhu, fondèrent une dynastie; celle du premier compta quatre rois, et la seconde alla jusqu'à cinq. Ces brusques changements, ces meurtres du roi et de ses principaux serviteurs laissaient toujours derrière

i . I Bots, xxiï, 48-50. Il Rois, xrv, 7, 22.

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eux des haines violentes et préparaient de nouveaux massacres; de pareilles convulsions n'ont pu que hâter la décadence d'un État qu'environnaient tant et de si redoutables ennemis.

Juda eut sans doute aussi ses heures de péril et d'angoisse ; mais, comparée à celle d'Israël, sa vie fut pourtant heureuse et tranquille. Le sentiment de loyalisme passionné qui l'attachait à la race de David contribua beaucoup à lui donner cette sécurité, cette sorte d'optimisme sans lequel les plus hautes facultés de l'esprit n'ont pas la liberté de prendre leur essor. Même dans les plus mauvais jours, on croyait, on proclamait bien haut que Iahvé avait conclu un pacte avec cette famille qu'il avait choisie, et qu'il ne la laisserait pas périr, non plus que le peuple dont elle dirigeait les destins. Grâce à cette confiance, on espérait toujours, même contre toute espérance; alors que le présent était le plus trouble et le plus sombre, on comptait sur les revanches de l'avenir. Ainsi naquit cette exaltation de l'âme juive qui donne une si étrange beauté aux plus anciens des psaumes et à tant de pages des prophètes.

Ce fut à Jérusalem, et non à Sichem ou à Samarie, que la langue hébraïque atteignit sa perfection, et que la littérature qui l'emploie produisit ses chefs-d'œuvre. Ce n'est pas seulement que Jérusalem, fondée plus tôt, détruite plus tard que Samarie, a beaucoup plus vécu; c'est surtout qu'elle a été, bien plus que sa rivale, une de ces villes où bat le cœur, où pense le cerveau de tout un peuple, une capitale, dans le vrai sens du mot. La petitesse même du royaume y a été pour beaucoup. Celui-ci avait trop peu d'étendue pour que d'autres cités y pussent disputer la prééminence à celle où résidait le roi. Ce qu'Athènes était dans l'Attique, Jérusalem le fut dans l'étroite Judée; toute la vie intellectuelle et morale s'y concentra; hors de ses murailles, il n'y avait que des champs et des villages. Par l'effet de cette situation privilégiée, Jérusalem ne cessa pas de s'agrandir sous les rois; elle profita des malheurs mêmes de la nation ; plus d'une famille des tribus septentrionales dut s'y réfugier et s'y fixer après la chute de Samarie ; vers le temps où elle succomba, ce devait être une ville d'au moins vingt mille âmes1. Dès l'époque de Salomon, elle avait cessé de se

\. C'est ce que l'on peut inférer d'un texte où il est dit que Nabuchodonosor « emmena de Jérusalem tous les hommes forts et vaillants, 40,000 captifs, et tous les artisans et qu'il n'y demeura rien de reste que le peuple pauvre du pays » (II Rois, xxiv, H). Un renseignement pris ailleurs par le compilateur et transcrit à la suite du premier donnait le chiffre de 7,000 pour ce que l'écrivain appelle « les hommes vaillants » et celui de 1,000 pour les gens de métier qui furent ainsi contraints à émigrer. Les petites gens qui restèrenl dans la ville formaient bien le tiers de la population totale; les femmes et les

renfermer dans les limites de la vieille bourgade fortifiée des Jébuséens ; elle s'était étendue sur les collines situées à l'ouest de la cité de David; celles-ci s'étaient couvertes de maisons, et une enceinte avait enveloppé ces faubourgs et les avait rattachés à la cité royale1. Dans l'intérieur de celle-ci, le palais bâti par Salomon n'eut pas besoin de s'accroître ; il était bien vaste pour les petits princes qui avaient succédé au maître de toute la Syrie ; avec leur richesse et leur cour très réduite, ceux-ci devaient avoir peine à le remplir. Par contre, à mesure que la foi d'Israël devient plus ardente et que son culte se complique, le temple ne cesse pas de s'agrandir, ou du moins il s'entoure de bâtiments nouveaux destinés au logement des prêtres ; ses cours et ses portiques se développent pour offrir de plus spacieux abris à la foule plus nombreuse des fidèles. Ces travaux ne sont sans doute pas assez considérables pour provoquer la naissance d'un art indépendant ; pendant toute cette période, l'architecte et l'ornemaniste juif ont dû rester sous l'influence de la Phénicie, avec laquelle Juda continue d'entretenir d'étroites relations. Une princesse de sang tyrien, Athalie, règne à Jérusalem; elle y introduit le culte du Baal de Tyr; cette reine et, à Samarie, sa mère Jézabel avaient sans doute dans leur domesticité des artisans qu'elles avaient fait venir de leur pays d'origine. Cependant, à la faveur des grandes entreprises de Salomon, nombre de Juifs, sous la direction des chefs d'atelier envoyés par Hiram, avaient pu conquérir quelque habileté professionnelle et la transmettre à leurs enfants ; ils trouvèrent l'occasion de l'exercer, malgré l'affaiblissement du royaume, dans la construction des édifices d'une ville qui se peuplait et s'élargissait d'année en année, dans la réfection des murailles qu'il fallut souvent étendre ou réparer, dans l'érection et la décoration des annexes du temple. Jérusalem, au moment de sa chute, avait des gens de métier, que la Bible appelle les charpentiers et les forgerons *. Si la capitale des rois de Juda n'est pas arrivée, dans le domaine de l'art, à

enfants feraient plus que doubler le nombre de quinze mille âmes environ auquel on arriverait ainsi. D'autre part, il faut penser qu'au moment du siège toute la population de la Judée devait avoir cherché un refuge dans les murailles de Jérusalem ; c'était là que l'on prit ceux mêmes qui d'ordinaire vivaient aux champs ou dans les bourgs. Le chiffre de trente à trente-cinq mille âmes auquel on serait conduit par les données du récit biblique doit donc être trop élevé; .mais celui de vingt à vingt-cinq mille habitants n'est sans doute pas très éloigné de la vérité. La population actuelle de Jérusalem est d'environ 24,000 âmes, et il semble que , vers le sud , l'ancienne enceinte ait compris des terrains qui, depuis le moyen âge, ont cessé d'être habités.

i. I Rois, ix, 15. H Chroniques, ixvi, 9-10; xxxir, 5; xxxiii, 14.

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