II Rois, xxn
qui devint le second et qui fut par moments le principal personnage de l'État; ce qui n'avait d'abord été qu'une légère primauté se changea en une prééminence reconnue et en une sorte de monopole. Par l'hérédité des fonctions, il se constitua tout un clergé, qui vivait du temple el dans le temple ; celui qu'il reconnaissait pour chef en soignait les intérêts avec cet esprit de suite et cette ambition patiente qui distinguent partout la caste sacerdotale.
Ce but vers lequel on tendait depuis longtemps, on ne l'atteignit d'ailleurs que dans les derniers jours de la monarchie. Sous ce Josias, que l'on peut appeler « le roi des prêtres », Hilkija réussit enfin à débarrasser la Judée et le temple même de tous les autels où l'on adorait d'autres dieux que Iahvé, de tous les simulacres qui lui faisaient concurrence jusque sur le seuil de sa demeure ; en même temps, ce qu 'Hilkija et les siens avaient peut-être encore plus à cœur, on mit fin aux sacrifices qu'offraient à Iahvé, sur les hauts lieux autour de Jérusalem, des prêtres indépendants, qui n'étaient pas affiliés au clergé du temple ; ces hauts lieux furent souillés, pour que l'on n'eût point l'idée d'y rétablir le culte1. Peut-être, pendant les trente et quelques années qui s'écoulèrent encore jusqu'à la chute de Jérusalem, plus d'un de ces autels proscrits fut-il relevé, plus d'une victime y fut-elle encore immolée ; mais l'effet n'en était pas moins produit ; la pompeuse cérémonie célébrée dans l'enceinte du temple, en présence de Josias et d'Hilkija, lorsque le Livre de la Loi avait été présenté et lu au peuple, les adjurations du roi et des prêtres, les serments prêtés au milieu de l'émotion générale , tout ce spectacle imposant avait fait pénétrer dans les âmes l'idée de l'unité du sanctuaire et l'y avait gravée profondément. Pour tout ce qui restait d'Israélites fidèles, débris ralliés de Benjamin et d'Éphraîm, enfants de Juda, le temple de Salomon était devenu le symbole même de la religion nationale, le « lieu fixe où Iahvé demeurerait à toujours »2, et où, par le sacrifice et la prière, se renouvellerait perpétuellement l'alliance conclue entre l'Éternel et son peuple.
Cette conviction ne fit que s'enraciner encore davantage dans l'esprit de la génération suivante , qui assista aux catastrophes suprêmes ; quand celle-ci fut partie pour la captivité , pendant les heures lentes des marches forcées sous le soleil, puis dans les conventicules secrets
4. H Rois, xxiii, 8-9. La mention des pains sans levain, que ces prêtres mangeaient an milieu de leurs frères, indique bien que dans ces deux versets il s'agit non pas de prêtres de Baal, mais de prêtres de Iahvé.