Rois, vin
de l'exil , dans quelque chambre bien close d'un faubourg de Memphis et de Babylone , quand on se réunissait pour parler à voix basse de la patrie perdue, avec quels regrets attendris, avec quelle espérance opiniâtre les pensées devaient se tourner vers ce temple que l'on avait encore connu, dans les années qui avaient précédé le siège, orné plus richement, plus fréquenté, rempli d'une foule plus recueillie qu'il ne l'avait jamais été, même au temps de Salomon ! On ne se contentait pas de ne point oublier ; dans ces songes d'avenir par lesquels on se consolait des tristesses du présent , on relevait le temple sur la montagne de Sion , et on l'y relevait plus grand et plus beau qu'on ne l'y avait vu aux jours de sa splendeur. Pour reconstruire ce temple éternel, où toutes les nations réconciliées viendraient s'incliner devant Israël et devant son dieu, on partait bien des données que l'on empruntait au passé; mais on ne s'y enfermait pas. Sans doute on ne touchait pas aux grandes lignes du plan ; le sanctuaire gardait ses proportions et ses divisions traditionnelles; mais autour de lui tout devenait plus ample et plus magnifique. Pour faire au lieu saint une entrée plus digne de sa majesté, les pylônes prenaient plus de hauteur; afin de mieux accueillir ces multitudes de toute race qui monteraient vers Sion , les portes et les cours s'élargissaient ; les portiques allongeaient leurs files de colonnes et l'ombre de leurs galeries ; des pièces plus vastes étaient aménagées en vue des différents services du culte et pour le logement de ses ministres, qui devaient être plus nombreux qu'autrefois. L'ensemble que l'on créait ainsi gardait bien l'ordonnance générale , le style et le caractère de l'édifice qu'avaient dévoré les flammes allumées par la torche des Chaldéens ; mais il supposait exécutés tous les embellissements, tous les bâtiments accessoires qu'avait pu projeter, un jour ou l'autre, l'ambition des rois et surtout celle des prêtres. Cette vision de la Jérusalem nouvelle et du temple futur, cette sorte d'hallucination qui, sur les rives des fleuves de Babylone, fascinait et charmait le regard de l'Israélite, était, pour ces âmes émues et vibrantes, la plus efficace des consolations ; pour bien se consoler des malheurs du présent, il faut se représenter l'avenir comme plus brillant que ne l'a jamais été, même dans ses meilleurs moments, ce passé que l'on regrette et sur lequel on pleure.