‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 92 sur 440 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

§ 1er. — LA TOPOGRAPHIE DE JÉRUSALEM

Depuis trois siècles la curiosité moderne n'a pas cessé de se préoccuper du temple de Jérusalem. À l'exemple des Juifs exilés, elle a tenté bien des fois d'évoquer l'image du temple détruit. Pour y réussir* c'est aux textes qu'on s'est adressé ; on les a tournés et retournés dans tous les sens; mais, si l'on peut ainsi parler, on a bâti le temple en l'air ; on ne s'est pas demandé quel était l'aspect, quel était le relief de la colline qui portait l'édifice, ce que l'art y avait ajouté à la nature; jusqu'à ces derniers temps, par suite de la rigueur avec laquelle les musulmans interdisaient aux chrétiens l'entrée du Haram ech Chèrif, on ne pouvait avoir qu'une idée très vague de la configuration du terrain où s'était élevé le temple. Aujourd'hui les ressources abondent ; il n'est pour ainsi dire personne qui ne comprenne que la première condition d'un elsai de ce genre c'est une étude attentive et précise de la topographie. Il convient donc de décrire d'abord le site de Jérusalem, puis de définir ensuite, avec un soin et un détail tout particuliers, l'em^ placement du temple.

Le sol du temple de Salomon se trouvait à une hauteur de 735 mètres au-dessus du niveau de la mer; Jérusalem est donc, dans toute la force du terme, ce que l'on appelle une ville de montagne. Elle est située sur l'arête même de cette longue chaîne qui court du nord au sud en séparant le versant de la Méditerranée de la dépression profonde où coule le Jourdain ; elle occupe l'extrémité méridionale d'une sorte d'éperon ou de plateau allongé qu'entourent deux ravins, celui du Cédron et celui de Hinnom (fig. 106). Ces deux ravins naissent à peu de distance au nord de Jérusalem, et ils se rejoignent au sud de la ville, à plus de 200 mètres au-dessous de leur point de départ ; d'abord

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simples plis de terrain , ils se creusent très rapidement. Le terrain où s'éleva Jérusalem n'est donc accessible , à peu près de plain-pied, que par le nord. Un troisième ravin partage en deux groupes inégaux de hauteur et d'étendue la partie méridionale de cet éperon ; c'est celui dont nous ne savons pas le nom primitif, mais que l'on appelait, à l'époque romaine, le Tyropœon, ou le « quartier des faiseurs de fromages ». Au sud-ouest, entre le Tyropœon et la vallée de Hinnom, se dresse la haute colline que l'on nomme aujourd'hui le mont Sion et dont le point culminant porte l'édifice que la tradition désigne comme la Tour de David, quoiqu'il n'ait aucun droit à cette appellation et que les parties les plus anciennes de cette forteresse ne remontent pas au delà du temps d'Hérode. Au sud-est, c'est une autre colline, plus étroite et plus longue, qui est serrée entre le Tyropœon et le Cédron; l'usage a prévalu de l'appeler le mont Moria, quoique, pour confirmer l'usage que l'on fait de cette dénomination, il soit impossible de citer autre chose qu'un texte tiré d'un livre d'une médiocre autorité, la Chronique, qui n'a guère été rédigé que trois siècles avant notre ère !. Dans tout Y Ancien Testament, ce nom de Moria ne se rencontre que deux fois, dans ce passage de la Chronique et dans le chapitre de la Genèse où il est question du sacrifice d'Isaac par son père Abraham *. Là ce terme n'est accompagné d'aucune indication qui dise au lecteur où il doit chercher cette « terre de Moria3 ». L'idée d'appliquer ce nom à la colline du temple a vraisemblablement été suggérée au chroniqueur par le désir d'identifier cette colline avec celle où, d'après la tradition, Iahvé avait pris, envers le père de son peuple, un de ces engagements solennels qu'aimait à se remémorer la piété juive *. #

Ce peut donc avoir été là une appellation mystique qui, à une certaine époque, aurait été usitée chez les prêtres; mais il ne semble pas qu'elle soit devenue jamais populaire; elle ne parait pas dans les pages où l'auteur des Rois raconte la construction du temple5; elle ne se rencontre chez aucun prophète. Le vrai nom de la colline du temple,

t. Il Chroniques, m, 1. «Et Salomon commença de bâtir la maison de l'Éternel à Jérusalem, sur le mont Moria, qui avait été indiqué à son père David, sur la place préparée par David, sur Taire d'Ornau le Jébuséen. » Voir les observations de Reuss sur ce verset ; nous lui empruntons sa traduction.

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