‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 124 sur 349 · Ibid,, t. III, fig · texte numérisé non relu

Ibid,, t. III, fig

4. Athen. Mitth., 1888, p. 302. B. Grœf vient de donner une nouvelle preuve de Torigine attique du vase d'Ormidia. Ce groupe des deux chèvres dressées contre un arbre, motif qui est rare dans la poterie de style géométrique, il Ta retrouvé à Athènes, sur une pyxis qu'il avait toute raison de croire découverte dans les fouilles du Dipylon (Athen. Mitth., 1896, p. 448-449).

une copie d'un de ces vases de métal que, dans les peintures des tombes égyptiennes, les tributaires syriens offrent en présent aux Pharaons' ; on retrouve ici les traits qui caractérisent plusieurs de ces vases, la sveltesse de leurs pieds, leur évasement cratériforme, les têtes d'animaux qui font saillie au-dessus des bords, les tiges de papyrus qui jaillissent, à la manière d'un bouquet, du creux de la large coupe. Tout y est, mais étriqué, mais déformé. Le peintre atlique avait vu une de ces pièces d'orfèvrerie; mais il n'a su rendre que très imparfaitement l'image qui lui en était restée dans la mémoire ^

Ces exemples suffiront ; ils montrent à quoi se réduit, même pour la période la plus avancée de la vie du style géométrique, la part qui a été faite à l'imitation de l'Orient. Cette part est très faible. Le peintre du Dipylon s'est parfois inspiré de modèles étrangers; mais, dans l'usage qu'il en fait, on devine le caprice et l'accident. Ces motifs exotiques ne sont pas fondus avec ceux qui composent le répertoire traditionnel de l'artiste; ils n'ont pas modifié l'aspect général de son décor. Dans aucun des vases qui nous ont passé sous les yeux, nous n'avons vu se substituer au méandre la guirlande où alternent les fleurs et les boutons du

,. «Il • lAii .,97. — Motif emprunté

lotus, guirlande qui va, un peu plus tard, devenir la au décor d'un vase parure obligée de presque tous les vases peints. Les ^" Dipyion. Revue

, » 1,- des études grecques,

emprunts que nous avons signalés n ont d intérêt i894, p. 120. que comme symptômes d'un changement de goût qui se prépare et qui se manifestera bientôt sur tous les points du monde grec; ils sont trop rares pour que l'historien puisse s'en prévaloir à l'effet de séparer la fabrique du Dipylon des formes plus anciennes du style géométrique. C'est bien de celui-ci que relèvent, sinon par le choix des thèmes, tout au moins par le caractère de l'ornementation et par la facture, tous les vases que nous venons d'étudier.

Quand s'est accompli le changement que nous avons donné à prévoir, quand le style géométrique a-t-il fait place à un autre style, que caractérisent, outre les progrès du dessin, l'introduction de nombreux motifs empruntés aux modèles orientaux et de thèmes qui le plus souvent sont tirés des mythes épiques? C'est seulement par

\ . Histoire de VArt, t. III, fig. 542.

2. Le mérite de ce rapprochement appartient à Pottier {Revue des études grecques, 1894, p. 117-132).

voie indirecte que l'on peut essayer de répondre à cette question. Pour ce qui est de la date initiale, elle est donnée par Finvasion dorienne. Le style géométrique a succédé au style mycénien après la chute des royautés achéennes. Ce serait donc vers la fin du xi® siècle et dans le cours du x^ que le nouveau système d'ornementation aurait commencé de se répandre en Grèce. Le point de départ se laisse apercevoir assez nettement; quant au point d'arrivée, à celui qui marque le terme de ce développement, il est à chercher après les premières Olympiades, et cependant l'embarras est grand lorsqu'il s'agit de le fixer à un demi-siècle ou à un siècle près. On n'a pas trouvé le moindre vestige d'inscription sur aucun vase ni sur aucun débris de vase du style géométrique primitif, de celui qui ne fait pour ainsi dire aucune place à la figuration de la vie. Dans la poterie même du Dipy- Ion, l'écriture ne s'était montrée, jusqu'à ces dernières années, que sous la forme d'un graffite* ; rexem|)le était d'ailleurs unique. Tout intéressant que fAt ce texte à divers égards, il n'offrait point un indice sûr à qui voulait dater la pièce ; la pointe de l'outil pouvait l'avoir gravé dans la terre longtemps après que l'œnochoé où il figure, vase donné en prix dans des jeux, était sorti des mains de l'ouvrier. Dans le remblai de TAcropole, on a toutrécemmentramassé deux tessons d'unepoterie analogue à celle du Dîpylon, tessons où se voient quelques lettres, qui ont été tracées au pinceau sur Targile avec le vernis noir, avant la cuisson * ; mais, d'autre part, les vases de celte sorte que les musées de l'Europe possèdent par centaines sont tous anépigraphes. Ainsi, même pendairt le temps où les ateliers attiques fabriquaient les pièces qui représentent le mieux le style géométrique avancé, si l'écriture n'était pas inconnue, elle n'était pas encore entrée dans l'usage courant, comme elle le sera dans l'âge suivant, quand nous verrons apparaître, sur les vases

1. 'Aôrlvaiov, 1880, addition au premier cahier; Furtw^ngler, Zwei Thongefaesse asu Athen (Athen. MiUh., 1881, p. 106-118); Stddniczka, Die altxste Attische Inschri^t {Athen. MUth,,p, 225-230). Une découverte récente semble indiquer que Ton faisait ainsi volontiers collection de poteries qui représentaient le goût des générations antérieures ; il s'agit de la grande amphore corinthienne qui a été trouvée, parmi les restes des vases jetés et brisés sur le bûcher funéraire, dans le tumulus qui fut élevé, à Marathon, pour recevoir les cendres des Athéniens tués dans la bataille, en 490; cette amphore ne peut guère être postérieure au milieu du vi« siècle (AiXtiov, 1890, p. 65-71, 123-132, pi. IV; 1891, p. 67, 69, 97; Staïs, 6 iv MapaSwvi t«[i6oç {Atken, Mitth,, 1893, p. 46-63, pi. II-V) ; Hauvettb, Rapport sur une mission scientifique en Grèce (Nouvelles archives des missions, t. II, p. 326-335).

2, BoTHO fiR.EF, Ueber die allgemeine Ergebnisse der Vasenfunde von dcr Akropolis zu Athen{Archxolog, Anzeiger, 1893, p. 17).

OÙ se marque l'influence des modèles orientaux, les légendes explicatives qui donnent les noms des personnages.

On a cherché à dater les vases du Dipylon d'après la forme des navires qui y ont figuré ; on a cru y reconnaître les pentécontores, qui n'auraient apparu que vers la fin du viu® siècle. 11 n'est pas naturel, at-on dit, que, chez un peuple qui ne possédait pas alors de marine militaire, on ait eu l'idée de représenter des combats livrés sur mer. Dans le choix de ce thème et dans la faveur dont il parait avoir joui, on a voulu trouver l'écho et comme le contre-coup du bruit qu'aurait fait, dans toute la Grèce, la grande bataille navale qui mit aux prises, en 664, les Corinthiens et les Corcyréens^ La valeur de ces arguments a été contestée par de très bonnes raisons. Le passage de Thucydide auquel on s'était référé n'a pas le sens qu'on lui attribuait. Les navires que les peintres du Dipylon ont copié ne sont pas des pentecontores : ce sont des dières. Nous avons d'ailleurs si peu de données sur l'architecture navale chez les Grecs, qu'il nous est imposible de savoir, sauf pour la trière, à quel moment et chez quel peuple tel ou tel type a fait sa première apparition. Ce qui concerne l'effet moral du choc qui eut lieu entre les Corinthiens et les Corcyréens est encore plus problématique ^ Pourquoi les Athéniens n'auraient-ils pas dès lors été assez adonnés aux choses de la mer pour prendre plaisir à l'image d'un combat naval?

Si Ton peut espérer sortir de cette incertitude, c'est en suivant une autre voie. Ce qui importe surtout, c'est de savoir si l'art du Dipylon est contemporain de la longue élaboration des poèmes homériques ou s'il a terminé son évolution seulement lorsque Y liiadeetV Odyssée avaient déjà pris, à peu de chose près, leur forme définitive, et, dans ce cas, quel intervalle de temps on est en droit de supposer entre l'heure où s'achevait l'épopée et celle où les potiers du Céramique décoraient les vases qui sont les chefs-d'œuvre du style géométrique.

Il y a, dans les scènes peintes sur ces vases, plus d'un trait qui répond aux descriptions de l'épopée. L'armement des guerriers qui y figurenlest le même que celui des héros d'Homère; ilsontle glaive pendu àla ceinture et, autour du mollet, les cnémides oujambières. Leur longue chevelure, comme celle des Achéens du poète, tombe sur les épaules. Leshabitudes, à beaucoup d'égards, semblent pareilles. Un thème souvent traité dans l'épopée, c'est le récit d'expéditions entreprises en vuedupil-

1." Kroker, leit und Heimat der Dipylonvasen (Jahrbuch, 1886, p. 106-1 13). 2. Pernice, Ueberdie Schiffsbilder aufden Dipylonvasen , p. 304-306 [Athen. Mitth,, 1892) TOME vil. 29

lage,par une bande de hardis compagnons*. Or plusieurs des peintres de nos vases paraissent faire allusion à des aventures de ce genre ( fig. 63 , 70) . Quand furent exécutés ces tableaux, la piraterie était encore dans les mœurs. 11 en est de même pour les rites funéraires. Dans les tableaux qui retracent la pompe des obsèques, on voit le mort étendu sur un lit de parade comme Test Patrocle dans V Iliade *. A Athènes comme devant Troie, il semble qu'une course de chars fasse partie du programme; on peut interpréter comme une préparation à la course le défilé des chars qui est représenté sur les vases (fig. 7), et se demander si les trépieds qui s*y voient aussi ne sont pas les prix destinés aux vainqueurs (fig. 8) \ Sur plus d'une pièce, le peintre a dessiné des chœurs de danse, sembla-

çjg Fragment du décor d'une amphore. Musée d'Athènes. Arch. ZeUungy I880, p. 139.

bles à ceux qui décoraient une des zones du bouclier d'Achille (fig 59, 96). Il n'est pas jusqu'à de menus détails qui ne témoignent la conformité des usages. Dans un de ces vases en forme de boîte dont nous avons donné des exemples (fig. 46, 68), le couvercle et les bords de la panse sont percés de trous qui se correspondent, pour recevoir un cordon à l'aide duquel le couvercle était relié au récipient*; c'est par ce procédé, on s'en souvient, qu'Ulysse fermait son cofifre.

Si certaines pratiques sont ainsi communes aux contemporains d'Homère et aux potiers du Dipylon, il y a. pourtant des différences. Certains progrès se sont accomplis depuis le moment où s'est clos le

1. Odyssée, III, 73-105; IX, 38-61, 254; XIV, 85-86, 221-234; XV, 387, 427; XVII, 423-444, etc.

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