Fragment du décor d'un cratère
Musée d'Athènes. Alhen. Milth., 1892, pl.X.
vant (fig. 58). Les poteries du Dipylon portaient donc la marque d'une civilisation qui est plus avancée que celle dont Timage se réfléchit dans Tépopée. Or, de Tensemble des recherches auxquelles a donné lieu la question homérique, il paraît résulter que la date assignée par Hérodote à Homère est encore la plus vraisemblable : c'est dans le courant dii IX® siècle que se serait clos le cycle épique. Pour rendre raison du changement qui s'est introduit daps les habitudes du monde grec entre ce moment et celui où les vases du Dipylon ont été fabriqués, il faut supposer que, dans l'intervalle, plusieurs générations'se sont succédé, et l'on se trouve ainsi conduit à placer vers le commencement du VIII® siècle l'heure où cet art aurait atteint son apogée. Dès la fin de ce siècle, il a dû commencer à passer de mode. Il n'y a pas d'inscriptions sur ces vases, tandis que dès le vu® siècle on écrivait déjà sur le bronze des dédicaces, des lois et des traités; or il était plus aisé de tracer quelques lettres sur l'argile, avec la pointe du pinceau, que de les graver dans le métal.
Nous avons encore une autre raison de croire que l'activité créatrice de l'art du Dipylon ne s'est pas prolongée beaucoup au delà des premières Olympiades : c'est le caractère des thèmes qu'il traite. On n'y trouve pas de sujets tirés de l'épopée. C'est que celle-ci ne s'est pas encore emparée de l'esprit grec; elle ne lui a pas encore imposé l'habitude de couler toutes ses pensées dans les moules qu'elle a dressés. Dès lors cependant elle existait; mais, de l'Ionîe où elle était née, elle n'avait pas encore été portée, par la voix des rapsodes, dans toutes les cités grecques, des rivages de laScythie et de la Thrace à ceux de l'Afrique, de la Sicile et de l'Italie. Il lui a fallu un temps assez long pour se répandre ainsi en tous sens, pour accréditer partout sa langue et ses fictions, pour achever de faire la conquête de toutes les imaginations. Les légendes jointes aux figures apparaissent avec les vases où se laissent reconnaître des épisodes empruntés soit à V Iliade et à YOdî/ssée, soit à des poèmes aujourd'hui perdus, et, d'après la forme des lettres et l'orthographe, les épigraphisles ne croient pas pouvoir faire remonter beaucoup au delà de l'an 600 les plus anciens de ces vases à inscriptions.
Entre les poteries du Dipylon et la céramique qui se distingue par l'adoption des nouveaux thèmes et l'insertion des légendes explicatives, il faut trouver place pour toute une autre série de vases, pour ceux que l'on appelle proto-at tiques. On désigne ainsi des vases qui n'offrent encore que peu d'inscriptions et de scènes d'un caractère mythique, mais où
s'est réduite la part faite au décor linéaire, où le dessin a de plus libres allures, où commencent à se montrer des motifs fournis par des modèles orientaux : les palmettes, les lions, les sphinx et les griffons. Admettons que cet art de transition, avec son style mixte et indécis, représente l'effort de deux ou trois générations de potiers ; c'est vers la fin du viii^ siècle que le peintre céramiste se serait enhardi à élargir son répertoire et à modifier sa facture. A partir de ce moment, les progrès ont été continus et rapides; Tart est emporté dans l'élan général; il subit le contre-coup du mouvement d'expansion qui sème les colonies grecques sur toutes les côtes de la Méditerranée. Pendant la période précédente, ces progrès devaient avoir été beaucoup plus lents, à peine sensibles d'une génération à l'autre.