Mur d'enceinte d'Erétrie. D'après une photographie
rénorme poussée contre laquelle il avait à lutter. Bàli probablement au VI' siècle, il est encore debout dans toute son étendue, sur une longueur d'environ 90 mètres et sur une hauteur de plus de 3 mètres. Dans l'aspect d'un mur en appareil polygonal, il y a, là même où l'ouvrage a été le plus soigné, une sorte d'incohérence, une confusion apparente qui rend l'œil perplexe ; c'est en vain que celui-ci y cherche des lignes qui s'accordent avec les lignes maîtresses du monument, qui y soient parallèles ou perpendiculaires. L'esprit grec, avec le goût inné qu'il avait pour l'ordre, pour ce qu'il appelait le cosmos, devait être particulièrement sensible à ce défaut ; aussi voit-on de bonne heure, dès le temps où furent bâtis les remparts et les tombes à coupole de Mycènes, s'annoncer une tendance très marquée à l'horizontalité des lits d'assises.
A prendre ce parti, on réalisait d'ailleurs une notable économie sur la main-d'œuvre. Dans l'appareil polygonal, il faut faire un sort à chaque pierre, qui ne convient qu'à une seule place ; au contraire, dans l'appareil à assises réglées, toutes les pierres qui ont été dressées sur le chantier peuvent se substituer les unes aux autres, dans presque toutes les parties du bâtiment.
Il n'était pourtant guère possible que l'on arrivât, du premier coup, à une régularité parfaite ; il fallait du temps pour que les ouvriers s'accoutumassent à imposer aux matériaux une forme et une dimension qui, dans chaque bâtisse, fussent pareilles pour tous les éléments du mur. Entre le polygonal et Visodome le plus régulier, il y a ce que l'on pourrait appeler les appareils de
transition où les lits d'as-
151. — Lfr mur polygonal de Delphes. D'après un dessin de Toumaire.
sises sont horizontaux, mais où certains des joints montants sont obliques et où l'on n'a pas évité ies décrochements ; n'ayant pas été taillée à la juste mesure, plus d'une pierre empiète sur l'assise contiguë. C'est ce que l'on voit par exemple dans un mur d'Isionda en Pamphylie, qui présente encore une autre particularité curieuse : des assises très basses, alternant avec d'autres plus hautes, y rappellent les chaînages en bois des constructions primitives (fig. 152). D'essai en essai, on en vint, peut-être dès le vu® siècle, à pratiquer le mode d'appareil qui sera désormais presque seul employé dans la construction d'édifices tels que les temples et qui sera même appliqué
152. — Mur d'Isionda. Élévations principale et latérale. Fellows, Travels and researches in Asia Minot\ etc., in-8, 1852, p. 146.
aux murs de ville : c'est Visodome de Vilruve ; c'est ce que les modernes appellent souvent V appareil hellénique. Dans ce système, si certaines assises sont parfois plus hautes les unes que les autres, toutes les pierres, dans une même assise, sans être toujours de même longueur, ont exactement la même hauteur. Les joints de l'assise supérieure y tombent toujours sur le milieu ou vers le milieu de l'une des pierres du lit inférieur, disposition qui a le double avantage de garantir mieux que toute autre la stabilité de la maçonnerie et en même temps d'être agréable à l'œil (fig. 148). Par la belle symétrie qui y règne, cet appareil donne pleine satisfaction à l'esprit du spectateur, auquel se rappelle ainsi la pensée du maître de l'œuvre qui a réglé l'ordonnance de tout l'édifice. On serait tenté de croire, au premier moment, l'appareil polygonal plus ancien que l'appareil à assises réglées et d'assigner, par là même, une date reculée à tous les édifices où il figure. Ce serait une erreur. A le prendre là où les joints ont la même précision que ceux de l'isodome et où l'exécution est aussi soignée, il n'est point par lui-même
j , ., 153. — Le vieux temple deRhamnunte. Mur de la cella
une marque de haute anti- D^près une photographie.
qui té. Le travail en est aussi
compliqué que celui de l'isodome; en un certain sens, il l'est davantage. La vérité, c'est que l'un et l'autre appareil sont issus, par un même progrès, de ces appareils que nous avons nommés appareih- de transition y où la main du tailleur de pierre, encore incertaine, hésite entre les deux types. Avec le temps, ceux-ci ont fini par se dégager et par se définir nettement ; chacun d'eux a trouvé son emploi dans des constructions d'un caractère différent. On ne s'est guère servi du polygonal pour les édifices proprement dits. C'est par exception qu'on le rencontre dans les temples, comme dans la cella de celui des temples de Rhamnunte, qui est probablement antérieur aux guerres médiques (fig. 153).
Ce qui prouve que la présence du polygonal ne suffit point à dater un édifice, c'est que cet appareil se trouve, dans certaines bâtisses, superposé à un isodome des plus corrects; c'est le cas, par exemple, dans plusieurs édifices de la ville grecque de Cnide, en Asie Mineure
(fig. 154)^ Il est employé concurremment avec Tisodome, en Lycic, dans un bâtiment, des bains publics, qui, d'après le témoignage d'une inscription, a été construit, tout entier « depuis les fondations », au premier siècle de notre ère^ Dans les murs de Cnide, ce même
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