‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 186 sur 349 · Ibidem^ p · texte numérisé non relu

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en reirait. Grâce à cette limitation des faces jointives, on a pu donner à celles-ci un poli qu'il eût élé difficile d'obtenir aussi parfait dans toute l'étendue du champ (fig. 148). 11 ne faut d'ailleurs pas croire que l'on ait attendu jusqu'au v® siècle pour adopter une disposition de ce genre. Déjà, au vieux temple d'Héra, dans le soubassement en pierres qui formait le pied du mur, le maçon a pratiqué ce démaigrissement des assises ; mais il l'a fait avec moins d'art et dans de moins bonnes conditions. Pas de ciselure dont la régularité ménage entre les

148. — Temple de Messa, à Lesbos. Soubassement et mur de la cella. R. Koldewey, Die antiken Bauresle der Insel Lesbos ^ pi. XXII, 18.

deux lits un plan de contact suffisant ; les pierres, évidées suivant une ligne concave, ne se rencontrent que parleurs bords. Trop minces, ces sortes de lèvres sont exposées à se rompre sous l'effort. Dès le siècle suivant, on avait appris, par la pratique, à leur donner l'épaisseur nécessaire.

Les murs de ville avaient plusieurs assises en profondeur, avec un fruit très marqué ; les assises s'y recouvraient les unes les autres. On croyait donc avoir assez fait pour assurer la solidité de la muraille quand, par une taille diligemment exécutée, on avait établi entre les faces opposées des éléments de l'appareil un contact aussi parfait que possible ; mais il n'en était pas de même là où, comme dans le temple, le

mur était beaucoup plus mince et où, en raison même de la fonction qu'elles remplissaient, certaines pierres se trouvaient posées en porteà-faux. Là, pour prévenir tout mouvement, tout déplacement des matériaux et pour les unir plus intimement, on avait eu recours à des moyens mécaniques de liaison, aux crampons de bronze ou de fer, noyés dans des scellements de plomb qui les protégeaient contre l'humidité. Il est curieux que les précautions prises pour consolider l'appareil aient eu pour résultat, en dernier lieu, d'en hâter la destruction, depuis le moment où les édifices, cessant d'être entretenus, ont passé à Fétat de ruines. Là où, dans une brèche, l'enveloppe de plomb, mise à découvert, a fini par se percer, le fer, en s'oxydant, a augmenté de volume et fait, autour de lui, éclater la pierre ; mais ce qui a causé encore plus de ravages, c'est, en bien des endroits, le travail qu'ont entrepris, dans les temps de misère, les habitants des humbles villages qui avaient remplacé les antiques cités. Pour ces pauvres gens, le moindre morceau de métal avait de la valeur ; ils ont éventré la muraille pour en arracher ces ferrures. Plusieurs monuments portent la trace visible de ces dévastations.

Dès la fin de l'âge mycénien, on avait cessé de construire en blocs à peu près bruts, comme on en rencontre dans les murs de Tirynthe. Cette méthode avait quelque chose de grossier, presque de barbare : elle ne mettait pas assez de diff'érence entre les ouvrages de la nature, qui parfois empile ainsi les quartiers de roc, et ceux de l'homme, où il aime à imprimer la marque de sa volonté. L'architecture grecque, pendant son âge d'or, ne cherchera d'ailleurs pas à étonner l'œil par l'énormité des matériaux qu'elle emploiera ; si quelques pierres ouvrées ne laissent pas d'offrir, dans tel ou tel édifice, des dimensions exceptionnelles, c'est que celles-ci étaient commandées parles nécessités de la construction. Tel sera, par exemple, le cas pour certaines colonnes monolithes, pour certaines architraves qui auront de grands vides à couvrir. On n'en est pas moins fondé à dire que là le constructeur n'a pas tendu au mégalithisme. L'effort que celui-ci représente est surtout un effort musculaire ; à ce titre, il reste d'ordre inférieur. Ce qui caractérise l'appareil dont seront faits les édifices que nous aurons à passer en revue, c'est qu'il est presque uniquement composé de matériaux qui doivent à la médiocrité de leurs dimensions l'avantage de se laisser aisément tailler dans la carrière, d'être d'un transport et d'un montage faciles ; ces matériaux de moyen échantillon sont ceux qui se prêtent le mieux à servir les desseins de l'architecte.

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On peut considérer le mur à deux points de vue, d'une part dans l'aspect qu'il présente au spectateur qui n'en aperçoit que les faces externes, et, d'autre part, dans sa construction interne, qui ne se révèle que là où un accident en a renversé la crête ou déchiré le flanc. Il convient de commencer par ce qui se voit tout d'abord, quand on se trouve en présence d'un fragment de mur antique et que l'œil en mesure l'élévation.

Parmi les divers types d'appareil que Ton rencontre dans les bâtiments de la période archaïque, s'il en est un qui semble donner l'impression d'une haute antiquité, c'est celui que l'on appelle appareil polygonal. On l'a confondu parfois avec Y appareil cyclopéen ; mois il en

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certaine habileté professionnelle et surtout en ce que les joints y sont parfois aussi fins et aussi serrés que dans l'appareil à assises réglées (fig. 149).

Ce qui le caractérise, c'est que les pierres qui le constituent ne sont que par exception des parallélipipèdes ; beaucoup d'entre elles offrent des surfaces qui affectent la forme d'un polygone irrégulier, d'un pentagone ou d'un hexagone à côtés inégaux; il n'y en a pas deux, dans un pan de mur, qui soient exactement pareilles de dimensions et de contour. Par leurs angles rentrants et sortants, elles s'emboîtent les unes dans les autres ; le terme qui définirait le mieux la physionomie de cet appareil serait celui d'appareil à enchevêtrement. Le massif ainsi constitué doit à cet enchevêtrement, à cet emboîtement des matériaux, une extrême solidité; aussi Ta-t-on employé de préférence pour les murs de soutènement et pour les murs de ville, surtout dans les parties de l'enceinte qui, voisines des portes, étaient les plus exposées aux attaques de l'ennemi (fig. 150). C'est ce qui fait que, dans certains de leurs travaux, aujourd'hui encore, nos ingénieurs font volontiers usage d'un appareil de ce genre.

D'ordinaire, c'est une ligne brisée qui cerne la face apparente de chaque bloc ; mais une variante curieuse du type traditionnel est fournie par la puissante muraille qui supportait la terrasse sur laquelle

Mur de soutènement près du Dipylon, à Athènes. Durm, Handbuch, fig. 45.

était bâti, à Delphes, le temple d'Apollon. Là, le lacis que dessinent les joints, dans tout le champ de Tample paroi, n'est pas fait, comme ailleurs, de lignes droites ; toutes les lignes qui constituent ce réseau sont des lignes courbes, qui décrivent les sinuosités les plus capricieuses (fig. 151). Cette préférence accordée au tracé curviligne compliquait le travail de la taille. Donnait-il à l'ensemble une force de résistance supérieure ? Je ne sais ; toujours est-il que ce mur, avec son soubassement en légère saillie, a merveilleusement rempli son office, malgré

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