Appareil à gradins. Diagramme
pierre, des tenons saillants. « Ces tenons aidaient à remuer la masse, ou bien ils marquaient l'épaisseur de pierre enlevée lors de la taille; c'étaient tantôt des instruments de levage, tantôt des témoins servant à fixer les bases de la rétribution due aux ouvriers *. »
Jusqu'au v** siècle tout au moins, l'architecte n'avait pas coutume de conserver ces saillies auxiliaires, celles des panneaux entourés d'une ciselure et celles des tenons ; on les avait réservées en vue des services qu'elles pouvaient rendre; une fois inutiles, elles devaient disparaître ; là où elles subsistent, c'est que le bâtiment n'a pas reçu la dernière main. Beaucoup plus tard, ce qui n'était d'abord qu'un expédient fut tourné en décoration. La vue de nombreux édifices où le travail était resté interrompu habitua les yeux à ces formes provisoires.
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156. — Coupe transversale de la cella du temple de Poséidon à Pœstum*.
Celles-ci trouvèrent dans leur ancienneté même une sorte de consécration. De là naquirent les difTérentes sortes de bossage, avec la variété des ciselures où leur relief s'encastre, et les tenons, parfois taillés en pointes de diamant, devinrent des ornements qui servirent à donner aux champs de la muraille un aspect plus robuste.
Le goût simple et franc de l'art archaïque ne connaît pas ces raffinements; mais pourtant on rencontre aussi, dans les monuments de cette période, telle disposition qui ne s'explique que par l'efTet de l'habitude. En voici un exemple. Si, dans les murs d'enceinte, l'appareil est, du haut en bas, semblable à lui-même, il en est autrement dans les murs des temples. Là, entre la plus basse des assises qui constituent la muraille et l'aire sur laquelle porte cette muraille, il y a un intervalle que remplit une rangée de grandes dalles posées de champ, rangée qui est double en épaisseur. Beaucoup plus hautes que les pierres des lits d'assises, ces dalles font sur le nu du mur une saillie de 8 à 10 millimètres (fig. 156). Par leurs dimensions comme par
i. Choisy, Vari de bâtir chez les Romains ^ p. 111.
2. La ligne concave que dessine ici le pavé de la cella est empruntée à un relevé de Durm {Handbuchf fig. 48).
ce léger ressaut, les dalles en question se distinguent donc nettement de l'appareil qui les surmonte, et elles dessinent ainsi, dans la partie inférieure du mur, comme une sorte de plinthe continue. Cette particularité, nous en avons déjà rendu raison quand nous cherchions à montrer quelle influence l'architecture de Tâge mycénien a exercée sur celle de Fâge classique*. On ne saurait guère, avons-nous dit, voir dans cet arrangement qu'un souvenir du soubassement de pierre qui, dans les bâtisses dont le corps était en briques crues, venait toujours s'interposer entre la terre mouillée et le massif d'argile, qu'un souvenir aussi des revêtements, lourdes plaques de calcaire ou planches épaisses, qui, là où le mur était fait de petits matériaux, en protégeaient la partie la plus voisine du sol.
L'agencement des matériaux, dans l'intérieur du mur, ne comporte pas une moindre variété que l'aspect des parements. Il faut distinguer entre les murs auxquels incombe la charge de résister à de violentes poussées, comme les murs de soutènement d'une part, et, de l'autre, ceux qui, comme les murs de la cella du temple, n'ont qu'à porter les parties hautes de l'édifice. Les premiers doivent nécessairement être plus épais. Us ne sont pas partout construits de même façon ; c'est ce que l'on constate à Assos, où le grand temple dorique et les fortifications de la ville paraissent dater du vi® siècle. L'enceinte est bâtie en assises réglées. Par endroits, le mur est fait de carreaux et de parpaings qui alternent dans chaque assise (fig. 157). Les parpaings traversent le mur dans toute sa profondeur : les carreaux ne se touchent point par leurs faces postérieures ; ils laissent entre eux un vide. Au-dessus des portes d'entrée, dont il importait de décharger le linteau, la disposition change. Les parpaings ne reviennent que de trois en trois assises ; les vides tiennent ainsi plus de place dans la
i. Histoire (k l'Art, t. VI, p. 729 et fig. 321. C'est d'ailleurs Dœrpfeld qui, croyonsnous, a le premier présenté cette explication [Der antike Ziegelbau und sein Einfluss auf dem dorischen Stil, p. 143).
157. — Appareil du mur d' Assos. D'après le géométral de Texïer, Description^ pi. XI.
maçonnerie. Ailleurs, où le mur est plus massif, où il a une épaisseur de 2"", 85, c'est encore autre chose : on a renoncé aux parpaings, auxquels il aurait fallu donner une dimension inusitée ; les parements sont faits de carreaux et de boutisses, le vide qui forme à peu près le tiers du mur étant comblé par des moellons qui épousent les creux et les saillies des pierres qui forment le parement. C'est un procédé familier au constructeur romain que celui de ce remplissage en petits matériaux ; le constructeur grec n'en a pas fait un fréquent usage.
Le principe est le même dans les murs de soutènement : les carreaux y alternent avec de longues boutisses qui s'enfoncent dans les terres dont le poids est supporté par cette maçonnerie. Toute la différence est que là le mur, pour mieux résister à cet effort, est souvent
iTiS. — Mur de cella/ Diagramme.