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LES FONDATIONS ET LE STYLOBATE

Au temple, il fallait des fondations ; si celles-ci n'avaient pas été solidement assises en terre, l'équilibre de la construction eût été à la merci du moindre tassement; l'harmonie obtenue par des combinaisons subtiles et par une exécution diligente aurait été bientôt troublée. Comment les Grecs s'y sont-ils pris pour parer à ce danger? Ce souci de la perfection que l'on admire dans beaucoup de leurs ouvrages se marque-t-il aussi bien dans les parties souterraines que dans les parties apparentes de leurs édifices religieux? Les données ne manquent point qui permettent de répondre à cette question ; au cours des fouilles qui ont dégagé plus d'un temple de ses ruines, on a eu l'occasion d'en déchausser les fondations; on a pu les étudier ^

Là où, comme en Sicile, les temples sont faits d'un tuf assez grossier,

i, HoMOLLE, Les travaux de VÉcole française d'Athènes dans Vile de Délos^ pi. I (dans le recueil des Conférences de l'Exposition internationale de 1889, in-S*», 1890).

2. La plupart des faits que nous signalons sont empruntés à Durm (Die Bauktmst der Griechen, 2« édition, 1895, p. 66-71). Dans le chapitre de cet excellent manuel qui a pour titre Fundamente^ on trouvera plus de détails et de figures que n*en comportait le plan de notre livre. Nous n'avons donné ici que l'essentiel.

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la même roche était utilisée pour le corps du bâtiment et pour les fondations. Au contraire, pour celles-ci, lorsque le temple était de marbre, on se contentait d'une matière plus commune. C'est ainsi qu'au Par- Ihénon la pierre des assises enfouies en terre n'a pas été empruntée au Pentélique; elle a été tirée des carrières du Pirée, plus voisines et où l'extraction était plus aisée; c'est un calcaire très compact. Rien de plus naturel; tout ce qu'on est en droit de demander aux matériaux affectés à cet usage, c'est qu'ils résistent bien aux pressions qu'ils supportent et à l'humidité du sol. Ce même caractère d'économie, on le retrouve dans les dispositions qui ont été adoptées pour l'infrastructure des édifices: l'architecte s'est contenté du strict nécessaire. Partout il n'y a de fondations que sous la bâtisse ; aux vides du monument correspond un vide dans les fondations. Un premier mur porte le stylobate ; d'autres murs souterrains correspondent aux murs de la cella et à ceux qui en constituent le pronaos et l'opisthodome (fig. 213, pi. IV).

Ces murs mêmes sont loin de présenter partout le genre d'appareil qui semblerait devoir donner la plus parfaite solidité. Il y en a où la pierre de taille n'apparaît que sous forme de piliers entre lesquels l'espace est rempli par des moellons noyés dans un mortier de boue. Ailleurs, ces vides ne sont bouchés que par des débris et des éclats de pierre, jetés là pêle-mêle.

De tels procédés trahissent une certaine précipitation; s'ils ne paraissent pas, en général, avoir compromis la stabilité des temples, c'est que là le constructeur rencontrait presque toujours le roc vif à une très faible profondeur; ce roc, avec sa consistance, lui fournissait, pour ses fondations, la meilleure de toutes les bases. Par malheur, il n'offrait pas partout une surface horizontale; sa crête pouvait dessiner une ligne brisée, ou, par endroits, inclinée à pente rapide. On se voyait alors astreint à le suivre dans tous ses caprices, ce qui amenait à donner aux substructions, d'une partie à l'autre du bâtiment, des hauteurs très inégales. C'est ce que nous constaterons, notamment,

213. — Le métroon d'Olympie. Coupe longitudinale et fondations en plan. Dunn, fig. 51.

Ali LA GRÈCE ARCHAÏQUE.

quand nous étudierons le Parthénon. Nous verrons jusqu'à quelle profondeur il a fallu descendre, sur la face ouest et à Tangle sud-ouest du temple, pour atteindre le roc sur lequel on voulait asseoir les fondations du puissant édifice.

On ne saurait citer d'autre exemple d'un travail aussi considérable.; mais ailleurs encore il y a de ces différences qui tiennent à la conformation et à la composition du terrain. La partie antérieure de THérfiBon d'Olympie a pour sous-sol un lit de sable dur et compact : aussi là n'y a-t-il pour ainsi dire pas de fondations; dans le pronaos, celles-ci se réduisent, sous la dernière assise visible, à une assise enterrée. Vers l'ouest au contraire, le temple se superpose à un lit de graviers et de galets, apport du torrent. A partir du point où commence ce dépôt, la fondation prend de l'importance; elle a, sous le stylobate et le mur de la cella, 2"»,60 de profondeur, avec une épaisseur de 3™, 68 (pi. IV). A Delphes, on ne l'a pas constaté sans surprise, le temple d'Apollon était assis sur une suite de chambres basses et de couloirs qui formaient, au-dessous du stylobate, comme un étage souterrain. Là, bien que le monument remonte à un âge reculé, toutes les précautions nécessaires ont été prises; aussi paraît-il singulier que, dans certains édifices de date plus récente, tels que les trésors, les fondations aient été exécutées avec une sensible négligence. Il y en a où elles ne sont faites que de gros cailloux jetés en désordre sous les pierres de taille*. Ces chapelles, avec leurs courtes colonnes et leurs murailles très minces, n'étaient pas lourdes à porter; d'ailleurs elles étaient toutes groupées sur une même terrasse. Celle-ci s'appuyait par derrière à la masse de la colline et^ par devant, de fermes emmarchements l'encadraient dans toute sa longueur. C'était là, pour cette suite de bâtiments, comme une base commune, qui en assurait la durée.

Si, là où les temples ont été dressés sur le roc, l'explorateur a d'ordinaire toute facilité pour en inspecter les fondations, cette étude lui devient très malaisée, lorsqu'il s'attaque à des édifices qui ont été construits dans une plaine basse et humide. Veut-il descendre très bas, l'eau envahit ses tranchées. C'est ce qui est arrivé en 1874 à Wood dans ses fouilles d'Éphèse^ Il eût été intéressant de pouvoir examiner de près l'infrastructure du célèbre temple d'Artémis. On aurait aimé à savoir comment l'architecte grec avait modifié ses procédés pour les

i. DuRM, fig. 49.

2. Wood, DUicoveries at EphesuSj including the site and remains of ihe great temple of Diana, p. 258-259 (S*», 1877).

adapter à des conditions si différentes de celles où s'exerçait d'ordinaire son industrie. Est-il vrai, comme l'assure Pline, que la raison du choix de cet emplacement ait été l'idée que l'édifice établi sur ce terrain marécageux serait, par là même, mieux protégé contre les tremblements de terre? Nous Tignorons; mais le souvenir s'élait conservé des travaux qui avaient été exécutés à l'effet de créer, dans ce terrain fangeux, un banc artificiel où poser les fondements du temple. Ce qui avait servi à constituer ce banc, c'était, racontait-on, un mélange de charbon pulvérisé et de flocons de laine*. L'assertion peut paraître étrange; il ne semble pourtant pas que tout y soit inexact. Tout au fond de trous creusés contre le pied du mur de la cella, Wood a retrouvé, sinon la laine, tout au moins le charbon; celui-ci formait, sur ces points, une couche d'environ 7 centimètres, qui était comprise entre deux couches, un peu plus épaisses, d'une sorte de mastic ou de mortier. Quant aux fondations proprement dites qui venaient s'appuyer sur ce triple lit, elles n'étaient faites, là où on les a entrevues, que de pierres d'un faible échantillon.

Nous pourrions multiplier ces remarques; elles laisseraient toutes la même impression. Le constructeur grec n'a pas été au-dessous de lui-même dans cette portion de sa tùche ; mais il n'y a pas mis de recherche et de luxe. Hors peut-être au Parthénon, où toutes les parties de l'œuvre et jusqu'au moindre détail se ressentent de la haute ambition qui a présidé à la noble entreprise, il s'est contenté du strict nécessaire.

Avec le stylobate, qui est la base visible de l'édifice comme la fondation en est le support secret, l'exécution de l'appareil devient plus constamment régulière. Du jour où le bâtiment commence à sortir de terre, l'architecte impose à l'ouvrier des façons qui soient en rapport avec le caractère du monument que la cité consacre au dieu sous la protection duquel elle s'est placée par l'érection du temple.

C'est partout une suite d'amples degrés qui rattache au sol le dessus du stylobate, la plate-forme sur laquelle repose le pied des colonnes ; mais ces degrés ne sont pas partout en même nombre. Dans quelques temples de la Sicile, il y en a cinq et jusqu'à six; ce dernier chiffre est atteint, à Agrigente, dans le temple de Zeus. Les temples C et R, à Sélinonte, en ont quatre (pi. XXI, 8) -. On n'en compte que deux dans le

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