PI. XXV
LA COLONNE DORIQUE
ÉLÉVATIONS GÉOMÉTRALES
élasticité. Quel que soit le profil de la colonne, les cannelures y sont toujours recoupées, dans le voisinage et à une faible distance du chapiteau, par une ou plusieurs rainures, de faible profondeur, qui font le tour du fût; c'est ce que Ton appelle les annelets ou les filets. Parfois, il n'y a de filets que tout en haut du fût, là où il rencontre le chapiteau (pi. XXIV, 2). Le plus souvent, un ou plusieurs annelets, placés un peu plus bas, dessinent là comme une sorte de collier (pi. XXIV, 3, 4, 5, 6, 7). L'esprit grec, avec son habitude de tout animer et de tout personnifier dans la nature et dans l'art, s'est complu à comparer la colonne au corps humain ; il a même été jusqu'à lui prêter tel ou tel sexe, suivant qu'elle appartenait à tel ou tel ordre. Pour lui, le chapiteau était la tête de la colonne, comme l'indique le terme qui, dans toutes les langues, désigne cette partie du support. En vertu des mêmes analogies, on avait assimilé au cou de l'homme l'espace que circonscrivaient l'annelet supérieur et l'annelet inférieur. Les Grecs l'appelaient hypotrachélion (mot à mot « ce qui est au-dessous du cou », le cou étant l'annelet supérieur, la jonction du fût et de l'échi- 220. - Raccordement nos); nous le nommons qorqerin^. des cannelures avecie
' , . chapiteau. Métaponte,
C'est augorgerin qu'aboutissent et que finissent De Luynes et Debacq. les cannelures; elles ne le font pas partout de la même façon. Dans plusieurs des plus anciens temples, il y a, entre le fût et l'échiné, une gorge dont le creux est parfois très marqué. Les cannelures vont alors finir en pénétration sous l'échiné ou s'y perdre en laissant leur creux s'effacer insensiblement; c'est le cas à Métaponte [colonne Paladine), où la cannelure s'amortit en suivant la circonférence (fig. 220). Ailleurs, et c'est la disposition qui prévaudra dans l'âge classique, le fût se relie directement à l'échiné, sans l'intermédiaire de cette gorge, et alors la cannelure se termine franchement, sous les filets supérieurs, par une courbe elliptique (pi. XXIV, 7, 15).
C'était avec le joint qui se cachait dans le refouillement de l'annelet que commençait d'ordinaire le bloc dans lequel était taillé, d'une seule pièce, le chapiteau; mais, entre celui-ci et la montée directe du fût, l'art avait tenu à ménager une transition. Le passage d'une forme à l'autre s'opère, suivant les époques, de plusieurs façons. Nous avons signalé la moulure rentrante qui, dans le chapiteau de quelques vieux temples, s'insère sous l'échiné; à son sommet, elle se recourbe en
1. Vitruve emploie plusieurs fois le mot hypotrachélion^ mais sans nulle part le définir. Il résulte pourtantde cespassages que c'est bien à notre gorgerin qu'il l'applique.
dehors et fait saillie sur Féchine (pi. XXVI, 10, 11, 14, 17). C'est comme une espèce de scotie dont le creux est rempli par une série de feuilles dont les bouts, ciselés en saillie, retombent en dehors. Ce gorgerin comporte une grande diversité de dispositions et d'ornements, dont nous avons essayé de donner une idée en groupant les motifs réunis dans la pi. XXVl*. Voici le chapiteau delà stèle de Xénarès qui, d'après son inscription, paraît dater de la première moitié du vi® siècle (pi. XXVI, 16 et 17). Le bas des feuilles y était indiqué en deux couleurs dans les sillons du gorgerin ; il n'y a que leurs pointes qui, découpées dans la pierre, se détachent et s'arrondissent en manière de collerette. Dans le chapiteau du trésor de Syracuse, à Olympie, point de reliefs (pi. XXVI, 13). A Pestum, dans le petit temple auquel on a attaché le nom de Déméter et dans le Grand portique (la Basilique) , les feuilles sont modelées dans le tuf et, au-dessus d'elles, le ciseau a encore ajouté une décoration supplémentaire, à la base de l'échiné (pi. XXVI, 4, 7, 12). C'est, ici, une tresse (pi. XXVI, 3), et là des fleurs de lotus, des palmettes ou des rosaces (pi. XXVI, 2, 5)'. Ces feuilles ainsi placées dans le col du fût sont un héritage du passé. C'est l'art mycénien qui en a fourni le modèle à l'art classique ; nous les avons rencontrées et signalées dans les fragments du Trésor d'Atrée, où elles enveloppent tout le coussin qui forme la partie inférieure du chapiteau ^
Parut-il aux architectes, quand leur goût s'épura, qu'une telle parure n'était pas en rapport avec la simplicité sévère qui caractérisait l'ensemble de la colonne dorique? Nous ne savons; mais toujours estil que dans les temples de marbre à Athènes, on ne trouve plus rien
1. Planche XXVI. 1. Chapiteau de la basilique de Pestum, vu en dessous. D'après Labrouste {Les temples de Pestum, T^h 19) etPuchstein, dos lonische CapUell, fig. 40 et 4i. Les ornements d'après Puchstein. — 2, 3, 4, 5, 6. Divers ornements des chapiteaux du même édifice. Puchstein, fig. 40- et 41. — 7 et 8. Détails de chapiteaux du même édifice. Puchstein, fig. 40 et 41. — 7 et 8. Détails de chapiteaux du même édifice. Durm, fig. 68. — 9, 10, 12. Le chapiteau du temple de Déméter, élévation et détails, d'après Durm, fig. 68. — 11. Coupe de Téchine d'ua chapiteau de ce même édifice, d'après Labrouste, pi. XI V. — 13, 14, 15. Chapiteau du trésor de Syracuse, élévation et profil. Olympia, pi. XXIV. — 16 et 17. Chapiteau d'une colonne funéraire, à Corcyre. Élévation et profil. Puchstein, dg, 39.
2. C'est M. Puchstein qui a été le premier à rappeler l'attention sur cette curieuse ornementation du gorgerin de certaines colonnes doriques (Das lonische CapUell, 1887, Reimer, in-4°, p. 48-50). Elle avait déjà été notée et signalée par Lagardette, dans son ouvrage trop oublié {Les ruines de Pestum, in-fol. an 7). Il a relevé ces détails et les a dessinés dans sa planche XI, E, F, G, H, I.
3. Histoire de l'Art, t. VI, p. 727, fig. 203, 204, 280, 281.