‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 235 sur 349 · ORNEMENTATION DU G0R3ERIN · texte numérisé non relu

ORNEMENTATION DU G0R3ERIN

qui ressemble à cette décoration compliquée du gorgerin. Celui-ci disparaît dans la colonne de ces édifices, ou, pour parler plus exactement, il n'y est plus représenté que par quatre ou cinq annelets (les armillœ de Vitruve), d'une très faible saillie et fort rapprochés les uns des autres ; il en est déjà ainsi à Pestum, dans le temple de Poséidon (pi. XXIV, 7). Ces annelets forment comme les fils serrés d'un second collier. En même temps que des colliers qui pendent sur la gorge, n'y en a-t-il pas d'autres, dans la parure féminine, qui ceignent le cou, au-dessous même du menton?

Le chapiteau comprend deux membres, V échine (eyjvo;), de forme circulaire, et Y abaque (x6aS), de forme carrée. C'est toujours, pour l'architecte, une difficulté sérieuse que d'arriver à établir, entre le fût conique et l'architrave quadrangulaire, une jonction qui satisfasse aux lois de la statique et qui, en même temps, plaise à l'œil. Cette difficulté, l'architecte mycénien l'avait sentie, et il s'était avisé de la seule méthode qui pût conduire l'artiste à en triompher. Pour opérer le passage d'une forme à l'autre, il avait imaginé de poser un plateau carré sur un bourrelet ou coussin de section circulaire. Son successeur n'eut qu'à allonger la courbe du tore et à élargir l'abaque ; ces changements de profil suffirent à créer un chef-d'œuvre. Jamais l'art n'a donné de ce problème une solution qui soit tout ensemble plus simple et plus élégante que celle dont le chapiteau dorique est l'expression. L'échiné, à sa partie inférieure, est de même diamètre que le sommet du fût; à son sommet, elle est circonscrite par les quatre côtés du champ de l'abaque. Les deux surfaces se joignent ainsi ; il n'y a de vide que sous les quatre coins de labaque qui sont en porte-à-faux.

Dans les monuments les plus anciens, le contour de Téchine décrit une courbe très évasée, une courbe ventrue et molle qui, d'ordinaire, se termine, à la rencontre de l'abaque, par un léger retrait. Il en est ainsi dans le chapiteau d'un temple dorique dont quelques fragments ont été retrouvés dans la citadelle de Tirynthe, dans les chapiteaux du temple D de Sélinonte et du temple de Métaponte (pi. XXIV, l , 12, 4, 2). A Corinthe, la courbe a déjà commencé à se relever (pi. XXIV, 3). Avec le chapiteau du temple de Poséidon, à Pestum, ce redressement est déjà plus marqué (pi. XXIV, 7). Dans les ouvrages du beau temps, l'échiné est un tronc de cône renversé; la courbe s'est affermie. EUç se tend encore plus dans les chapiteaux des derniers siècles de l'âge classique; elle acquiert alors une élégance qui n'est pas exempte de

quelque sécheresse; elle manque d'ampleur. Si, par un point pris au milieu de la courbe, on mène une tangente à cette courbe, la tangente fait avec la ligne horizontale, prolongement du plan de Fabaque, un angle qui, dans les plus vieux chapiteaux, est d'environ 30 degrés, de 45 au Parlhénon et de 50 à 55 dans les chapiteaux les plus récents.

Le chapiteau se termine par l'abaque, plateau carré, dont la hauteur est tantôt supérieure, tantôt un peu inférieure à celle de l'échiné, sur lequel il ne fait point de saillie ou n'en fait qu'une très faible. C'est par son intermédiaire qu'achève de s'opérer le passage des formes montantes du support aux formes horizontales de l'entablement. L'échiné et l'abaque ont ainsi, avec des profils différents, des fonctions distinctes ; mais ils n'en font pas moins, à eux deux, un seul membre d'architecture : ils sont toujours taillés dans le même bloc. Il n'en est autrement qu'au temple de Zeus à Agrigente. Là les dimensions colossales de l'édifice et le fait que les colonnes y sont engagées ont appelé d'autres dispositions; l'échiné et l'abaque y sont des pièces séparées, dont la queue est prise dans l'appareil du mur. Partout ailleurs c'est un tenon, le plus souvent une tige de métal, qui relie le chapiteau au dernier des tambours du fût (pi. XXIV, 1).

Une autre règle générale qui, celle-ci, ne souffre aucune exception, c'est que, dans l'ordre dorique, ni l'échiné, ni l'abaque ne reçoivent jamais aucun décor sculpté. Point d'autres ornements que ceux du gorgerin, et encore, dans les types où l'art grec a dit son dernier mot, sont-ils réduits à de simples filets. Il ne semble même pas que, là, le pinceau ait essayé de suppléer à l'abstention du ciseau. Toute la beauté du chapiteau était dans l'heureuse proportion de ses parties et dans la noblesse de ses lignes.

Il n'en est pas tout à fait de même des chapiteaux qui, au lieu d'entrer dans la composition d'un édifice, surmontaient soit des stèles funéraires, soit des colonnes destinées à porter un objet de prix ou une figure votive. Alors même que, par le caractère général de leur forme, ils rappellent le chapiteau dorique et se rattachent à lui plus qu'à tout autre type, ils présentent des particularités très curieuses; ils constituent une autre série. Un certain nombre de ces monuments ont été retrouvés, au cours des fouilles de l'Acropole, dans les décombres qui provenaient des destructions que les Perses ont opérées dans l'intérieur de la citadelle ; ils appartiennent donc presque tous au vi® siècle ou aux premières années du v^. Les singularités de ces chapiteaux s'expliquent par la nature spéciale de la fonction qu'ils avaient à remplir. Si

quelques-uas d'entre eux reproduisent le type du chapiteau de la colonne des temples, d'autres s'en écartent très sensiblement. On ne leur demandait pas d'établir une liaison entre le fût et l'entablement ; on a donc pu se dispenser de donner une forme carrée à l'abaque. Celui-ci , dans la plupart de ces pièces , est un plateau circulaire qui surmonte une échine en forme de corbeille (pi. XXVI, 16). Presque toujours l'échiné et parfois aussi l'abaque ont reçu une élégante décoration peinte, dont les motifs sont des feuilles ou des palmettes; on rencontre aussi là des losanges ou des écailles, souvent le méandre. L'ornementation varie; elle est partout brillante et gaie*. Quand, du temps de Solon, de Pisistrate ou de Clisthène, quelque Eupatride consacrait à la déesse protectrice de la cité un trépied où l'ivoire et l'argent mêlaient leur blancheur à l'éclat de l'or, quand il lui dédiait une statue de femme où courait, tout le long de la draperie, une bordure dont le dessin se détachait en rose ou en bleu sur le ton mat du marbre, il voulait que le piédestal du meuble ou de l'image fût en rapport avec la richesse de l'offrande.

Les peintres de vases, dans leurs tableaux, ont plus d'une fois placé des bâtiments, temples, portiques ou fontaines, qui leur servent à meubler le champ et à mieux définir le sens des scènes qu'ils représentent. Toute sommaire que soit, dans ces esquisses, l'indication des formes, elle est pourtant parfois assez précise pour que l'on y reconnaisse des types dont d'autres épreuves ont été recueillies dans les restes des édifices. Sur le beau cratère du vi® siècle, que les archéologues appellent, du nom de celui qui l'a découvert, le vase François j il y a l'image d'une construction en style dorique, élevée au-dessus d'une fontaine (fig. 221). Le chapiteau de la colonne y a l'aspect d'une assiette creuse. Quant aux chapiteaux piriformes que le même peintre a prêtés aux colonnes de ce qui doit être un temple, dans un autre des tableaux de ce vase (fig. 222), peut-être ne faut-il voir dans la forme qui leur a été attribuée là qu'une sorte d'abréviation conventionnelle; cependant on rencontre, au moins dans les colonnes votives, quelques chapiteaux qui offrent ce profil; il y en a soit à Cypre^ soit à Athènes. On n'a pas, dans ces peintures, des architectures de fantaisie, du genre de celles qui, dans les fresques de Pompéi, amusent l'œil par leurs proportions invraisemblables et leurs irréalisables caprices.

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