‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 238 sur 349 · L'INCLINAISON DES COLONNES · texte numérisé non relu

L'INCLINAISON DES COLONNES

(pi. XXVII, 1) ; c'est d'après le temple d'Égine que nous le figurons (pi. XXVII, 2, 3, 4, 5, 6). Les colonnes du portique sont toutes légèrement penchées, sur les quatre faces de l'édifice, vers le mur de la cella. En conséquence de cette disposition, les colonnes angulaires ont une double pente. Il est à remarquer que, si Ton considère les génératrices des colonnes dans les coupes longitudinale et transversale du temple, celle qui est du côté du mur se rapproche beaucoup plus de la ligne verticale que celle qui est tournée vers le dehors.

L'autre méthode est plus compliquée et l'emploi n'en a été signalé jusqu'ici que par un seul observateur, Pennethorne, et à propos d'un seul édifice, le temple de Thésée (pi. XXVII, 7). Là, sur les deux fronts, les colonnes s'inclinent vers le mur de la cella et, en même temps, vers l'axe longitudinal de l'édifice; cette inclinaison est d'autant plus marquée que la colonne est plus éloignée de cet axe, de l'entre-colonnement central. Sur les grands côtés du parallélogramme, les colonnes se comportent comme dans l'exemple précédent; c'est surtout à l'extérieur que se prononce la pente ; elle est à peine perceptible sous le portique. Presque partout, elle ne se révèle qu'à un examen minutieux, fait avec des instruments de précision ; elle est pourtant sensible, dans les colonnes d'angle, au moins pour l'œil exercé d'un homme du métier.

La raison d'être de cet artifice, on l'a cherchée dans les lois de la statique et dans celles de l'optique. Les unes et les autres ont peutêtre concouru à suggérer l'idée d'une telle disposition. Dans le cas d'un tremblement de terre, les supports inclinés vers le dedans de l'édifice devaient mieux résister que ne l'auraient fait des supports verticaux à un mouvement de translation qui les aurait projetés vers l'extérieur. D'autre part, au Parthénon, le mur de la cella a un léger fruit; il semble ainsi, dans sa partie haute, pencher vers le dedans de l'édifice, tandis que, par suite de l'amincissement du fût, la ligne de la colonne s'infléchit dans le sens opposé, vers le dehors. Il y a ainsi, en élévation, une certaine divergence entre les deux enveloppes du sanctuaire, entre le mur et les supports du portique extérieur. C'est ce contraste que l'on se serait proposé d'atténuer en écartant de la verticale l'axe des colonnes; la déviation ne fût-elle que de quelques centi-

sur les deux faces du temple. 5. Inclinaison perpendiculaire au mur de la cella et nulle en projection verticale. 6. Inclinaison perpendiculaire aux murs latéraux de la cella. Dans ces figures, les lignes ponctuées marquent la direction du fil à plomb. 7. Les colonnes du temple de Thésée d'après Pennethorne, The geometry and optics of ancient architecture (in-folio, Londres, 1878), partie IV, pi. XV, fig. 2.

mètres, la colonne paraissait ainsi suivre le mouvement du mur; elle tendait à lui devenir parallèle ^

Pour donner une inclinaison plus ou moins forte à une colonne composée de plusieurs tambours et comprise entre deux plans horizontaux^ celui du stylobate et celui de l'archilrave, il avait fallu recourir à certains artifices dont nous ne saurions exposer ici la théorie^ C'était par une taille spéciale, réservée aux deux tambours inférieur et supérieur, que l'on obtenait le résultat voulu. Les lits de ces tambours n'étaient pas horizontaux, et, par conséquent, ces tambours n'avaient pas, en dedans et en dehors, la même hauteur ; mais les joints des tambours compris entre les tambours extrêmes étaient généralement parallèles entre eux. C'est d'ailleurs surtout dans les temples doriques d'Athènes et à Paestum (pi. XXVIIl et m«^<^^<^^t-i XXIX) que l'on rencontre ces combinaisons sa- » ç vantes et ces finesses (fig. 225) ; on les chercherait en vain dans la plupart des temples de la ^^ Sicile\ Nous aurons l'occasion de revenir sur ce 225. —Coupe du tambour sujct daus la suitc de CCS études.

inférieur des colonnes -. . i»i £ji ■»

extérieures du temple Lcs colouncs d angle sout, daus bcaucoup de

de Poséidon, à Pœstum^ templcS, UU DCU pluS grOSSCS OUC IcS autrCS. Vi- Durm,//am/6Mc/i.fig.72, ^ ^ .^ ,, ^ ? , ^ , ,, ,

truve présent d engraisser les colonnes d angle ; il fixe même au cinquantième du diamètre la mesure normale de cette augmentation et voici la considération par laquelle il justifie cette pratique*. Si celle-ci est nécessaire, c'est, dit-il, que « ces colonnes sont enveloppées d'air » et qu'elles risquent ainsi de sembler au spectateur plus grêles que leurs sœurs, qui se profilent sur le mur. On a exprimé un doute à ce sujet. Avec la forme qu'a le temple, aveô des fûts aussi rapprochés les uns des autres que le sont ceux du portique, on n'avait guère, a-t-on dit, l'occasion de voir la colonne d'angle se détacher seule sur le ciel et en paraître amaigrie*. Pour trouver le point d'où elle se présente sous cet aspect, il faut le chercher,

1. C'est ce que suggère Durm, qui écarte les autres explications (Baiikunsty p. 05). On a cru trouver, dans un passage de Cicéron (In Verrem, II, i, 133), une allusion à cette inclinaison que Tarchitecte a parfois imposée, de parti pris, à la colonne. Il paraît plus vraisemblable que Torateur a voulu seulement rappeler là que, dans la pratique, il n'était pas aisé de donner à toutes les colonnes des axes qui fussent rigoureusement verticaux.

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