LE TEMPLE DE POSEIDON A P/E3TUM
ELEVATION (ÉTAT ACTUEL) ET COUPE TRANSVERSALE D'après Labrouste.
.I.^ULt
226. — Les entre-colonnements au temple G de Sélinonte. Hitlorf, Architecture antique de la Sicile.
et encore la configuration des lieux et le voisinage d'autres bâtiments ne permettent-ils pas toujours de s'y placer. Nous le voulons bien ; mais a-t-on une autre explication à donner de cette disposition? Les architectes ont eu certainement leurs raisons pour prendre ce parti. Ces raisons, Tun ou l'autre avait dû les exposer dans un de ces écrits où ils avaient analysé leurs propres ouvrages, et n'est-on pas en droit de penser qu'ici, comme dans bien d'autres pages de son livre, Vitruve n'est que l'interprète des maîtres par lesquels avaient été créés les modèles qu'il enseigne à imiter?
Si, dans les monuments que l'on regarde comme les chefsd'œuvre de Fart, les colonnes ne sont ni tout à fait verticales, ni toutes également inclinées, ni toutes d'égale grosseur, les distances qui les séparent, d'axe en axe, ne sont pas non plus uniformes. Là encore, quand on prend des mesures où le scrupule de l'exactitude est poussé aussi loin que possible, on a des surprises, surtout à propos des édifices archaïques. Les dimensions de ces intervalles sont dissemblables, suivant la place qu'ils occupent dans le portique. Les entre-colonnements angulaires sont moins larges que les autres ; parfois même les difl'érents entre-colonnements présentent des différences qui constituent, de l'angle au centre de l'ordonnance, une gradation dans les largeurs ; c'est ce que l'on constatera, jBn relevant les largeurs des entre-colonnements, dans les figures ci-jointes, qui témoignent de l'extrême liberté dont l'architecte a usé dans la plantation de ses colonnes (fig. 226, 227, 228, 229, 230). On remarquera, dans le premier exemple, que les entre-colonnements, sur la face et sur les côtés du pronaos, ont tous des largeurs différentes; au delà du pronaos,
pf-^S^
227. — Les entre-colonnements au temple D de Sélinonte. Hittorf.
fiJH,
. ^.^^5 ...;... ^vo^ ...i»»i
2 28. — Les entre-colonnemenls au temple S de Sélinonte. Hitlorf.
dans la suite du portique, ils deviennent sensiblement égaux les uns
aux autres. Ces intervalles, surles côtés, sont plus étroits que le plus étroit des intervalles de la façade (fig. 226). Ailleurs la distance entre la colonne angulaire et les colonnes voisines est la même sur le front et sur les flancs (fig. 227) .
Dans un autre édifice, les entrecolonnements des côtés sont tous plus larges que les entrecolonnements moyens et angulaires de la façade (fig. 228).
Ici, sur la façade, Fentre-colonnementdu milieu est plus étroit que les entre - colonnements
moyens (fig. 229). Là, en façade Tentre-colonnement du milieu et les
entre - colonnements moyens sont sensiblement pareils ; ceux des côtés sont un peu plus larges (fig. 230). Telle est la disposition qui, à partir d'un certain moment, parait être la vSi.-i.— ^M} .,.^,..Hm...^ plus généralement employée;
229. — Les entre-colonnements au temple de Poséidon, jUSqUC verS la fin du V® Slèclc,
à Pfestum. Labrouste, Teinpies de Pœstum. q^ donnait d'ordinaire plus de
largeur à Tentre-colonnement du milieu. Les entre-colonnements des angles ont toujours été et
resteront toujours plus étroits. A-t-on voulu, en serrant davantage les colonnes dans le voisinage des quatre coins de l'édifice, fortifier ces angles, peut-être donner à la construction la réalité ou tout au moins l'apparence d'une plus ferme assiette? Ou bien est-ce surtout la disposition de l'entablement qui a réagi sur celle des supports? Est-ce pour avoir plus de facilité à établir, dans la frise, son triglyphe d'angle que l'architecte a ainsi rapproché cer-
^XOW^
i.oîC»
230. — Les entre-colonnements au temple de Bassœ, près Phigalie.
Blouet, Expédition de Morée,
tj
co
PU
irf
taines colonnes? Peu importe dans quelle mesure chacune de ces préoccupations a pu contribuer à lui faire adopter cette règle; mais ce qui est certain, c'est qu'il Ta partout appliquée. Le rétrécissement de ces inten'alles est plus constant et aussi plus sensible à Fœil que lé grossissement des colonnes angulaires.
Si, dans un même temple, la largeur de Tentre-colonnement ((leaJ- GTu>.oç, iniercolumnium) varie avec la situation qu'il occupe dans l'ordonnance, cette variation se renferme dans des limites très étroites. C'est au contraire des différences très marquées que l'on constate, lorsque l'on compare cette largeur, d'un édifice à un autre, surtout lorsque l'on fait porter la comparaison sur des monuments qui appartiennent à des périodes différentes du développement de l'art. Le rapport des vides aux pleins est loin d'être le même dans un temple du VI®, dans un temple du v® et dans un temple du iv® siècle. Pour le noter, on avait ramené à des formules fixes la diversité des faits. C'est ainsi que Vitruve dislingue cinq systèmes de proportions, qu'il désigne par des termes dont la composition même indique qu'ils sont empruntés à la langue technique des architectes grecs (pi. XXX)*; l'unité, le module, comme il dit, dont il se sert pour définir ces systèmes, c'est le diamètre inférieur de la colonne ou, dans l'ordre dorique, le triglyphe. Voici donc la liste qu'il dresse :
Prop ortion pycnostyle : le vide est d'un module et demi.
Proportion systyle : le vide est de deux modules.
Proportion eustyle : le vide est de deux modules un quart.
Proportion diastyle : le vide est de trois modules.
Proportion aréostyle : le vide est de plus de trois modules.
Comme on en est averti par le nom même que porte le troisième de ces systèmes, c'est celui que préfère Vitruve ; Yemtyle, selon lui, répond mieux que les autres ordonnances aux nécessités de la construction et de la circulation ; il donne aussi à la colonnade l'aspect qui flatte le plus l'œil. Vitruve ajoute encore, à ce propos, une remarque : dans le diastyle, dit-il, les portées franches des architraves sont trop longues; la pierre dont celles-ci sont faites est exposée à se rompre. Quant hïaréostyle^ avec lui, on nepeut employer, pour l'architrave, ni le tuf calcaire, ni même le marbre; seulle bois, avec son élasticité, se prête à couvrir desi larges espaces.
Vitruve semble attribuer à Hermogène l'invention de la théorie qu il propose* ; or celui-ci vivait au iv* siècle, c'est-à-dire bien après le