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L'ANTE AU VI« ET AU V« SIÈCLE

T de Sélinonte, où tout le décor était exécuté en couleur, pour celle du teraple de Némésis à Rhamnonte, pour celle du temple R à Sélinonte et pour d'autres encore où la peinture servait à donner plus d'accent au relief des ornements modelés dans la pierre (pi. XXXII, 13 et 14). Les monuments deTAcropole d'Athènes témoigneront de la même recherche. Vers le milieu du v® siècle, les architectes introduiront dans la fascia de ces an tes, par une imitation libre et voulue, des espèces d'annelets qui reproduiront ceux du chapiteau de la colonne.

Les différences qui existent entre le chapiteau de l'ante et celui de la colonne s'expliquent, en partie du moins, par une raison d'art. Les conditions où se présentait l'ante, dans les temples périptères, n'étaient pas les mêmes que celles où se montrait la colonne.

Là, l'ante n'était visible que sous le portique, dans le demi-jour du pronaos. Pour en modeler le chapiteau, on n'avait pas à compter

sur les jeux d'une lumière franche. Il n'était donc qu'un moyen de faire valoir cette portion de l'ante, c'était de lui donner une silhouette plus hardie et une ornementation plus riche, où, entre les reliefs et les creux des moulures, les plates-bandes se paraient de dessins dont les contours étaient soulignés par la diversité des tons. Dans les temples in antisj l'ante apparaissait, en plein soleil, sur le même plan que les supports indépendants; mais, là aussi, elle se trouvait bien de cet enrichissement du décor. Les angles de l'édifice, avec la moulure en becde-corbin qui les terminait et les lignes d'ombre qu'y marquaient en vigueur les ressauts de la pierre, prenaient ainsi une fermeté qui, con-

232. — Détail du chapiteau de Tante du pronaos, au temple T. Hittorf, Arcli. an t., pi. 77.

i66 LA GRÈCE ARCHAÏQUE.

trastant avec les rondeurs fuyantes des colonnes médianes, était du plus heureux effets

La largeur de la face antérieure de Tante est, le plus souvent, moindre que le diamètre inférieur des colonnes du portique et plus grande que leur diamètre supérieur^ Il n'y a d'ailleurs, là encore, pas de règle absolue. Dans le même édifice, le constructeur a parfois pris deux partis différents. C'est ainsi que, dans le Temple de Thésée, Tante du pronîios correspond, à peu près, au diamètre de la colonne qui lui fait face, tandis que celle de Topisthodome est bien plus étroite. Cette dernière était moins en vue; l'architecte lui a donné moins d'importance.

§ 9. — l'entablement

L'entablement se compose de trois parties, l'architrave, la frise et la corniche.

U architrave (sTrirrJXiov, epistylinm) est formée de grands blocs de pierre, à section rectangulaire. Chacun d'eux porte sur deux colonnes. La rencontre se fait au milieu du chapiteau. L'architrave répète ainsi la forme générale du bâtiment, telle que Ta donnée le stylobate, et elle distribue sur les colonnes le poids du reste de l'entablement et une partie de celui du toit.

Dans de petits temples, l'architrave a pu être faite d'une seule pièce ; mais, dans les temples de grande dimension, on Ta divisée, dans le sens de l'épaisseur, en deux et parfois même en trois tranches parallèles. Au VI® siècle, elle se compose de deux poutres de pierre placées Tune derrière l'autre (pi. XXXIII). On devine les raisons qui ont déterminé le constructeur à opérer ce dédoublement. S'il se produisait une rupture, celle des deux poutres qui n'était pas atteinte suffisait, au moins provisoirement, à porter le fardeau du reste de l'entablement; de plus, grâce à ce sectionnement, on évitait d'avoir à monter des masses d'un maniement difficile.

Il y a quelques édifices, d'ailleurs en très petit nombre, où l'architrave se divise en plusieurs pièces, non seulement dans le sens de

1. Sur la moulure en bec-de- corbin, les éléraents en lesquels elle se résout et sa valeur décorative, voir les observations d'HiTTORP, Architecture antique de la Sicile, p. 357-359 (p. LXXX, lîg. 21 et 22).

2. Vitruve (IV, iv, i) veut que la largeur de Tante corresponde au diamètre du fût qui lui fait vis-à-vis; mais son précepte s'applique à Tante romaine, qui n*est qu'un pilastre où se répèlent les molifs de la colonne.

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la profondeur, raais encore dans celui de la hauteur. Cette particularité, on se l'explique, dans le Temple des Géants^ à Agrigente, par le caractère colossal de Tédifice. Là, les poutres de pierre superposées qui, à elles trois, constituent Tarchitrave, ont, en effet, celle d'en bas, 1",20 de haut, et les deux autres chacune 1 mètre. Cet arrangement ne se justifiait point par les mêmes raisons dans tels autres temples,, de moyenne grandeur, où on le rencontre également, tels que le temple C de Sélinonte et le vieux temple de Métaponte. L'architrave y est faite de deux pièces superposées. Plus tard, cette disposition fut abandonnée ; mais il convenait de la signaler, pour l'observation qu'elle suggère. Elle témoigne qu'au vi*' siècle, dans la période des essais et des tâtonnements, l'architecte dessinait son édifice sans se préoccuper autrement d'en mettre les lignes en rapport avec les dimensions de ses matériaux.

Il est donc de règle que l'architrave dorique garde, en élévation, son unité apparente. Le seul ornement, ou tout au moins le seul ornement taillé dans la pierre qu'elle admette, c'est un bandeau, d'un assez faible relief, qui en borde la partie supérieure. Au-dessous de ce listel, qui forme une bande continue, se montre, au droit seulement des triglyphes de la frise, un autre listel en retraite (pi. XXXIH, 1 *). Au-dessous de ce dernier listel pendent de petits appendices, de forme cylindrique ou conique, qui sont connus sous le nom Ae gouttes; ils sont, en général, au nombre de six. Tantôt ces gouttes, par derrière, sont détachées du fond (pi. XXXni, 11, 13), — c'est même là le mode le plus ancien,

— et tantôt elles y adhèrent. Nous avons expliqué à quelle disposition des anciennes charpentes de bois répondaient les gouttes'. Celles-ci, dans la construction en pierre, se tournèrent en motif d'ornement. On avait dû ne pas tarder à perdre le souvenir du rôle qu'aie PI. XXXIII, 1-5. L'entablement du temple R, à Sélinonte. 1. L'entablement, vue

perspective. 2. Moulure en bec-de-corbin, qui couronne le larmier. 3. Plan de l'assemblage des triglyphes dans la frise. 4. Glyphes angulaires d'un triglyphe. 5. Coupe sur Taxe d'un triglyphe, montrant la façon dont en est conformée la partie supérieure. D'après Hittorf, Architecture antique, pi. XII, XLUI, XLIV. — 6. Cymaise en terre cuite de la corniche du Trésor de Géla. D'après Dœrpfeld, Die Verwendung von Terrakotten, pi. IX.

— 7, 8, 9. L'entablement du temple de Poséidon à Pestum. 7. Triglyphe angulaire. 8. Plan de la frise montrant la construction des triglyphes. 9. Plan de l'architrave, d'après Labrouste, pi. IX, X. — 10. Triglyphe du temple C, de Sélinonte, vue montrant la coupé d'une métope, d'après Durm, Handbuch, fig. 88. — 11. Coupe montrant la goutte placée sous le même triglyphe, d'après Durm, Handàuch, fig. 84. — 12. Plan des glyphes. — 13. Goutte placée sous un triglyphe du temple C. Hittorf, Archit. antique, pi. XXIV.

2. Histoire de VArt, t. VI, p. 709, 720, fig. 308, 309, 310, 315, 316.

valent joué dans la construction les chevilles qu'elles représentent, et Ton prit l'habitude de les insérer, avec les mêmes intervalles réguliers, dans des architraves qui ne portent point de frise, dans celles par exemple qui, à Tintérieur de la cella, séparent le second ordre de celui sur lequel il repose.

Dans les monuments de l'architecture grecque, tels qu'ils s'offrent aujourd'hui à notre vue, l'architrave se présente comme une longue plate-bande, tout entière blanche et nue, tandis que la frise, qui la surmonte, est souvent décorée de figures sculptées, et qu'elle est, en tout cas, coupée par les triglyphes. En raison même de ses origines et de sa fonction, l'architrave a toujours présenté une surface moins ornée, moins mouvementée que celle de la frise. On ne connaît qu'un temple, celui d'Assos, où l'architecte ait imaginé d'y mettre des sculptures, comme dans la frise (pi. XXIV et XXXV) ; mais ce monument est un temple asiatique, et nous ne devons pas oublier que, dans cette contrée, l'art a subi des influences que nous connaissons mal et qui ont donné parfois à ses créations un caractère très particulier. En tout cas, cetle innovation ne parait pas avoir été goûtée, car elle n'a pas trouvé d'imitateurs. Si, sur des entablements en terre cuite qui proviennent delà Sicile, des postes et des rinceaux courent sur l'architrave, il ne s'agit là que de pièces moulées et de petite dimension. Dans la Grèce propre, l'architrave paraît avoir été parfois peinte en rouge ; mais il ne semble pas que l'on y ait jamais dessiné d'ornements, et c'est assez tard, à partir surtout du iv® siècle, que l'on s'avisa de fixer sur le bandeau, au moyen de clous, des appliques telles que boucliers de bronze doré ou inscriptions exécutées en grandes lettres de métal ; ces pièces de rapport n'auraient commencé d'envahir l'architrave que lorsque le goût était devenu moins fin et moins pur. Au v* et au vi* siècle, si le listel, les tringles et les gouttes ressortaient en couleur, l'architrave, sur laquelle ces moulures faisaient une très sobre saillie, se développait, en gardant le ton naturel de la pierre ou du marbre, sans qu'aucun motif peint ou sculpté en vînt interrompre le cours uni et lisse. Il y avait donc, entre l'aspect de la frise et celui de l'architrave, une opposition très sensible, qui contribuait à distinguer l'entablement dorique et qui lui donnait sa beauté propre et son caractère expressif.

L'aplomb de l'architrave sur la colonne varie avec le temps, comme le montre la figure ci-jointe (fig. 233). Dans l'exemple le plus ancien, emprunté au temple de Poséidon, à Pestum (1), cet aplomb tombe dans l'intérieur de la colonne, dont le fût fait, sur la ligne ainsi

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