‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 29 sur 349 · Trépied de bronze. Athen. Mitth,, 1893, pi. XIV · texte numérisé non relu

Trépied de bronze. Athen. Mitth,, 1893, pi. XIV

des survivants; mais ici ce signe n'a été ni le tumulus, comme sous les murs de Troie, ni la stèle décorée de Mycènes. S'il a été trouvé, à Athènes et à Eleusis et dans d'autres cimetières, quelques pierres qui ont la forme de cippes, et s'il y a lieu de croire qu'elles ont été jadis dressées au-dessus des tombes ; ce ne sont que des pierres presque brutes, qui ne portent ni figures ni moulures d'aucune sorte (fig. 3) K

L'art qui avait le moins souffert de l'appauvrissement du monde grec et du ralentissement de l'activité industrielle, c'était celui du potier; les besoins qu'il avait à satisfaire étaient trop variés pour qu'il eût jamais chômé, même aux heures les plus troublées. Cette supériorité relative du céramiste suggéra l'idée de lui demander le monument qui formerait la portion apparente de la sépulture. La terre cuite remplaça ainsi la pierre ciselée ; ce fut un vase d'argile qui, le plus souvent, servit de cippe.

Il n'y a pas, dans l'histoire de la tombe grecque, d'autre exemple d'une pareille disposition; aussi ne l'a-t-on pas soupçonnée tout d'abord. On ramassait au-dessus des tombes les débris de grands vases très ornés; mais on s'imaginait que, suivant un usage déjà signalé, ces vases avaient été brisés le jour des funérailles et jetés en morceaux dans la fosse*. C'était une erreur. On en a été averti lorsque, dans une des tombes récemment fouillées, un de ces vases qui faisait fonction de stèle a été retrouvé dans la position même qui lui avait été assignée au moment où s'achevaient les obsèques, découverte grâce à laquelle on a pu rétablir l'aspect primitif de tout cet ensemble (fîg. 4)^

Au-dessus de l'urne ou du squelette, il y avait, supportée par un plancher, une certaine épaisseur de terre; mais on se gardait de remplir complètement la fosse. Celle-ci restait à moitié vide, et c'était dans

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3. — Stèle funéraire à Néandria( Lesbos). Hauteur : 2 mètres. Koldewey, Neandria, fip. 30.

i. P. 154. *E?7)îJL6p'>. 1889, p. 175, 179, 184.

2. Rayet et CoLLiGNON, Histoire de la Céramique grecque, p. 24. Philios avait déjà remarqué que les fragments de très grands vases, semblables à ceu c du Dipylon, se trouvaient à un niveau sensiblement plus élevé que celui des vases de moindre dimension dépos(»s au fond des fosses; mais il ne s'était pas expliqué cette particularité; il avait cru que ces grands vases avaient servi d'ossuaires. Ce qui aurait dû lui faire écarter cette conjecture, c'était le fait que les débris de ces vases se montraient à peu de distance au-dessous de la surface du sol actuel ('E9T){xspi5, 1889, p. 174).

3. Dans l'esquisse ci-contre, il n'y a de restauré que le plancher, qui a été ajouté par notre dessinateur, et la partie supérieure du vase, qu'avait déjà restituée Brueckner.

ce creux, à un mètre environ au-dessus du fond de la cuve, qu'était posé le vase qui tenait lieu de monument, tantôt une grande amphore à quatre anses, et tantôt un cratère ; il avait, ce qui lui donnait de l'assiette, le pied engagé dans le remblai; jusqu'à la moitié ou aux deux tiers de sa hauteur, il était protégé par les parois de la fosse; aussi l'un d'eux était-il resté intact jusqu'au niveau des bords de la fosse; seule la partie supérieure, celle qui jadis dépassait le sol, avait été cassée. Malgré la fragilité de la matière, ces monuments d'argile

offraient encore certaines

garanties de durée, alors que le cimetière était défendu contre les profanations par les soins pieux des familles. Ces vases étaient de très grande dimension; un de ceux que Ton a reconstitués, au mu* sée d'Athènes, a l'",80 de haut ; un autre , de même provenance, a 1"^,60 ; celui qui se dressait au-dessus de la tombe que nous avons représentée avait 1™,4 0. A des pièces de cette taille, il avait fallu donner des parois très résistantes ; celles-ci ont dans tous ces vases plus d'un centimètre d'épaisseur; elles n'étaient donc pas à la merci d'un choc accidentel et léger ; pour les rompre, il fallait les battre à coups de pierre ou de marteau.

Si pourtant, même dans ces conditions, le vase n'avait pas la solidité de la stèle, il offrait cet avantage de fournir à l'artiste des moyens d'expression qui étaient mieux en rapport avec son inexpérience. Les scènes que Ton avait le désir de figurer pour définir le monument, on aurait moins de peine à les tracer au pinceau, sur l'argile, qu'à les modeler dans le tuf calcaire. Le dessin avait beau être d'une gaucherie singulière, il était impossible de ne pas saisir le sens des tableaux qui décoraient la panse de ces vases, tableaux dont le thème était fourni par la cérémonie même des funérailles. Cette cérémonie, le peintre la divisait en plusieurs actes, dont chacun était représenté séparément.

4.— Tombe restaurée (lu Dipylon, Athen, 3/i///t., 1893, p. 92.

Il y avait d'abord l'exposition du corps, à domicile, la prothesu^ avec ce qu'Homère appelle le goos ou gémissement ; le mort était étendu sur son lit, la face découverte ; les parents, les amis, les femmes de la famille lui adressaient, en se frappant la poitrine et en s'arrachant les cheveux, ces apostrophes passionnées dont la tradition s'est conservée en Grèce dans le mirologhi des Maniotes, qui ressemble fort au vocero ou à « l'appel » des Corses (fig, 5); mais ce qui attirait surtout la foule,

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5. — La prothesis. Fragment d'une amphore. Longueur du fragment : 0'»,40. Musée d'Athènes, Monumentiy t. IX, pi. 39, 3.

c'était le transport au cimetière, Vecphora. Le lit, chargé de son fardeau funèbre, était posé sur un char que traînaient des chevaux conduits à la main par des hommes qui marchaient devant eux. Sur la plate- forme en planches que Ton traînait à travers les rues, les pleureuses, les unes agenouillées et les autres debout, étaient groupées autour du corps et poussaient de longs hurlements (fig. 6). Le char funéraire était ainsi une sorte de théâtre mobile, semblable à celui sur lequel Thespis promena plus tard, dans les bourgs de l'Attique, la tragédie naissante.

Il y avait peut-être aussi des jeux; on se demande si, dans les défilés de chars qui sont représentés sur ces vases, il ne faut pas voir une préparation à des courses qui auraient eu lieu après la mise en

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