‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 291 sur 349 · V. T. d'Alhéna — Athènes · texte numérisé non relu

V. T. d'Alhéna — Athènes

Géants — Agrigente ....

Éeine. .

Némésis — Rhamnus ....

Cadachio

Assos. .

Sunium

G. T. — SélinoDte

Basilique — Pœslum ....

Parthénon

Déméter — Pœstum ....

D. — Sélinonte

Zeus — Olympie

Thésée — Athènes

Concorde — Agrigente . . .

Poséidon — Pœstum ....

A. — Sélinonte

Gorinthe

Ségeste

S. — Sélinonte

Bassœ

Héraion — Olympie

G. — Sélinonte

R. — Sélinonte

§ 15. — LA DÉCORATION POLYCHROMB

Quaad on regarde aujourd'hui les mieux conservés des monuments de Tarchitecture grecque, ils n'offrent plus aux yeux qu'une couleur uniforme. C'est, ou comme à Assos, le brun d'une roche volcanique, ou, comme dans les ruines de la Sicile, la teinte grisâtre des tufs calcaires ; c'est, dans les temples de l'Attique, la blancheur du marbre. Pendant très longtemps les architectes modernes ont été dupes de cette apparence. Quand ils tentaient de s'imaginer ces édifices tels qu'ils ont dû se montrer au regard du peuple qui les avait bâtis, ils se les figuraient et ils les restituaient semblables aux édifices qu'ils étaient eux-mêmes accoutumés à construire, laissant voir partout le ton naturel de la pierre, aussi bien dans les larges champs de la muraille que dans les creux des moulures. Essayaient-ils de les restituer, ils ne comptaient, pour dessiner les lignes maltresses du bâtiment, pour en faire valoir la modénature et pour en modeler les ornements, que sur le travail du ciseau et sur les jeux de l'ombre et de la lumière.

C'est seulement vers le milieu de ce siècle que l'on s'avisa de se demander s'il était vrai que les temples antiques, en leur fraîche nouveauté, présentassent cet aspect uniforme et monochrome. Le premier qui posa la question, pour tout aussitôt la résoudre, fut un architecte d'origine allemande, mais établi en France, Hittorf. 11 avait entrepris, en 1823 et 1824, d'étudier ce qui restait des monuments anciens de la Sicile, d'en relever les plans, les élévations et les détails. Au cours de ces travaux, deux ordres de faits attirèrent son attention. D'une part, il remarqua certains fragments de terre cuite, tuiles de couverture et plaques de revêtement, qui étaient ornés de dessins exécutés au moyen de couleurs que la cuisson avait fixées sur l'argile. D'autre part, en examinant avec un soin minutieux les champs et les profils des membres de l'architecture, il lui était souvent arrivé d'apercevoir, sur la surface inférieure et abritée d'une moulure ou dans le pli de ses courbes rentrantes, la trace de couleurs jadis appliquées sur le stuc qui recouvrait la pierre. Ces découvertes inattendues avaient piqué sa curiosité ; il retrouva ces mêmes couleurs, mieux marquées et plus vives, sur des débris de frise ou de corniche.

La conviction d'Hittorf était faite. Pour lui, dès ce moment, il était prouvé que l'architecture antique était polychrome, c'est-à-dire que, dans son système de décoration, elle assignait à la couleur et à ses

diversités un rôle important. Dès qu'il fut de retour, il s'empressa d'entretenir de ses trouvailles tous ceux qu'elles pouvaient intéresser, d'exposer la théorie qu'elles lui avaient suggérée et d'en proposer l'adoption aux savants et aux artistes. Pour convaincre les incrédules, il montrait des fragments qu'il avait rapportés, où l'on discernait encore quelque vestige des colorations d'autrefois ; il montrait "des dessins faits sur place, au moment des fouilles, avant que se fussent évanouies des teintes qui depuis lors avaient dû s'atténuer rapidement et finir par disparaître. Pour répondre d'avance aux objections qui se fonderaient sur l'étrangeté des effets que devait donner cette variété des couleurs, il présentait des restaurations exécutées dans cet esprit et il joignait à tout cet appareil graphique des mémoires dans lesquels il invoquait tout à la fois des arguments de fait et des raisons de sentiment et de goût. Tous ces matériaux, les dissertations et le dessins, lui fournirent la matière de l'ouvrage qu'il publia beaucoup plus tard, en 1851, sous ce titre : Restitution du temple d'Empédocle à Sélinonte ou farchitecture polychrome chez les Grecs, avec un atlasK Dans l'intervalle, les idées d'Hittorf, d'abord très vivement combattues, avaient fait leur chemin. En Allemagne, l'ingénieux et savant architecte Semper les avait acceptées et confirmées par ses propres remarques. En France, un des maîtres de l'archéologie, Lelronne, s'en était fait le défenseur avoué, dans la polémique qu'il avait soutenue, à ce propos, contre Raoul-Rochette. Les architectes, une fois avertis, avaient retrouvé partout, dans les édifices qu'ils prenaient comme sujet de leurs études, les restes de ces colorations que leurs prédécesseurs n'avaient pas su voir, parce qu'ils ne les cherchaient point. Les documents se sont accumulés, dans ces dernières années, de manière à lever les derniers doutes qui auraient pu subsister encore dans quelques esprits difficiles à convaincre ^ Une connaissance plus

1. I11-40, xxvi-845 pages. Atlas in-f», 23 planches en couleur. Paris, Didot. On ne saurait imaginer un livre plus mal fait; au lieu d'exposer méthodiquement sa thèse, avec toutes les preuves à l'appui, l'auteur dissémine ces preuves dans de longs chapitres où il discute, non sans de nombreuses répétitions, les objections présentées par son principal contradicteur, Raoul-Rochette. L'ouvrage n'en garde pas moins une grande valeiu*, par tous les faits qu'il contient et surtout par ses planches, où sont réunis beaucoup de monuments qui étaient alors inédits; mais le texte aurait pu, sans inconvénient, être abrégé des deux tiers.

2. On trouvera toute l'histoire de la question très bien présentée dans Fenger, Dorische Po/yc^romie, atlas grand in-folio de 8 planches et texte petit in-folio de 46 pages (iBerlin, Asher, 1886). C'est dans le § 1 : Parbefunde undErgànzungsversuche. Avant Hittorf, FauveJ, dès le commencement du siècle, avait deviné le rôle que la couleur jouait dans

étendue et plus exacte des monuments de l'art oriental a démontré que partout, de TÉgypte à la Chaldée, de T Assyrie à la Perse, les architectes avaient, par des procédés divers, revêtu de couleurs brillantes les façades et les intérieurs de leurs édifices, qu'ils s'étaient servis de la couleur pour en faire saillir les reliefs et en mieux accuser, à TxBil du spectateur, les grandes dispositions ; ce parti était suggéré ou plutôt commandé à l'artiste par l'intensité même de la lumière des pays du Midi, par la violence de ses reflets qui diminuent la valeur de l'ombre portée et atténuent ainsi le modelé des surfaces*. Les conditions du milieu étaient à peu près les mêmes pour l'art grec, et l'on sait d'ailleurs tout ce que cet art a emprunté à l'Asie ; comment aurait-il seul méconnu ces nécessités du climat, refusé d'entrer en compte avec le soleil dont la splendeur devait éclairer ses bâtiments?

Cette faute, l'architecte grec ne Ta point commise ; dès le premier jour, il eut, au même degré que ses aînés, les architectes de Memphis et de Babylone, Tinstinct, la passion de la couleur. Voyez cette Grèce préhistorique qui vient d'être rendue au jour par les fouilles des Schliemann et des Tsoundas ; voyez les ruines de ses tombeaux, de ses maisons et de ses palais. A Mycènes, dans les coupoles funéraires, c'est des marbres et d'autres roches aux teintes variées qui forment, sur les façades, un placage multicolore ; c'est des appliques de métal qui recouvrent l'appareil, dans Tintérieur du dôme ; ailleurs, dans les hypogées creusés à même la colline, tout le chambranle de la porte est peint en noir et en blanc, en rouge et en jaune. A Tirynthe et à Mycènes, partout, dans les habitations princières, des enduits colorés dissimulaient la pauvreté des matériaux, et de larges fresques, de vrais tableaux à nombreux personnages, s'étalaient sur les murs des pièces principales. Vers le même temps, d'autres découvertes, non moins intéressantes, conviaient l'historien à reprendre, sur des bases nouvelles, Tétude d'une période postérieure de l'évolution du génie hellé-

Tarchitecture et la sculpture. C'est ce qui résulte de plusieurs passages de ses lettres qui sont cités dans l'intéressante étude qui vient d'être consacrée à ce personnage par F. Legrand dans la Revue archéologique (1897 : Biographie de L,'Fr, -Sébastien Fauvel). « Les bas-reliefs du Parthénon et du Théséion ont été peints, écrit Fauvel; chaque objet, les chairs, les draperies, les fonds, a eu sa couleur propre.... Sur toutes les moulures des deux temples, les feuilles d'eau, oves, méandres, tout était peint. » Fauvel a vu les monuments mieux conservés qu'ils ne le sont aujourd'hui; c'était un observateur attentif et intelligent. Par malheur, il n'a pour ainsi dire rien publié; les idées qu'il avait exprimées à ce sujet dans sa correspondance et ses conversations n'avaient pas eu d'écho.

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