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LE MODE DORIQUE. ë87
à la cire, que Ton distribuait sur le fond avec des fers chauds. Le même document nous apprend que, dans certains édifices très soignés, tels que FEreclithéion, on employait aussi la dorure ; dans Tordre dorique, c'étaient les gouttes qui se prêtaient le mieux à recevoir cette parure. L'architecte grec ne paraît pas avoir connu une pratique qui chez nous est très répandue, celle qui consiste à figurer, sur Tenduit, un appareil fictif, à y dessiner les joints. Cette sorte de tricherie n'était pas de son goût. Le mur ou le support de tuf, lorsqu'il était habillé de stuc, afl*ectait plutôt l'aspect d'un monolithe.
On s'y est pris de différentes manières pour exécuter les orne-
260. — Cymaise du temple S à Sélinonte. Peinture sur pierre stuquée. Hittorf, Arch. ant,, pi. 56.
ments qui étaient destinés à se détacher en vigueur sur un fond clair (fig. 260). Les surfaces où Ton en retrouve des vestiges ne paraissent pas avoir été toujours traitées de la même façon ; il semble que la couleur ait été appliquée tantôt sur l'enduit sec et tantôt sur l'enduit frais. Les motifs étaient parfois modelés dans le stuc avec un très léger relief, qui eût été à peine senti sans la couleur qui venait s'y apposer; c'était le cas des chapiteaux de la basilique de Psestum que décoraient des folioles et des fleurs (pi. XXVI). Quand on avait à peindre directement sur le marbre, le motif était souvent dessiné par un creux très faible ménagé dans le champ, creux qui était ensuite rempli d'une mince couche de couleur ; c'est le procédé qui paraît avoir été le plus anciennement employé. Ailleurs, on s'est contenté de tracer à la pointe le contour du motif et, dans l'intérieur de ce contour, au heu de polir
le marbre, comme on Tavait fait dans le creux de l'entaille, on en a piqué la surface à très petits coups, de façon à obtenir un grain auquel s'attacherait la matière colorante et qui la fixerait. Enfin, il y a aussi des marbres où Tomement a été tracé par le pinceau à main levée, sans esquisse préalable. Dans le musée de l'Acropole à Athènes, où sont réunis tant de curieux restes de l'architecture des Pisistratides, on rencontre des exemples de l'emploi des trois procédés différents.
Comme l'indique cette diversité même, il avait fallu s'ingénier pour poser cette peinture sur le marbre et l'y faire tenir; rien de plus aisé, au contraire, que de l'appliquer, avec toute chance de durée, sur le bois. C'est ce qu'on avait certainement fait dans les constructions de l'ûge mycénien et de l'âge homérique, où le bois tenait une si grande place. La peinture y avait été employée d'abord pour sa vertu préservatrice ; mais elle avait, en même temps, servi à égayer l'aspect des bâtiments, par la variété des tons qui revêtaient les panneaux et les poutres, dans les intérieurs comme sur les façades. Le bois avait depuis lors perdu beaucoup de terrain; mais, dans les parties de l'édifice où il avait maintenu ses positions et où il était apparent, il était certainement recouvert partout d'une couche de peinture. Celleci, en même temps qu'elle en assurait la conservation, servait à lui donner un aspect qui le mît en rapport avec les ensembles où il jouait son rôle. Dans ce qui reste des plafonds en marbre de certains portiques, on a relevé, sur les moulures des caissons, de très sensibles vestiges de couleur, l'esquisse de certains motifs, tels que des étoiles d'or se détachant sur un fond bleu. Là où les plafonds étaient de bois, les mêmes tons et les mêmes ornements avaient dû être appliqués sur les petites solives qui composaient ces compartiments. Dans l'intérieur des cellas, où étaient exposées, autour des statues chryséléphantines, nombre d'offrandes précieuses, des objets d'or, d'argent et d'ivoire, on n'avait pu manquer de donner une parure du même genre aux poutres qui formaient l'ossature du plafond, au-dessus de la nef unique ou des trois nefs du sanctuaire.
Il y aura lieu de compléter plus tard ces indications sommaires, quand nous aurons à décrire les édifices du v* siècle; mais elles suffisent, dès maintenant, pour faire comprendre quel parti l'architecte grec a tiré de ces couleurs qu'il étendait sur l'argile, sur le stuc, le marbre et le bois, comment il les a utilisées pour la décoration de ses édifices. Il y aune autre espèce de polychromie queVonaa^péléeldi polychromie naturelle; c'est celle que l'on obtient en rapprochant les uns des
autres des matériaux de nature et, par suite, de couleur différente. Elle est, en un sens, d'un emploi plus aisé que celle où le décor est créé par l'application de couleurs étendues au pinceau; mais, si elle peut donner des effets qui ont leur richesse et leur beauté, elle ne se prête pas, dans la même mesure, à Texécution du motif d'ornement. Cette polychromie naturelle^ le décorateur mycénien en avait fait unusage fréquent et déjà très habile ; c'est ce que nous avons constaté en étudiant les tombes à coupole de Mycènes et d'Orchomène. Il ne semble pas que cette habitude se soit conservée pendant l'âge suivant; nous ne saurions citer un édifice de la période archaïque où, comme dans le Ti^ésor d'Atrée, l'architecte ait fait entrer dans la composition de ses façades des roches très diverses d'aspect. Rien ne s'explique mieux que ce changement de méthode; c'était en tuf calcaire que l'on construisait les temples et partout on avait du stuc pour recouvrir ce tuf et en cacher la grossièreté ; or la coloration qu'il était facile de donner au stuc permettait d'obtenir à meilleur compte les contrastes que Ton avait jadis demandés à la juxtaposition des porphyres et des brèches rouges, vertes ou noires. Cette méthode, on n'y reviendra que le jour où l'on mettra en œuvre des matériaux dont il n'y aura plus lieu de dissimuler les imperfections au moyen d'un enduit ; nous verrons , dans l'Érechthéion , le marbre d'Eleusis marier sa teinte sombre à la blancheur des marbres du Pentélique.
Naturelle ou artificielle, la décoration polychrome est donc contemporaine des premiers essais de l'architecture grecque ; elle s'est développée avec cet art, et celui-ci n'a jamais cessé de la considérer comme inséparable des édifices qu'il construisait ; il en a transmis la tradition à l'art byzantin et à celui de notre moyen âge occidental. On a peine à comprendre comment, au cours des derniers siècles, cette tradition avait été abandonnée, comment le principe même en avait été oublié et méconnu. Dans la nature, est-il un être vivant qui s'offre ànoussans sa couleur propre, où des variétés de ton et de nuance distinguent pour l'œil les différents organes et font ressortir le plan de la charpente intérieure, où elles marquent les diversités d'âge et de sexe? Seules les terres et les pierres, seuls les objets appartenant au monde minéral ont parfois une couleur uniforme, grise ou brune. Or un édifice par les formes duquel s'est traduite la pensée d'un peuple civilisé, un édifice que le génie du maître de l'œuvre a modelé librement et avec amour, cet édifice expressif, fils tout à la fois de l'âme collective et de l'initiative individuelle, est vraiment un corps organique, un être vivant. Comment
lui aussi ne présenterait-il pas cette variété de couleurs que nous trouvons dans le végétal, dans la plante comme dans l'arbre, dans l'animal, depuis le plus humble zoophyte et le plus petit insecte jusqu'aux grands mammifères et jusqu'à l'homme ? Si le temple n'avait pas eu sa coloration propre, s'il n'avait offert à l'œil que la blancheur abstraite et monotone d'une pierre qui serait restée partout pareille à elle-même tout en remplissant, suivant la place qu'elle occupe dans le bâtiment, des fonctions difTérentes, le temple aurait été en dehors de la vie, et c'est ce que n'a pu vouloir l'artiste, qui est, comme le dit le poète, « créateur après Dieu ».
§ 16. — LISTE DES PRINCIPAUX TEMPLES DORIQUES ANTÉRIEURS A l'aN 480
Dans les pages qui précèdent, nous avons eu l'occasion de signaler, à divers points de vue, les particularités qui caractérisent ceux des temples doriques, antérieurs au second tiers du v* siècle, dont il subsiste des débris assez importants pour que Ton puisse, en tout ou en partie, en restituer le plan, en définir le style et, jusqu'à un certain point, en fixer l'âge par une conjecture vraisemblable. Cen'estpasune histoire spéciale de l'architecture que nous écrivons; nous ne saurions donc consacrer ici à chacun de ces édifices une monographie qui entraînerait de longs développements. Nous avons présenté la théorie générale du mode dorique et l'histoire des progrès de cet art ; il nous suffira d'y ajouter une suite de notices succinctes, où reparaîtront, rangés dans l'ordre probable des temps, tous les temples ci-dessus mentionnés et quelques autres encore.
Quelques indications sommaires y rappelleront les principaux des traits qui sont propres à chaque monument^ qui en font l'originalité. Pour les édifices auxquels nous avons emprunté nos exemples, il sera renvoyé aux vues d'ensemble ou de détail et aux plans qui en ont été donnés au cours de ces études. Quant aux monuments qui n'y ont pas été cités, nous joindrons à la mention qui en sera faite quelques brèves indications bibliographiques qui indiqueront au lecteur les ouvrages où les restes en ont été décrits. Enfin, nous encadrerons dans cette liste quelques figures dont la place n'était pas dans l'exposition générale que nous avons présentée des méthodes et des procédés de l'architecture dorique.
Au-dessous de toutes les figures que renferme le chapitre qui se
termine par ce dénombrement, nous avons indiqué la source d'où elles provenaient. Mais cette mention n'implique pas que nous ayons servilement reproduit le dessin de l'auteur dont nous invoquons l'autorité. Sans rien ajouter ni changer aux documents que nous avons mis en œuvre, nous les avons présentés, dans la plupart des cas, de manière à les rendre plus compréhensibles; en un mot, nous avons choisi nos modes de représentation. C'est ainsi que des temples figurés au trait dans des ouvrages spécialement destinés aux architectes l'ont été par nous à r effet, c'est-à-dire avec les ombres qu'ils comportent; le lecteur se rendra ainsi bien mieux compte du caractère des formes et de la succession des plans. Il en est de même pour les nombreux détails d'architecture sur lesquels nous avons eu à appeler l'atlention, pour les bases par exemple et les chapiteaux des colonnes et des antes; si nous les avions montrés tels que les donnent les ouvrages auxquels nous les empruntions, la figuration n'aurait été lisible que pour les personnes habituées aux méthodes du dessin géométrique. Nous les avons mis en perspective ; ce mode de présentation permet d'en faire saisir les reliefs à première vue*.
Hér£On d*Olympie. Entre-axes des colonnes. Façade (en commençant par la gauche), 3™,32; 3"»,5l ; 3",63; 3",54; S'",^!. Côtés, entre-axes desentre-colonnements extrêmes, 3",09; 3'",18. Nombre des colonnes du ptéroma : façade, 6; côtés, 18 (les colonnes d*angle sont toujours comptées deux fois). A Tintérieur, 2 rangs de 8 colonnes. Deux pronaos, antérieur et postérieur.
PI. IV; XII; XIV; XXV, 2; XL, 12; XLII, 8, 9; XLVI; XLVIÏ, 25; XLVIII; XLIX. Fig. 188, 189, 190, I9i, 192, 193, 194, 195, 196, 204.
Au sujet de Thistoire et des dispositions de THérseon, des changements qu^elles ont pu subir au cours des siècles, consulter un mémoire de Wernicke, Zur Geschichte des He7*œons, qui forme la 2® partie de ses Olympische Beitrxge (Jahrbuch de Tlnst. archéologique, 1894, p. 101-114).
Temple de Tiryntue. Le temple qui fut élevé sur remplacement du palais de Tirynthe dut être un des plus anciens monuments de Tarchitecture dorique quMl y ait eus dans le Péloponnèse, à en juger parle peu qui en subsiste, par la décoration d'une de ses tuiles ornées (pi. XLV) et par le profil de son chapiteau (pi. XXIV, 1, 2). Celui-ci est, de tous les chapiteaux de cet ordre qui nous soient parvenus, le plus archaïque de forme et d'aspect. Il se distingue par la largeur de Tabaque ; celle-ci y est presque égale au double diamètre de la partie supérieure du fût, proportion qui est déjà sensiblement atténuée dans le temple de Corinthe et que l'on ne retrouve que dans le temple de Déméter à Pœstum (Schliemann et Doerpfeld, Tirynthe, p. 274-276).
* Temple d'Héra a Argos ou plutôt entre Mycènes et Argos. C'était le prin-
i. Les temples qui n'ont pas été mentionnés au cours du chapitre sont marqués d'un astéiisque. Abréviations employées : F. Façade, C. Côtés, E. A. C. Entre-colonnements angulaires des côtés.
cipal centre religieux de TArgolide; il dut y avoir là, de très bonne heure, un édifice important; mais, de ce premier temple qui fut brûlé en 423, il ne subsiste que des substructions en appareil cyclopéen. L'épaisseur de la couche de cendres semble indiquer un bâtiment dans la construction duquel le bois entrait pour une large part.
Ch. Waldstein, Excavations of the american school of Aihens at the Heraion of Argos, 1892, in-4*», New- York, 1892, 20 pp. et 8 planches.
Temple DE Cadacchio, à Corfou. F. 6. Côté droit, 3 colonnes existantes; côté gauche, 6. Il y avait probablement 12 colonnes de côté. 20 cannelures. F. Entre-axes: 2",10; 2'",28; 2",28; 2'",28; 2'",10. Pas de pronaos postérieur. Frise sans triglyphes. Modénature d'un caractère très particulier. Fronton assez élevé. PI. XLVII, 8; XLVIIl; XLIX; 2; L, 2; fig. 248, 249.
Tout ce que Ton sait de ce curieux édifice, dont il ne reste plus rien, est dû à une seule relation, celle de l'architecte anglais Railton {Antiquities ofAthens and olhçr places in Greece, Sicily^ etc., in-f*, 1830).
Temple DIT d'Artémis(?) a Syracuse. F. 6, C. 17. Colonnes monolithes. Entrecolonnement central, 2"», 449. Le ptéroma et le pronaos présentent un arrangement analogue à celui des temples C et S de Sélinonte, mais sans la disposition pseudodiptère. Deux colonnes entre les tôles des murs de la cella, qui forment ante. Il semble que la cella ait été ouverte aux deux bouts.
Rien n'a été retrouvé de la frise et de la corniche. Cella étroite (9",56 dans œuvre). Longueur probable de l'édifice, 54 mètres.