PI. LI
MODE lONÏQVE
LES TEMFLES
ÉTUDE C0!.:PARATIVE DES PLANS p.sprése::té3 a la m;>:.:e échelle
mesure que Ton visera davantage au luxe et à Tefifet, on multipliera le nombre des colonnes; on le doublera sur les (lancs et sur les façades principales ; mais le type n'en restera' pas moins toujours le même, une copie du type dorique, pour ce qui est de la disposition générale. On mesure, par cet exemple, le chemin parcouru. A en juger par
les types attiques, où Tarchitecte paraît être resté fidèle à T esprit de rarchaïsme ionien, ce qui, sur le sol de la Grèce asiatique et des îles qui y sont attenantes, aurait constitué le temple ionique, dans les temps les plus anciens, c'aurait été un naos de médiocre grandeur; si l'on doit en croire Koldewey, il n'y aurait pas eu autre chose à Néandria. Des portiques pouvaient venir s'appliquer contre tout ou partie des murs de cette cella, pour en varier l'aspect et en décorer l'entrée; mais ces portiques n'étaient jamais que des frontispices auxquels la fantaisie du constructeur assignait, suivant les cas, telle place plutôt que telle autre. Aucune loi absolue ne présidait à la distribution des supports, dans ces dépendances extérieures; aucune règle, analogue à celle des six colonnes de façade, n'en déterminait le nombre. Le temple grandit avec l'importance des cités qui l'érigeaient et avec les progrès que faisait l'art de bâtir; mais les ordonnances ioniques n'en continuèrent pas moins à garder de plus libres allures que celles de l'ordre dorique. Elles ne s'en étaient pas encore départies, lorsque l'Athènes de Périclès tint à parer de monuments ioniques son acropole renouvelée et rajeunie; autrement, s'expliquerait-on ce que la grâce charmante de ces légers édifices a d'imprévu et comme d'irrationnel? Ce fut seulement dans le cours du siècle suivant que l'art ionique finit par renoncer à ces franchises. Les antiques dialectes de l'idiome grec, jadis séparés par des différences si tranchées, tendaient à disparaître; partout on commençait à parler et surtout à écrire une même langue, celle que l'on appela la langue coîmnune. Un phénomène du même genre se produisit alors dans le domaine de la plastique; si les dialectes de l'art n'arrivèrent pas à se confondre, ce dont les préservait la précision des formes qu'ils imprimaient à la matière, tout au moins se rapprochèrent-ils les uns des autres et se pénétrèrent-ils mutuellement. A ce jeu, ils perdirent quelque chose de leur vitalité. Le mode dorique était alors presque abandonné, au profit de son rival; mais, avant de tomber en désuétude, il avait, si l'on peut ainsi parler, déteint sur l'ionique. Celui-ci, tel que le pratiquèrent les architectes de l'âge macédonien, n'est plus qu'une sorte de compromis éclectique entre les deux systèmes, jadis si profondément originaux, qui, nés dans des milieux différents, s'étaient développés, chacun dans sa voie, pendant plusieurs siècles, avec une entière indépendance.
Alors même que s'est accomplie cette sorte de fusion, l'ionique laisse encore ses ordonnances prendre plus d'espace et plus se compliquer que ne le font les ordonnances doriques; il les serre moins; il
6i0 LA GRÈCE ARCHAÏQUE.
y multiplie volontiers les supports; il y élargit des intervalles qui ailleurs restent plus étroits. C'est chez lui seulement que Ton rencontre le type qui est connu sous le nom de diptère (pi. XXX, 13), et si nous avons trouvé, dans les temples doriques de la Sicile (pi. XVII), tel plan qui se rapproche de celui du pseudo-diptère (pi. XXX, 12), c'est dans les temples ioniques seuls que cette disposition a été pleinement réalisée, telle que Vitruve la définit. Enfin, Tionique seul a porté jusqu'à dix et douze le nombre des colonnes de la façade; il n'y a que lui, avec son dérivé le corinthien, qui fournisse des exemples du temple dé cas ty le et du dodécastyle * .
Avant d'aborder Tétude des formes de l'ordre ionique et des élévations qu'elles constituent, il convient, comme nous l'avons fait pour Tordre dorique, de définir les figures que nous avons groupées dans la planche qui est destinée à donner une idée des caractères généraux de l'ordre ionique.