‹ Histoire de l'art dans l'antiquitéChapitre 311 sur 349 · Koldewey, Neandria, p · texte numérisé non relu

Koldewey, Neandria, p

permettra de restituer le type que, dans d'autres conditions, Éphèse et Samos auraient pu nous faire connaître, celui des grands ensembles qu'a créés, à Fheure de son plein développement , Tart de Tlonie.

Ces ensembles étant détruits ou encore enfouis en terre, il nous faut traverser la mer Egée et descendre jusqu'aux temples attiques du V* siècle pour rencontrer des édifices de style ionique dont le plan se lise clairement sur le sol et dont l'élévation même subsiste en tout ou en partie. Ces monuments sont encore, jusqu'à nouvel ordre, ceux qui nous donnent le mieux l'idée des partis que durent prendre, dès le début, les architectes dont l'œuvre offrit les premiers modèles de cet art et en fonda les traditions. C'est pour ce motif que, dès maintenant, nous avons présenté les plans de l'Erechthéion, du temple de la Victoire sans ailes et d'un temple aujourd'hui détruit, que l'on voyait encore, au siècle dernier, sur les bords de Tllissos (pi. LI)*. Il suffit d'y jeter un coup d'œil pour constater que ces plans présentent de très curieuses particularités.

De ces trois édifices, l'Erechthéion était le plus important; c'est donc lui surtout qui prête à l'observation. Tout d'abord, on remarquera que là, l'aire intérieure, la surface comprise entre les murs, n'a pas les proportions de la cella dorique ; elle n'est point, comme celle-ci, étroite et profonde; elle est courte et large. Le mur de façade y est percé d'une porte; mais celle-ci n'est pas la porte principale. Dans les murs latéraux s'ouvrent deux portes, dont l'une, au nord, est celle dont le riche décor est si généralement admiré. On accédait ainsi au sanctuaire de trois côtés, tandis que, dans le temple dorique, il n'y avait qu'une entrée, l'ample baie qui mettait en relation le naos et son vestibule, le pronaos avec ses deux colonnes et sa double ante. Ici, point de pronaos. Les portes donnent directement sur le portique, ou plutôt sur les portiques, car il n'y a pas, à l'Erechthéion, de colonnade continue qui entoure tout l'édifice. Cette colonnade, ce qui la remplace, c'est trois portiques, dont chacun diffère des deux autres par la disposition comme par la hauteur et la forme de ses supports. Devant la façade principale, six colonnes s'alignent en file; sur la façade opposée, quatre demi-colonnes s'appuient au mur ; il y a encore six colonnes, mais dont quatre seulement de front, à l'angle nord-ouest; au sud, la fameuse tribune des Cariatides^ où ce n'est plus des fûts

i. Le plan du temple de Tllissos est emprunté à Stuart, Antiquités d'Athènes, t. I, p. 27-3i.pl. 7.

cannelés, mais des statues, les nobles et fières canéphores, qui ont la charge de soutenir le poids de Tentablement.

L'étude analytique de ce plan compliqué fait, à elle seule, suffisam^ ment ressortir un des caractères par lesquels se définit, àTorigine, le temple ionique. 11 n'a pas l'austère simplicité du temple dorique; il n'est pas né, comme lui, avec des formes arrêtées, que déterminait à tout jamais l'imitation voulue du mégaron mycénien ; il n'est pas né avec cette belle ceinture de colonnes que l'architecte a nouée autour des flancs de son édifice lorsque, de la maison royale, il a fait l'auguste demeure des dieux immortels. Le temple ionique a, dans tout l'agencement des diverses parties qui le constituent, quelque chose de plus lâche, de plus irrégulier, de plus capricieux; il comporte des compléments, des appendices variés, adjonctions, pour lesquelles l'architecte, eût-il été tenté d'en essayer, n'aurait pas su trouver, dans le temple dorique, une place appropriée.

Tout petit que soit l'édifice, le plan du temple de la Victoire sans ailes n'est pas moins significatif; le caractère original du temple ionique ne s'y marque pas moins nettement. Là, c'est la disposition dite amphxprostyle que nous rencontrons; le temple a quatre colonnes sur chacune de ses façades antérieure et postérieure. Quant à la cella, elle est à peu près carrée.

Le temple de l'Ilissos est aussi amphiprostyle ; mais là le plan se rapproche davantage de celui qui nous est familier. La cella est précédée, comme dans le temple dorique, d'un pronaos dont les murs se terminent par deux antes. Avec cet édifice, on voit commencer un mouvement d'assimilation qui se poursuivra désormais sans interruption, sous l'ascendant vainqueur du mode dorique et à son profit. Les dispositions qui étaient propres au temple dorique s'imposèrent peu à peu au temple ionique. Celui-ci devint périptère; il eut son pronaos et son opisthodome. Dès lors les édifices, qu'ils relevassent de l'un ou de l'autre ordre, ne se distinguèrent plus que par le type des supports, par la composition et les profils de l'entablement. A partir du IV® siècle, il n'y a plus guère d'ionique, dans le temple qui porte encore ce nom, que la colonne, avec la conformation spéciale qui la caractérise, et la frise, avec son développement continu, où fait défaut le rythme des triglyphes. C'est ce que nous avons voulu démontrer quand, sur une même planche, en regard du temple de Néandria et des temples de l'Acropole, nous avons fait figurer le temple d'Alhéna à Priène, une des œuvres les plus soignées des architectes de

la période hellénistique (pi. LI). A n'en consulter que le plan, on ne saurait dire à quel ordre appartient Tédifice; ce plan, c'est celui des temples doriques de Sunium, de Rhamnonte et de Némée (pi. XV). A

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